Entretien avec Jean Baptiste Bosson (Marge Sauvage)

Entretien avec Jean Baptiste Bosson (Marge Sauvage)

Entretien avec Jean Baptiste Bosson

« pour bouger les lignes il nous faut être des flibustiers du monde actuel.»

Peut-on prendre position quand on est scientifique ? Peut-on être à la fois auteur·trice du GIEC et sur les plateaux TV pour expliquer que telle ou telle mesure est dangereuse pour la planète ? A partir de quand peut-on être considéré comme militant ? 

On a voulu discuter avec Jean-Baptiste Bosson, glaciologue et fondateur de l’association Marge Sauvage, de toutes ces questions. On est revenu aussi sur son parcours, de Sciences PO aux glaciers, des doutes à ses engagements associatifs. Puis on a parlé du fonctionnement du monde académique, de ses divergences avec ses confrères et consoeurs et de comment les choses devraient bouger selon lui. 

Salut Jean-Baptiste ! Peux-tu nous parler de ton parcours avant qu’on rentre dans le vif du sujet ? 

Je suis glaciologue, français et suisse, j’ai grandi dans les Alpes, mais pas du tout sur les glaciers. J’ai commencé mes études post-bac en fac de sciences politiques en relations internationales, car je crois que c’est dans la grande lignée de mon modeste chemin, que de m’intéresser au monde, d’être inquiet par l’état du monde et de pouvoir très modestement prendre ma part et agir.

Après le bac, Sciences Po était une évidence, pas par envie d’une quête de pouvoir personnel mais parce que je voulais comprendre comment fonctionne la société, où sont les leviers d’action, comment on remet l’intérêt général au cœur des projets de société.

J’ai ensuite compris que dans mon ADN personnel, j’étais beaucoup plus alpin que ce j’avais compris jusque-là et que j’avais besoin d’être proche des montagnes et de la nature. J’ai voulu devenir glaciologue en étant à Sciences Po, mais je n’ai pas vraiment compris pourquoi. Ce n’est que longtemps après que je me suis rendu compte que c’est un geste très politique, au sens d’œuvrer dans la crise écologique, que de protéger les glaciers. J’ai donc basculé d’abord vers la géographie physique, avant de partir pour un doctorat sur les glaciers alpins à Lausanne pour réaliser mon rêve de devenir glaciologue. 

Qu’est-ce qui t’a attiré vers les glaciers ? Car tu disais que ça ne faisait pas partie de ton environnement enfant, il y a  eu un déclencheur ?

En effet, je ne suis pas alpiniste, je ne viens pas d’une famille de montagnards, je ne passe pas mon temps sur les glaciers, j’en ai même peur, je ne sais pas faire des manips de cordes…

En fait, ce qui m’a attiré auprès des glaciers, je l’ai compris après, notamment en lisant Les Racines du Ciel de Romain Gary. Dans ce livre il raconte qu’il y a des écosystèmes ou des espèces qui permettent de tout comprendre et que si tu agis pour elles, tu peux faire bouger tout le système. Lui raconte ça pour les éléphants : comment un gars qui se bat en Afrique dans les années 50 au service des éléphants, contre les braconniers qui rêvent d’avoir une tête d’éléphant dans leur salon… C’est une critique totale du capitalisme, de notre vision utilitariste du monde. Une vision cartésienne du monde qu’est l’homme maître et possesseur de la nature. Et comment il faut défendre absolument une marge au-delà de l’humain et au-delà de l’utile.

La nature elle est là, nous-mêmes on vient de la nature, et il y a un droit d’existence intrinsèque de toutes composantes de la nature. Pas parce que c’est utile aux hommes – moi je ne défend pas les glaciers parce qu’ils sont utiles aux hommes – mais parce qu’ils ont un droit intrinsèque d’existence.

C’est en étant à Sciences Po que tu as compris ça ?

A Sciences Po j’ai compris deux choses qui ont fait que j’ai voulu devenir glaciologue.
“Les glaciers rendent visible l’invisible”. C’est mon confrère Luc Moreau qui m’avait dit ça, mais je ne sais pas si c’est de lui. Le changement climatique ça ne veut rien dire pour les gens, +1.3 degrés ça ne veut rien dire quand tu es chez toi. Par contre pour les glaciers alpins c’est 80% du volume initial en moins, c’est un cataclysme. Donc les glaciers placent les enjeux du climat, de l’eau, du vivant, de l’habitabilité des territoires au cœur de tout, ils permettent de tout comprendre très vite. Et donc si tu agis pour eux tu peux agir pour tout le système. Mais bien malin ceux qui veulent s’attaquer au système capitalisme à l’ère du trumpisme et des multinationales qui deviennent toujours plus riches et qui payent de moins en moins d’impôts.

Moi je ne défend pas les glaciers parce qu’ils sont utiles aux hommes – mais parce qu’ils ont un droit intrinsèque d’existence.

Avec cette conviction de vouloir agir pour les glaciers, comment t’es tu retrouvé à t’éloigner du monde académique et à t’engager dans le monde associatif dans lequel tu évolue maintenant ?

Très vite j’étais assez opposé au modèle académique. Déjà parce qu’il est ultra pyramidal et ultra concurrentiel, et oblige à mettre ta carrière avant tout, c’est-à-dire avant ta vie personnelle, avant ta famille, avant tes proches, parce que tu vas partir en post-doc etc. Deuxièmement parce qu’il est ultra concurrentiel, donc il met une ambiance assez délétère, il y a une compétition permanente entre tout le monde.

Aussi et surtout car je pense que dans l’immense crise écologique et démocratique que l’on vit, les chercheurs sont déconnectés des enjeux, ou déconnectés de la cité au sens grec du terme, de participer à la vie de la cité, et à empêcher que la démocratie s’effondre.
Moi je voulais – hyper modestement – être utile. Et je pensais qu’en labo de recherche j’aurais eu trop de blocage, je serais trop dans un petit coin du système.

Je voulais aller dans le monde associatif parce que je crois que pour bouger les lignes, il nous faut de la piraterie, il nous faut être des flibustiers du monde actuel.

J’ai donc décidé après ma thèse de travailler dans les ONG de protection de la nature, j’ai travaillé du local à l’international, puis j’ai créé depuis deux ans une micro-association qui s’appelle Marge Sauvage.

 

Tu peux en dire un peu plus sur le travail que vous faites chez Marge Sauvage ?

L’idée c’était vraiment de se positionner en interstice entre la science, les narratifs et l’action.

On continue à être producteurs de science – on a d’ailleurs soumis un papier à Nature qui est en train d’être analysé, ce qui est très bon signe – et ça c’est la base même si original car on n’est pas un acteur académique.

A côté, on réfléchit à comment on doit parler aux gens, comment on doit sortir la science et la connaissance, comment on tire la sonnette d’alarme… Parce que l’article scientifique, très peu de gens le lisent. 

Le dernier pilier, fondamental, c’est comment on contribue à la cité, à la société, aux politiques au sens large du terme, c’est-à-dire de parler aux entreprises, de parler aux lobbies, de parler aux habitants dans les territoires, aux citoyens, de parler évidemment aux élus… En somme œuvrer pour l’intérêt général.

Le gros sujet qu’on voulait aborder ensemble, c’est la place des scientifiques dans la société. Quelle est ta vision sur le fait de prendre position en tant que chercheur, et la nature des échanges que tu peux avoir avec des confrères et consoeurs ?

Je dirais qu’on vit une crise existentielle dans le monde de la recherche aujourd’hui. Elle était à ses prémisses quand j’ai commencé, mais elle s’est décuplée dans les dix dernières années. L’humanité n’a jamais été aussi consciente de la gravité de toute la situation et de son côté désespéré. Les chercheurs dans la société sont le thermomètre qui ont le nez dessus. Les gens rentrent chez eux le soir, ils ont passé leur journée dans les données sur la mort des glaciers, sur l’extinction du vivant, sur les démocraties qui s’effondrent… Ils ont même une connaissance et une maîtrise des choses souvent que le reste du commun des mortels n’a pas. 

Pour autant, se pose la question : qu’est-ce que je fais au-delà de documenter ? Quelle est ma place dans la société ? Est-ce que je suis là pour contribuer à retourner la tendance ou pas ? Et c’est là qu’il y a un profond débat, entre deux visions qui s’opposent.

L’une, qui serait, si je caricature, le chercheur dans sa tour d’ivoire qui n’est que le signal d’alarme. Pour qui ce n’est pas son problème si la société n’écoute pas.
L’autre, qui pense que ce n’est peut-être pas de notre faute si on ne nous écoute pas, mais que ce n’est pas un débat banal au café du commerce comme si on était pour l’autre équipe de foot. Le sujet est tellement haut qu’on a l’impératif d’être écouté, que le signal transcende tout. Et donc qu’il faut qu’on ait une posture à la fois de producteur de science, mais d’être aussi au coeur de la société pour faire le “SAV”, être contributeur pour dire qu’il y a des solutions, fondées sur la science, qui peuvent mettre la société dans de meilleures directions. Donc en tant que scientifiques, on est là aussi pour co-construire des solutions alternatives à celles poussées par les lobbies basées sur leurs profits.

C’est donc sur ça qu’on n’est pas d’accord avec beaucoup, car si on défend la deuxième vision, on considère que « tu fais de la politique », ce qui est une insulte suprême. Il y a deux insultes dans le monde académique : que tu n’as pas de déontologie, et que tu es militant. Si tu es un scientifique qui travaille sur les abeilles, et que tu expliques que pour les abeilles il faudrait un scénario sans pesticides, on va t’accuser d’être militant et ne plus l’écouter. Donc ce monde académique est bloqué avec ça, peu importe à quel point on détruit tout.

Si tu es un scientifique qui travaille sur les abeilles, et que tu expliques que pour les abeilles il faudrait un scénario sans pesticides, on va t’accuser d’être militant et ne plus t’écouter.

Pour toi c’est vraiment la peur de perdre leur crédibilité qui empêche beaucoup de scientifiques de prendre la parole ?

Tu es lobbyiste du pétrole, tu ne maîtrises pas les données voire même tu les bidonnes (ce qui a été prouvé à maintes reprises), tu vas partout dans le débat public, tu vas voir les élus etc. En face, t’es scientifique, tu as des données qui montrent que le pétrole détruit la planète et tu n’oses pas le dire car sinon dès que tu parles on va te traiter de militant. Donc tu n’y vas plus. C’est aussi simple que ça.

Il y a un renversement terrible des valeurs aujourd’hui, car limite on a honte de dire qu’on travaille pour l’intérêt général. Je ne suis pas militant, ou alors je suis militant de l’intérêt général et fier de l’être. Mais je ne suis pas militant du pétrole, pas militant du chaos du monde, contrairement au camp d’en face. Aujourd’hui taxer les gens de militants est devenu une insulte et on est hyper vite catégorisé.
Quand je passe sur La Terre au Carré sur France Inter, émission que j’aime beaucoup, et qu’à la fin on me dit « ah vous avez un discours engagé, vous êtes militants » …
Le monde scientifique a été « cornerisé ». On a mis les gens qui devraient être ceux qui sonnent l’alerte et aident à trouver les solutions les plus intelligentes de côté.
On le voit pourtant avec la Convention Citoyenne pour le Climat : dès qu’on met de la science on a tout.

Quand on voit le mouvement Scientist Rebellion qui grandit, ou des gens renommés comme Christophe Cassou (co-auteur du 6ème rapport du GIEC) prendre frontalement position sur le dossier de l’A69, on a l’impression que ça bouge quand même. Tu as l’impression que ces exemples sont à la marge et qu’on est encore loin du compte ?

Alors c’est à la marge, mais oui ça bouge à fond et ça va dans le bon sens.
Après là où il faut être bon, c’est qu’il faut arriver à réinventer le rôle de scientifique.
Pour ça on a besoin de plusieurs choses :  évidemment une capacité scientifique pour produire des données, la base pour comprendre le monde; ensuite une capacité de vulgarisation pour parler au grand public, pour transformer un savoir complexe en éléments simples et appréhendables; une compétence politique, au sens de mieux maîtriser le jeu politique, comprendre comment ça fonctionne.

Je n’ai aucun souci pour dire que tous les scientifiques ne doivent pas exceller dans les trois, et que chacun soit plutôt sur l’un ou sur l’autre. Par contre, le monde académique doit se requestionner sur comment il fait vivre les trois piliers. Imaginer par exemple que dans un labo il y ait des gens compétents sur chaque pilier.
Aujourd’hui beaucoup de scientifiques ne sont pas formés pour, et ne savent pas ne serait-ce que bien communiquer sur leurs travaux, et c’est normal car on ne l’apprend pas. Tu peux être un expert en mécanique quantique et ne pas savoir la différence entre une mairie et une comcom. Donc ça demande de la formation interne dans le monde académique sur comment raconter tes histoires et comment participer au débat politique constructivement.

Si je prends l’exemple de Scientist Rebellion, pour moi c’est une erreur de communication. J’aurais aimé qu’ils s’appellent plutôt « les vrais scientifiques », en plaidant plutôt que c’est ceux qui ne s’engagent pas qui ne sont pas les vrais scientifiques. Je pense que c’est un cri du cœur que de se mettre en rébellion, et j’ai un respect immense pour le courage et l’engagement de ces gens là. Chez Marge Sauvage on n’a pas choisi les mêmes modes d’actions, mais on défend qu’il y a plein de façons d’essayer de changer les choses. Et ça me va très bien, soyons tous complémentaires pour arriver à faire ce nous anime : changer la société. Moi je ne dis pas qu’il ne faut plus de scientifiques dans les labos, et je ne suis personne pour dire ça, mais je me dis juste : à quoi servent les données aujourd’hui pour empêcher que le bateau coule ? On a besoin de gens compétents ailleurs que dans la production de données pour que le bateau arrête de couler. 

Chez Marge Sauvage on défend qu’il y a plein de façons d’essayer de changer les choses. Et ça me va très bien, soyons tous complémentaires pour arriver à faire ce nous anime : changer la société.

Le casse-tête commence quand on se demande qui doit bouger en premier. Est-ce que tu penses que c’est le monde académique qui n’est pas prêt à évoluer, est-ce que c’est le monde médiatique qui bloque par son traitement, ou est-ce que ça peut aussi venir des citoyen·nes qui veulent que les scientifiques restent à leur place ?

Je pense que les principaux blocages sont soit de l’autocensure interne du côté du monde académique, soit des facteurs externes du côté du monde médiatique et surtout des gens du « camp d’en face » qui mettent la pression pour que toute parole scientifique qui sorte de son coin soit catégorisée. Moi j’ai dû faire 200 conférences dans ma vie, j’ai quand même vu pas mal de monde, et je n’ai jamais vu un citoyen qui m’a dit « là vous n’êtes pas dans votre rôle ».

Au contraire, depuis toujours je pense que la société humaine est complémentaire et que beaucoup de gens sont contents que des scientifiques poussent pour des décisions éclairées qui leurs seraient bénéfiques plutôt que de voir des lobbys influencer le monde politique pour du business as usual au détriment des gens. Surtout que les scientifiques n’ont pas vocation à prendre les décisions : moi je ne suis pas élu, je suis là pour éclairer et proposer et qu’ensuite les représentants des citoyens décident.

Pour terminer, c’est quoi la suite côté Marge Sauvage ?

On attend la publication de l’article de la part de Nature, on va aller sur le terrain faire plein de belles choses, notamment du côté des forêts primaires postglaciaires où il y a des choses à observer et à raconter.

On va sortir un documentaire avec Mathieu Navillod qui s’appelle « Après les glaciers ». Là on va partir sur Paris pour un événement avec l’UNESCO et l’UNEP (programme environnement de l’ONU) pour faire bouger la protection des glaciers à l’international. Il y a d’ailleurs eu une motion de protection des glaciers publiée en fin d’année qui a repris notre plaidoyer de protection des glaciers, et pour la première fois il y a eu une résolution de l’ONU sur le sujet. Donc pas mal de choses à l’international, et au niveau local on continue à accompagner les territoires sur des mesures de protection.

Et fin 2026 il y aura la deuxième édition du festival Agir pour les glaciers qu’on a lancé l’année dernière !

Oui, la montagne est politique

Oui, la montagne est politique

La fin de l’année approche, et avec elle l’envie de regarder dans le rétroviseur.
Alors c’était quoi 2025 ? Qu’est-ce qu’on retient ?


On fera le bilan de POW dans quelques jours, mais aujourd’hui on voulait revenir sur un truc qui nous a énervé tout au long de l’année, sans qu’on trouve le temps de s’exprimer dessus : les gens qui plaident pour une montagne “apolitique”.

En 2025, on a vu un florilège de réactions épidermiques à la moindre prise de position, la moindre action “politique” partagée par des médias de l’outdoor, ou pire, par des athlètes.

La pêche la + importante de l’année : le collectif d’alpinistes qui a accroché un drapeau de la Palestine en soutien au génocide à Gaza, dans les Alpes, sur la face ouest du Petit Dru.

Pourtant, non seulement ils se trompent mais ce postulat est surtout dangereux.

 

Pourquoi c’est faux ?

Cette “neutralité” ou cet “apolitisme” souhaité par tant de gens est un leurre, un mirage pour nos sociétés humaines, puisque par définition : tout ce qui est régie, impacté, influencé par des décisions ayant un impact sur une partie de notre société est politique. 

Tout problème ayant une dimension systémique* peut évoluer ou être résolu par des décisions prises par des élu·es à destination des citoyen·nes : c’est ça, la politique.

*c’est à dire relatif à un système, une société

Pourquoi dire le contraire est dangereux ?

Quand un grand nombre de gens plaident pour qu’on “laisse la politique de côté”, que ce soit par méconnaissance ou par stratégie, la finalité est la même : ça profite toujours à l’ordre existant.

Refuser d’admettre ce qui est politique, c’est agir politiquement pour que rien ne change. 

Refuser d’admettre que tout est politique, c’est défendre le statu quo. C’est refuser de regarder en face les enjeux sociaux et environnementaux, refuser d’admettre les problèmes qui gravitent autour de nous (ou les cautionner).

C’est refuser d’entendre la colère et/ou la détresse de gens qui souffrent plus que nous de la situation actuelle. 

L’année dernière nous avions publié ce post lors de la période élections européennes/législatives. On vous invite à le (re)lire, car il n’a pas pris une ride
https://www.instagram.com/p/C8ZtyiINwEy/?img_index=1 

 

Dans le tumulte de l’actualité et le rush de nos projets, on ne peut pas prendre la parole toutes les semaines pour le rappeler… Mais on continuera de le faire régulièrement tant que ce sera nécessaire :

Le travail de POW est politique, protéger l’outdoor c’est politique, la montagne est politique.
C’était le cas ces 10 dernières années, et ce sera le cas les 10 prochaines.

Plus que jamais, soutien à toutes les personnes qui osent prendre la parole pour défendre une société plus écologique, plus juste.

A la fin d’une année 2025 où la banalisation d’idées nauséabondes a encore gagné du terrain, s’exprimer c’est déjà résister !

Photos :
Collectif Gaza
Luc Moreau

POW x Moraine : mesures annuelles au glacier d’Ossoue

POW x Moraine : mesures annuelles au glacier d’Ossoue

Nous étions quelques membres de POW (Laura, Florian, Guillaume et moi) à accompagner Pierre René de l’association Moraine sur une nuit au sommet du Vignemale le week-end passé.

Comme chaque année en fin de période estivale, nous participons à la réalisation des mesures d’ablation de ce glacier des Pyrénées : le glacier d’Ossoue.

Samedi 11 octobre 2025, 11h du matin sur Gavarnie

Nous retrouvons Pierre René et son équipe de l’association Moraine pour participer au traditionnel bivouac au sommet du Vignemale qui marque la fin de la saison de mesure du glacier d’Ossoue.
Nous sommes 9 au départ du barrage d’Ossoue (1825m) et avons RDV 1000m plus haut sur le glacier avec une jeune équipe de cinéastes, Capucine et Florent, qui réalisent un documentaire pour France 3.

Il fait un temps radieux et nous emboitons le pas alerte de Pierre qui a déjà emprunté cette portion du GR10 plus de 125 fois !
3h et demi plus tard nous arrivons enfin sur le glacier et cheminons de balises en balises pour relever les mesures d’ablation glaciaire. Nous observons les moulins formés par la fonte de la glace et découvrons une grotte glaciaire précaire formée à quelques mètres du socle rocheux. L’année prochaine elle aura disparue.

Au fil des mesures on constate que le mois de septembre n’a pas laissé de répit à l’Ossoue. La moyenne globale de l’ablation mensuelle est d’environ 1,2m, certes deux fois moins importante que l’impitoyable mois d’août. Le bilan glaciaire est de 3,5m, soit 3,2m en équivalent d’eau.
L’heure tourne, il est temps de gravir les 200m de rocher qui nous séparent du sommet du Vignemale (3298m) que nous atteignons vers 18h30. Le soleil se couche lentement laissant place à la morsure du froid que nous avions fini par oublier après cet été caniculaire. Il est temps de préparer nos points de bivouacs au sommet, les places sont limitées.

Pour ma part je choisis un repli 30m plus bas dans la grotte Paradis du Comte Russell. J’ai choisi la bonne option, les températures sont descendues à -5°C dans la nuit…
Le lendemain matin nous attendons que le soleil nous réchauffe avant de redescendre le Vignemale devenu de plus en plus pénible à gravir à mesure que le glacier se retire, puis nous regagnons tranquillement la vallée après avoir pris le temps de quelques mesures en vue d’établir le bilan glaciaire 2025.

Il aura perdu plus de 3,5 mètres d’épaisseur de glace au cours de l’été. Sur 24 années de mesures il s’agit du 4ème bilan de masse le plus déficitaire.

RDV en 2026 pour une nouvelle aventure en celui magnifique si chargé émotionnellement.

Emmanuel

Photos : Emmanuel Lazorthes, @laura_cantounet, Pierre René

Notre communauté a du talent Laura et son travail chez Fifteen

Notre communauté a du talent Laura et son travail chez Fifteen

Aujourd’hui on donne la parole à Laura, bénévole chez POW depuis un long moment, qui nous parle de son travail chez Fifteen : un acteur important du vélo, que vous ne connaissez pas forcément de nom mais qui se cache derrière des choses que vous avez peut-être déjà utilisées pour beaucoup d’entre vous !

Peux-tu te présenter et présenter rapidement ce que c’est Fifteen ?

Je m’appelle Laura et je travaille pour la société Fifteen en tant que Sales Manager France depuis Annecy où j’exerce en télétravail. Fifteen conçoit et fabrique des services vélos pour les collectivités, on a notamment développé un système de stationnement et de recharge de vélos électrique en libre service assez avant-gardiste. Nous sommes les leaders en Europe dans la conception de services vélos, avec des références sur tout type de villes, des grandes métropoles comme Paris Vélib, Le Vélo à Marseille, à l’international comme à Vancouver ou Helsinki, et dans pas mal de villes moyennes comme Epinal, Vichy, Avignon, Auxerre, où nous avons de superbes résultats d’usages. La mobilité urbaine, notamment à travers des solutions innovantes et écologiques, est au cœur de mon travail quotidien.

Parallèlement à mon activité professionnelle, je suis bénévole pour l’association Protect Our Winters (POW). Cette organisation rassemble les pratiquant·es de sports outdoor qui partagent la même passion pour la nature et l’environnement, avec pour mission de lutter contre le changement climatique et de préserver ces espaces fragiles qui souffrent en première ligne du dérèglement climatique. En tant qu’amoureuse de la montagne, je m’engage à protéger les paysages que j’aime tant, tout en sensibilisant d’autres passionné·es aux enjeux climatiques. Et comme notre fer de lance c’est la mobilité en montagne, ça rejoint complètement mon activité professionnelle sur un autre spectre !

 

Quand tu parles des villes où vous êtes présents et des résultats que vous avez qui sont hyper positifs, est-ce que tu pourrais nous partager quelques exemples différents de villes et quelques chiffres ?

Oui ! Pour se donner un ordre d’idée, je prends 3 exemples bien différents. 

Avignon, Vélopop = c’est 300 vélos en libre-service avec un lancement en juillet 2024
– On a déjà 7250 usagers uniques soit un équivalent de 7,8% de la population
– 90 000 trajets
– 280 000 km parcours
– 30 000 kg de CO2 évité

Auxerre
Auxerre est intéressant car c’est petite ville avec un service adapté, qui s’appelle Aux’R’M.
On propose des vélos en libre service courte et longue durée, directement en station ! Un usager peut souscrire à une offre de LLD à n’importe quelle heure en autonomie dans la rue. On envoie un petit kit de bienvenue à chaque souscription pour que l’usager puisse charger son vélo à la maison !
On compte 320 vélos en libre-service et 43 stations.

Marseille
En 2022 nous avons remplacé la flotte de vélos 100% mécaniques, en passant à une flotte 100 % électrique : les usages ont été multipliés par 2,5 sans augmenter le nombre de vélos (2000 en tout).
– Marseille c’est colossal, il y a 50 000 trajets par mois avec LeVélo
Depuis son lancement c’est:
– 180 000 usagers
– 5 282 576 trajets
– 16 427 244 km parcours
– 1 097 780 kg de CO2 évités

Proposer des vélos électriques peut sembler contre-intuitif d’un point de vue écologique, mais c’est en réalité bien plus efficace que d’offrir des vélos mécaniques, et ce pour plusieurs raisons :
– Un vélo électrique remplace 3 à 4 fois plus de trajets initialement effectués en voiture qu’un vélo mécanique
– Il touche un plus large public, y compris ceux qui ne sont pas habitués à faire du vélo, en leur offrant une alternative crédible à la voiture
– Les vélos électriques sont plus inclusifs et accessibles à une diversité d’usagers
– Ils permettent d’effectuer des trajets plus longs (en distance, pas vraiment en temps)
– Ils sont particulièrement adaptés aux déplacements domicile-travail

Cependant pour que ces avantages aient un véritable impact écologique, il faut remplir certaines conditions : le vélo doit être éco-conçu, et ses batteries doivent être durables, c’est-à-dire robustes, réparables et recyclables. Chez Fifteen, nos vélos sont conçus en France à Vanves, assemblés dans les Hauts-de-France, et les batteries sont fabriquées, réparées et recyclées à Clermont-Ferrand.

Est-ce que vous êtes présents dans des villes de montagne ? Si non, pourquoi ?

Non pas vraiment, on ne cible pas spécifiquement les territoires de montagne, en raison de divers défis opérationnels (comme la décharge rapide des batteries due au froid, les sols glissants en hiver, la neige, etc). Ceci dit, je serais ravie d’échanger avec des élus de territoires de montagne pour explorer et approfondir ces enjeux si certains nous lisent !

Sans rentrer dans trop de technique, mais vous rentrez en contact avec qui exactement quand vous voulez intégrer votre service à une ville ? Est-ce que quelqu’un qui lira l’article et qui vit dans une ville où il n’y a pas de services vélos peut par exemple envoyer un message à sa mairie pour parler de vous et demander que l’arrivée d’un service du genre soit étudié ?

Oui avec plaisir, chaque collectivité a un service mobilités ou transports. Il ne faut pas hésiter à leur soumettre l’idée. Je pense que c’est même une très bonne chose d’avoir des initiatives citoyennes sur ces sujets-là ! 

Est-ce que tu as de la visibilité sur le nombre de villes qui ont un service Fifteen ou similaire, ça peut être pertinent de voir la marge qu’on a encore !

En France, il y a eu le recensement suivant en 2022*:
– 74 services vélos en libre-service (VLS)
– 271 service de location longue-durée (LLD)
*Chiffre établi d’après le recensement effectué par l’Union Sport & Cycle en 2022
Les territoires ne cessent de s’équiper, donc c’est difficile d’avoir une vision exhaustive à ce jour ! Mais si vous n’avez rien dans votre ville, tentez le coup !

C’est quoi la plus petite ville où vous êtes installés et est-ce que c’est une démarche de votre côté d’intégrer des villes encore plus petites ?

Il est vrai qu’il fut un temps où les services vélos étaient principalement destinés aux grandes villes et métropoles. Aujourd’hui, c’est impressionnant de constater à quel point les vélos se sont durablement implantés dans des territoires plus petits, moins denses et plus ruraux ! Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que ces zones sont souvent celles où un service vélo a le plus d’impact. En effet, ces territoires manquent parfois d’alternatives en matière de transports en commun, et un service de vélos devient alors une véritable solution pour les déplacements du quotidien. Fifteen a largement contribué à cette tendance, notamment depuis le lancement en 2020 de ses stations ultra-compactes, qui sont très abordables et faciles à installer, même pour des collectivités avec un budget limité. La plus petite ville où nous sommes implantés est Landerneau en Bretagne, qui compte 15 700 habitants, et environ 30 % de la population utilise ou a utilisé le service !

Plus personnellement, est-ce que tu peux partager quelques mots sur ton engagement chez POW ? Est-il complémentaire à ton travail ?

Mon engagement chez POW me permet d’explorer une autre facette de la lutte pour le climat, et de m’entourer de personnes qui partagent les mêmes valeurs, les mêmes craintes que moi. Nous nous sommes organisés en un réseau assez intéressant dans chaque région de France et il commence à y avoir une jolie communauté à Annecy. On s’inspire les uns les autres ! Si chez Fifteen, je me concentre sur la mobilité urbaine, chez POW, je me focalise sur la protection des environnements naturels, notamment les montagnes. Les deux engagements se complètent parfaitement, car ils reposent sur une même conviction : il est essentiel d’agir pour préserver notre planète, que ce soit en ville ou dans les espaces naturels.

Qu’est-ce qui t’as motivé à t’engager, que ce soit dans ton boulot ou chez POW ? Et c’est quoi toi ton rapport au vélo ?

J’ai vraiment découvert le vélo en 2020. C’est à ce moment-là que j’ai eu mon réveil écologique. À l’époque, je bossais dans une entreprise qui fournissait des services aux aéroports, et le COVID a accéléré les choses : licenciement économique, déménagement à Annecy. J’ai repris possession de mon temps et de mon espace. En plus, j’ai été profondément marquée par la vision des stations de ski désertes pendant l’année blanche qui a suivi. Ça m’a frappée de voir à quel point on défigurait nos montagnes et l’impact que le ski a en termes de surconsommation des ressources. Ça m’a vraiment dégoûtée. C’est là que j’ai radicalement changé mes habitudes : j’ai intégré le vélo à mes trajets quotidiens et j’ai presque complètement laissé tomber le ski alpin pour le remplacer par le ski de randonnée. J’avais envie de réduire au maximum mon impact. Côté pro, j’ai aussi voulu faire bouger les choses, contribuer positivement à la société. En somme, pour moi, le vélo, c’est bien plus qu’un moyen de transport, c’est un outil extraordinaire pour les loisirs, les voyages, et l’aventure !

Un dernier message aux personnes qui vont te lire, peut-être à des gens qui hésitent à s’engager davantage en faveur du climat ? 

Je pense qu’il est urgent de mettre notre énergie et notre intelligence pour des entreprises à impacts qui sont alignées avec nos valeurs et nos enjeux. Le télétravail est un des héritages positifs du COVID et cela permet à des personnes comme moi de travailler depuis la Haute-Savoie sur des projets à impacts à l’échelle nationale. J’en suis ravie, il faut en profiter et ne pas hésiter à postuler dans des entreprises qui façonnent le nouveau monde de manière plus durable, avec des missions sociales justes. La transition écologique passe aussi par nos métiers au quotidien. Je serais ravie d’échanger avec vous sur ces sujets, vous pouvez me contacter via LinkedIn (Laura Dahan)🙂

 

 

 

 

 

Extrême droite, pire ennemi du climat ?

Extrême droite, pire ennemi du climat ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, si vous êtes surpris.e.s que l’on parle de l’extrême droite frontalement, vous pouvez retrouver la position de POW sur le sujet ici.

Chez POW, on a toujours pointé du doigt les actes anti-écologiques du gouvernement en place, car être apartisan ne veut pas dire que l’on est apolitique, bien au contraire. Et après la victoire écrasante de l’extrême droite aux élections européennes et la dynamique actuelle, il nous paraissait essentiel de mettre en lumière le danger que représente l’accession au pouvoir du Rassemblement National (RN) pour le climat. Spoiler : dans son programme pour les législatives, le RN ne mentionne absolument pas le climat. Le mot n’apparaît même pas. Entre le RN et le climat, la relation semble donc bien inexistante… on vous en parle dans tous ces points.

 

    • – Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 
    • – Ne pas seulement freiner, mais reculer ! Même sur la mobilité… 
    • – Un climatodénialisme très fort
    • – L’extrême droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux
    • – Le RN, ennemi des associations 
Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 

La transition écologique sera juste, ou ne sera pas. Il est impossible de penser climat sans penser inégalités sociales et économiques. Les classes les plus populaires sont celles qui subissent le plus les effets du changement climatique. A l’inverse, les personnes les plus riches contribuent le plus à accélérer ce dernier et en sont les moins impactées. En France, 63 milliardaires émettent plus de gaz à effet de serre que la moitié de la population (~34 millions de personnes) et à l’échelle mondiale, 1% des plus riches polluent autant que 66% des plus pauvres.

Le souci avec le RN, c’est que ni le climat, ni la lutte contre les inégalités ne sont une priorité. Loiiiin de là. La politique économique du parti va largement en faveur des grosses entreprises, étant toujours très à l’écoute des gros lobbies industriels. Il vote systématiquement en défaveur des lois visant à protéger les plus modestes et réduire les inégalités, telles que le rétablissement de l’impôt sur la fortune, qui permettrait de financer une grande partie de la transition écologique.

De nombreux économistes renommés s’opposent d’ailleurs au programme du RN, montrant qu’il s’agit d’un programme bancal, qui ne résoudra aucunement les problèmes d’inégalités économiques, et donc sociales, et donc écologiques du pays.

Ne pas seulement freiner, mais reculer ! Même sur la mobilité…


Le programme du RN ne se contente pas de ne rien faire, il veut aussi reculer, et sur de nombreux points. L’intégralité des points, en réalité. Déjà, le RN vote systématiquement contre les lois environnementales, autant en France qu’en Europe (contre la taxation du kérosène, contre la loi de restauration de la nature, contre l’interdiction des polluants éternels (PFAS)…).

Sur les énergies renouvelables, en juin 2024, Marine Le Pen a affirmé que ces dernières n’étaient “ni propres ni renouvelables”, et souhaite démanteler toutes les éoliennes du pays. Elle ne souhaite investir que dans le nucléaire, et ne prévoit aucunement de sortir des énergies fossiles, qui sont la plus grande source d’émissions de GES dans le monde.

 

Concernant la mobilité, notre sujet phare chez POW, elle n’apparaît tout simplement pas dans les 22 mesures du programme du RN. Il n’y a RIEN DU TOUT. Pour trouver des informations sur ce sujet, il faut aller fouiller dans un cahier thématique tout au fond de leur site. Et là, surprise, le RN prévoit “d’assurer le respect du droit à la mobilité individuelle”. Tout ce contre quoi il faut aller. C’est-à-dire que le RN souhaite détaxer les carburants, revenir sur l’interdiction de la vente des voitures thermiques en 2035 (qui sont la principale source d’émissions de CO2 du pays), supprimer les Zones à Faible Emission, et ne mentionne absolument pas le train.

Que ce soit à échelle nationale ou européenne, le RN s’oppose à tout ce que POW défend. Tous leurs votes sur l’ensemble des sujets vont à l’encontre du climat et de la justice sociale. Pour approfondir sur ce point, même s’il ne mentionne que les mesures européennes, vous pouvez retrouver notre scoreboard pour vous rendre compte de la fibre écologique fantôme de ce mouvement.

Un climatodénialisme très fort

“Il ne faut pas se baser uniquement sur les données du GIEC” dont les membres “ont parfois tendance à exagérer”Thomas Ménagé député RN sortant et candidat, août 2023. Marine Le Pen a également déclaré que le GIEC a “toujours été alarmiste”.


“Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec -43 degrés. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du GIEC.”Christophe Barthès, député RN sortant et candidat, janvier 2024. Ce dernier est également connu pour avoir émis des doutes sur la pertinence des termes “réchauffement” ou “dérèglement” du climat, et s’est questionné sur la durée du changement climatique, considérant qu’on ne sait pas ce qu’il en sera “dans 10 ans” et que ça ira peut-être mieux.

Remettre en cause les travaux du GIEC, qui regroupe des centaines de scientifiques renommés du monde entier pour produire des rapports sur les dernières données du changement climatique, est extrêmement grave, mais ne semble pas faire peur au RN qui fait preuve d’un climatodénialisme fort et n’hésite pas à le faire publiquement. Alors que pourtant… :

 

L’extrême droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux

 

De nombreux scientifiques renommés, comme Jean Jouzel ou Valérie Masson-Delmotte, s’inquiètent et s’expriment dans les médias face aux risques que représenterait le RN au pouvoir pour le climat. Jean Jouzel, mondialement reconnu pour ses travaux au sein du GIEC, a par exemple déclaré que  « Le RN n’a aucune ambition en termes de lutte contre le changement climatique. C’est le vide. »

On en a donc profité pour demander à des scientifiques proches de POW s’ils souhaitaient s’exprimer sur le sujet. Voici les précieux retours que l’on a eus des glaciologues Luc Moreau et Jean-Baptiste Bosson, et d’Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat.

Je dirais qu’il faut absolument voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement. Il y en a qui ont des programmes qui sont vides, comme le dit Jean Jouzel. Pourquoi ? Parce que l’environnement, c’est la base, pour être en bonne santé et pour être en vie. Pour pouvoir faire de la politique, du business, jouer, s’amuser, travailler, apprendre, on est obligés d’être vivant.e.s. Comme le dit Yvan Chouinard “on ne fait pas de business sur une planète morte”. Aujourd’hui, on se doit de préserver cet environnement, de le réparer, d’avoir les bonnes solutions, et on n’a pas une minute à perdre vu qu’il y a un certain temps entre la décision et les actes. Et il y a un temps de réponse énorme dans l’environnement ! Aujourd’hui il y a des saisons où la couche d’ozone se reconstitue parce qu’on a pris les bonnes décisions il y a 30 ou 40 ans. Et les glaciers, bien sûr, sont très importants, parce qu’ils équilibrent le climat. Moins il y aura de glace et de neige, plus ça va se réchauffer car les surfaces seront de moins en moins blanches. Donc voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement, parce que c’est la base pour être vivant.e.s, pour pouvoir vivre sur cette planète, qui est la seule.

Luc Moreau, glaciologue

Face aux crises que nous avons générées, le changement climatique, la dégradation de la nature, la disparition des glaciers, la modification du cycle de l’eau, nous devons absolument réagir. Partout la montée de l’extrême droite est la pire des options possibles, celle du laisser faire et de la haine, celle qui empêche le futur. Nous devons réapprendre à vivre ensemble et nous engager à la hauteur des enjeux. Le choix qui est devant nous sera déterminant, pour nous, les générations futures et la planète. Allons voter contre l’extrême droite et pour le vivant.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Je ne suis pas là pour exposer pour qui voter, mais je sais que mon cœur, ma raison ainsi que mon travail dans les sciences naturelles me disent de voter pour un parti qui considère le climat comme une priorité absolue. J’estime que l’une des missions des géoscientifiques est d’alerter sur l’importance de prioriser des partis politiques qui considèrent réellement le climat et mettent des moyens en œuvre. Parce que ce sont ces personnes qui disposent de réels pouvoirs pour mettre en place des lois, des restrictions, des limitations capables de suivre les recommandations scientifiques. D’ici 2100, quoi que l’on fasse aujourd’hui, le niveau des mers et océans va augmenter d’1m10. Mais si on ne fait rien, ce sera 4m, et ainsi de suite avec le temps qui défile et des politiques qui n’agissent pas… Il suffit de faire 500 m en voiture pour contribuer à la fonte de l’équivalent d’1 kg de glace. Et c’est 180 millions de personnes qui vont devoir bouger à cause de la montée des eaux. C’est plutôt cela qui devrait interpeller, surtout le RN et ses électeurs qui semblent tant s’inquiéter des flux migratoires. Voter pour le climat est une affaire de toutes et tous, et est une priorité.

Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat

Le RN, ennemi des associations 

Entre sa brutalité vis-à-vis des manifestants écologistes, et ses attaques multiples contre les associations, notre travail sous le RN ne sera clairement pas le même. L’extrême droite attaque souvent les militants écologistes dans ses discours, n’hésitant pas à les insulter de “khmers verts” en référence aux “khmers rouges”, un mouvement politique Cambodgien extrêmement violent et coupable d’un génocide qui a tué 2 millions de personnes, une attaque très grave et d’un extrême irrespect pour les victimes de ce terrible génocide.

De plus, Anaïs Sabatini, députée RN des Pyrénées Orientales, a réclamé la suppression des subventions à l’association France Nature Environnement en 2023, reflétant le fait que le travail des associations environnementales est largement mis en péril par l’extrême droite. Dans la même lignée, à la suite des mobilisations contre les méga-bassines à Sainte-Soline, des députés RN ont soutenu la dissolution des Soulèvements de la Terre que l’on évoque dans cet article. Le parti a aussi lancé une pétition sur son site pour la dissolution de ce qu’il appelle des “milices d’extrême gauche”, qui montre une nouvelle fois le danger qui pèse sur les collectifs écologistes.

Pour faire face au danger que représente l’extrême droite pour le climat et la justice sociale, chacun.e a un rôle à jouer, que ce soit en faisant de la pédagogie pour montrer la réalité de ce parti aux personnes qui seraient charmées par leurs sirènes, ou surtout en encourageant toutes celles et ceux qui ont des valeurs et des convictions à l’opposé des leurs, mais qui n’auraient pas (encore) l’intention d’aller voter.

Collectivement, mobilisons-nous. La force du collectif est immense !

N PY récompense l avion et ignore le train

N PY récompense l avion et ignore le train


On passe parfois à côté d’infos qui méritent l’expression de notre mécontentement citoyen : cet hiver, N’Py (un groupement de 8 stations dans les Pyrénées) proposait d’offrir 2 jours de forfait de ski aux personnes prenant l’avion de Paris à Tarbes grâce à un partenariat avec l’aéroport de Tarbes/Lourdes et la compagnie Volotea.
Une offre lunaire, à l’heure où les rapports s’enchainent les uns après les autres, pour montrer à quel point nous fonçons dans le mur, à quel point chaque hiver est pire que le précédent…

Si certains pourraient défendre ça en expliquant que ça ne représente pas un si “grand” nombre de personnes, l’offre nous fait bondir pour 2 raisons principales : 
– l’empreinte des personnes venant en avion par rapport à si elles venaient en train est quand même majeur
– surtout, le symbole est catastrophique

Pendant que l’on se bat pour que les choses avancent en terme de mobilité, que le réseau ferroviaire s’améliore, que l’on alerte sur l’impact des transports qui ne faiblit pas… Voir de telles offres constitue un déni de la réalité scientifique. 
Il y a quelques semaines, nous partageions un article sur la situation dramatique des glaciers pyrénéens et leur rôle de lanceurs d’alerte. il faut croire que même les stations les plus proches n’entendent pas les cris de ces derniers.

Mais passé l’indignation, on s’est dit qu’il fallait agir et partager cette dernière aux acteurs du terrritoire. On a écrit une lettre ci-dessous invitant au dialogue et au changement sur ce sujet, envoyée il y a plusieurs semaines. 
Nous n’avons cependant pas encore eu de réponse, malgré des retours d’acteurs du territoires nous partageant que des stations de N’PY n’étaient pas au courant de l’initiative, et qu’un dialogue avait commencé en vue de l’hiver prochain.

Alors pour nous aider à faire réagir, vous pouvez déjà écrire via leur formulaire de contact pour les interpeller (interpeller ne veut pas dire insulter, restons bienveillants et portons un message constructif), afin de partager à N’PY ce que vous pensez de l’initiative et ce que vous aimeriez voir être mis en place. Et si vous êtes sur le territoire, n’hésitez pas à solliciter les élus/professionnels des stations concernées.