L’imperfection, c’est politique

L’imperfection, c’est politique

L’imperfection, c’est politique

Doit-on être parfait·e pour s’engager ? Faut-il être exemplaire pour prendre la parole ?Aujourd’hui on aborde un concept complexe et sensible, qui plane au-dessus de toutes les luttes : la légitimité.

Pour s’y prendre correctement, on a ratissé large pour traiter le problème dans sa globalité : pureté militante, critique politique, exemplarité, sentiment d’injustice, individualisation de la lutte…
Tout ça alors que si tu veux, on peut déjà te spoiler la conclusion ici : depuis le début, c’est McDonald’s qui a raison. On est parti ?!

temps de lecture estimé : 7 minutes

Le point de départ

Dans le milieu associatif, plus largement le milieu « engagé », il y a un terme qu’on entend de plus en plus souvent : la « pureté militante ». Si tu n’as jamais entendu ça ou que tu n’es pas familier avec le terme, on peut décrire ce concept comme une injonction à avoir un comportement irréprochable. On peut voir ça comme un refus des compromis considérés comme diluant ou trahissant la cause et/ou les valeurs qu’on défend.

On le voit surtout de plus en plus abordé sur les réseaux sociaux qui sont à la fois lieu de partage de témoignages, de mises en avant de causes essentielles, mais aussi de harcèlement de masse et de violences écrites et verbales. Si on a toujours suivi le sujet de près chez POW France, on n’a jamais jugé nécessaire de prendre la parole sur le sujet.

Mais il y a quelques mois nos confrères de POW US ont planté sans le savoir la première graine menant à cet article avec un post Instagram qui disait : « Tu peux être imparfait et être un avocat du climat » suivi de phrase type « tu peux voler pour aller rider et être un avocat du climat ».

Et ça nous a interpellé.

Chez POW France, on est 100% d’accord qu’on ne doit pas être parfait·es pour être engagé·es en faveur du climat (tout comme on a conscience que la comparaison entre les US et la France devient très vite peu pertinente).

Mais la tournure de la suite du post nous a quand même fait réfléchir : la lutte contre le sentiment d’illégitimité à s’engager peut-elle se transformer en déresponsabilisation de tous les comportements individuels les plus polluants ? Est-ce de la pureté militante que de dire que non, on ne peut pas excuser n’importe quel comportement tant que l’intention est là ?

On n’attend pas la perfection, par exemple d’un·e athlète qui souhaite prendre la parole sur des sujets environnementaux ou faire quelque chose avec POW. Mais est-ce que ça veut dire pour autant que l’empreinte carbone de quelqu’un qui prend 20 fois l’avion dans l’année n’a pas d’importance quand iel parle aux gens ? Est-ce qu’une marque qui ne fait aucun effort pour changer sa façon de faire est excusée dès lors qu’elle a un ou deux messages écolos ?
Est-ce qu’une station est « verte » dès qu’elle organise des ramassages de déchets alors que son modèle repose sur l’accueil de touristes venant en avion ? Faut-il placer un curseur quelque part ? Si oui, à quel niveau ?

 

Il fallait qu’on en parle.

L’exemplarité, ça compte 

Alors avant de trancher la vaste question « faut-il être parfait pour être engagé·e », on s’est demandé si l’exemplarité avait un impact sur les autres.
Prenons le cas d’un·e scientifique. Est-ce que l’empreinte carbone de quelqu’un qui vient partager des données factuelles issues d’un travail rigoureux voire d’un consensus international peut influencer la façon dont nous allons recevoir ses propos ?

Selon une étude publiée par Attari & al en 2016, il n’y a pas de doute : « Nous constatons que l’empreinte carbone des communicants affecte massivement leur crédibilité ».

D’autres papiers confirment cela, pointant que les scientifiques qui s’expriment sur les sujets climatiques décrit·es comme prenant souvent l’avion ont tendance à être jugés beaucoup moins crédibles que celles et ceux le prenant peu.
Ce constat s’élargit au-delà des chercheurs, et s’applique aux communicants sur les sujets climatiques (comme POW).

« Une communication efficace de la science du climat et la promotion d’un changement de comportement individuel et d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre et des interventions de politique publique sont grandement facilitées lorsque les communicants montrent la voie en réduisant leur propre empreinte carbone. »

En bref, pour être écouté·es, il faudrait incarner le changement que l’on plaide.

L’enfer, c’est les autres

Montrer l’exemple, ça n’est pas utile que pour être davantage écouté. Montrer l’exemple, c’est transmettre un message, entraîner du mouvement. De nombreuses études comportementales le montrent : on est fortement influencé·es par ce que font les gens autour de nous, positivement ou négativement. On est influencé·es positivement lorsqu’un voisin ou une amie nous parle de quelque chose de bien qu’elle fait, car ça nous inspire, ça nous donne envie nous aussi de faire pareil, de ne pas être celui ou celle qui s’en fiche..
Mais on peut tout aussi facilement être influencé·e négativement. Si on vient de renoncer à un voyage en avion pour des raisons de conscience écologique, en se reportant vers quelque chose d’autre qui ne nous enthousiasme peut-être moins, et que dans la foulée on a notre cousin au téléphone qui nous explique avoir décollé pour un week-end de 3 jours à New-York… Il est compréhensible que la réaction soit un “fuck off” avant d’aller checker Google Flights.

Ce constat concernant l’influence négative est on ne peut plus vrai lorsqu’il s’agit d’acceptation de politiques publiques.

Théodore Tallent, Malo Jan et Luis Sattelmayer ont réalisé une expérience et écrit un article « L’exemplarité des élites, levier de l’acceptabilité des politiques climatiques » pour mesurer le phénomène. Et les conclusions sont claires :

 

« Pour accepter la transition écologique, les Français doivent être convaincus que tout le monde contribue à la sobriété de façon équitable. Des mesures symboliques pourraient ainsi être ajoutées afin de faire admettre des décisions plus contraignantes. »

Théodore Tallent, Malo Jan et Luis Sattelmayer

Prenons un exemple concret et assez récent : l’interdiction des jets privés.
D’un côté, toutes les personnes (dont POW) qui considèrent qu’à l’heure du réchauffement climatique cela devrait couler de source d’interdire le moyen de transport le plus polluant au monde, utilisé par une poignée d’ultra riches à l’empreinte carbone démesurée. De l’autre, la classe politique en place, qui se défend en expliquant que comme ça ne concerne qu’une poignée de personnes, ça ne sert à rien pour diminuer le réchauffement, que c’est juste « anti-riches ».


Et donc ce que pointent les travaux du trio, c’est précisément que la classe politique qui s’y oppose a tort, car  les « politiques symboliques » sont absolument essentielles pour faire accepter aux citoyen·nes des mesures qui les impacteraient.

« L’impression que tout le monde contribue à son échelle est un puissant levier. L’effet est massif dans toute la société, » analyse Théodore Tallent. « Il faut penser les réformes environnementales dans une politique plus globale, comme une sorte de package climatique pour permettre de faire avancer la société dans son ensemble. »

Entre sentiment d’injustice et perfection morale

Ok, on écoute davantage quelqu’un qui montre l’exemple, on influence positivement les gens quand on montre l’exemple… Tout ça semble logique pour tout le monde. Mais est-ce que pour autant on doit complètement mettre de côté les gens qu’on ne considère pas assez engagé·es ? Pourquoi est-ce qu’on pousse dans les cordes voire rejette les personnes n’étant pas au même échelon que le nôtre ?

Quand on fait de multiples efforts pour raisons écologiques, qu’on renonce à certaines choses importantes pour nous comme le fait de prendre l’avion pour voyager, et que l’on voit ensuite sur Instagram quelqu’un expliquer à quel point la cause climatique lui est chère avant de poster une story hublot « direction Bali », on peut comprendre que ça crée de la frustration, voire de la colère. Derrière, cette frustration peut s’exprimer à travers du rejet, voire de la critique directe. Ou elle peut engendrer un découragement, avec le classique « les autres ne se bougent pas alors pourquoi moi je me bougerais ». 

Un autre moteur qui amène à ce mécanisme, c’est l’envie – consciente ou inconsciente – de se mettre dans la position « du vrai militant ».
Agir pour une cause peut amener différents sentiments positifs : gratitude, reconnaissance, fierté… On est les premiers à le dire chez POW, s’engager, ce n’est pas bénéfique que pour la cause même si c’est pour ça qu’on le fait : ça fait du bien et c’est normal.
Mais c’est tout de suite beaucoup moins bien quand cette sensation d’être un·e super militant·e amène à rejeter les personnes qui n’en seraient peut-être pas au même niveau d’engagement ou de connaissance, comme si on ne voulait pas leur donner accès à la même position que nous.

Elsa Deck Marsault, militante féministe et queer, est l’autrice de « Faire Justice » un essai qui parlent des conflits minant les milieux militants progressistes.

« Le souci d’incarner une forme de perfection morale a pris le pas sur la patience que suppose toute lutte : le travail politique de répétition et de pédagogie.

Selon moi, ce moralisme – et les pratiques punitives qu’il peut entraîner – découle d’un sentiment d’impuissance politique. Nous vivons dans un contexte de guerres internationales et de mul­tiples crises économiques, sociales et écologiques, où les adversaires semblent si puissants et abstraits qu’on ne sait par où commencer.

Face à cela, il est plus facile de s’attaquer à son voisin qui aurait dit ou fait telle chose qui représenterait le patriarcat, le colonialisme, etc. […] Ce phénomène traduit plutôt une forme de compensation : face à l’impuissance politique, on cherche à retrouver de la puissance là où l’on peut. »

Elsa Deck Marsault

Individualiser la lutte, le meilleur moyen de la perdre

Une fois qu’on a parlé des bonnes ou des mauvaises raisons de réagir, la question la plus importante subsiste : est-ce qu’on fait vraiment ce qui est bénéfique pour la cause ? Est-ce vraiment dans la lutte pour des changements individuels que résident les victoires environnementales ?

Réponse rapide de POW France : “non.”

 

Réponse plus détaillée de Solange Martin et Albane Gaspard, de l’ADEME, qui ont travaillé sur le changement des comportements individuels et les dynamiques collectives comme levier de la transition écologique

« Les sciences humaines et sociales nous rappellent que les déterminants du changement de comportement sont certes individuels, mais aussi collectifs : l’individu est aidé et / ou limité dans son action par les réalités économiques, sociales et matérielles des collectifs et des environnements dans lesquels il évolue.

Les marges de manœuvre de l’évolution des comportements individuels ne se situent pas toutes à l’échelle de l’individu et ne dépendent pas toutes de son bon vouloir. Chercher à faire évoluer les comportements ne peut donc pas faire l’économie d’une réflexion et d’une action au niveau collectif.

C’est à cette condition que les évolutions nécessaires pourront avoir lieu et s’inscrire, dans la durée, à une échelle qui soit appropriée aux enjeux énergétiques et écologiques. »

Solange Martin et Albane Gaspard

ADEME

Le vrai sujet : la critique politique

Le drapeau noir de la pureté militante est de plus en plus agité, notamment avec les réseaux sociaux qui transforment très vite quelques commentaires en une vague de harcèlement. Un phénomène qui prend sa source à un problème encore plus grand : nous sommes incapables, en tant que société, d’accorder une juste place à la critique politique. 

Explication avec des extraits de l’article « En finir avec le concept de pureté militante » du média ENGRAINAGE :

« Le concept de pureté militante peut être instrumentalisé pour justifier des comportements ou des actions problématiques. Par exemple, quand une personne est accusée de tenir des propos racistes ou des blagues misogynes au sein d’un groupe militant, elle peut tenter d’éviter la remise en question en expliquant que la critique reçue est simplement de la pureté militante. En utilisant par exemple l’expression réactionnaire “on ne peut plus rien dire”. Réduire toute critique politique à de la pureté militante permet donc d’éviter une remise en question et de maintenir un certain “statu quo militant”.  Une situation qui ne permet pas de se saisir collectivement du problème et de le résoudre. […] Si la notion de pureté militante permet de mettre en lumière des mécanismes contreproductifs et violents au sein des groupes militants, l’(auto) critique politique semble avoir cruellement manqué, notamment dans les luttes écologiques. »

Là est toute la complexité du problème.

D’un côté, la pureté militante peut se traduire par du harcèlement en masse en direction d’une personne prenant la parole sur les réseaux pour une cause juste, qui la touche, mais qui est très vite renvoyée vers son imperfection.

Exemple : une athlète qui oserait partager une prise de parole de POW France, mais qui prend encore l’avion pour sa carrière de sportive.

De l’autre côté, la pureté militante est utilisée comme un totem d’immunité par des personnes qui refusent toute critique politique concernant leurs propres actions.

Exemple : un membre de parti politique qui se fait critiquer pour le manque d’ambition d’une mesure et qui balaie tout avec l’argument qu’aller plus loin que lui c’est être trop radical.

Celles et ceux qui ne veulent pas que les choses changent ont toujours intérêt à décrédibiliser les messagers, peu importe comment.

Détourner la responsabilité pour entretenir l’inaction, c’est un levier de défaite puissant pour nos combats.

À la fin, POW, c’est quoi votre avis ?

La question de la légitimité pour s’engager est un problème complexe, causé par soi-même et par les multiples comportements possibles des autres. Une fois ceci posé, il faut le réaffirmer : non, tu n’as pas besoin d’être parfait·e pour t’engager.

Chez POW on le redira à chaque fois que nécessaire, et ce malgré ce qu’on a pu expliquer sur l’impact de l’exemplarité. Même si l’exemplarité a des impacts positifs à différents égards, toi, en tant qu’individu qui veut convaincre d’autres individus, qui veut lutter avec d’autres individus, garde ça en tête : ce n’est pas de perfection dont on a besoin, c’est de sincérité.

La frontière qui sépare une personne audible d’une personne inaudible réside souvent dans le niveau de sincérité perçu par les gens à qui elle s’adresse. C’est ok que tu n’aies pas un bilan carbone de 3 tonnes/an pour prendre la parole sur le climat. C’est ok de parler de souffrance animale même si tu n’es pas vegan. C’est ok de t’engager pour POW même si tu considères que tu n’en fais pas assez.

Le plus important, c’est la sincérité de ta démarche, et ta volonté de faire mieux.

Montrer l’exemple, ce n’est pas être le portrait robot du/de la militant·e parfait·e, c’est montrer aux gens comment tu essaies de faire mieux, comment tu t’engages, comment tu es transparent·e sur tes limites, sur le travail encore à accomplir. C’est être là pour rappeler à la fois que oui, partir à Bali tous les ans pour le climat c’est pas ouf, mais que c’est en allant chercher des changements systémiques qu’on gagnera, pas en s’entre déchirant… 

Est-ce que faire de son mieux suffira pour éviter les critiques ? Sans doute pas. Pour toutes les bonnes ou les mauvaises raisons expliquées, il y aura toujours des personnes pour venir dire que tu ne peux pas parler de la cause, que tu n’es pas légitime voire hypocrite, que tu nuis à ce que tu défends etc. Face à ça, relire cet article de temps en temps est sans doute une idée pas trop mauvaise. Pour se rappeler que les motifs de critiques sont multiples, des bons ou moins bons, et qu’il faut faire le tri entre ce qui est de la critique politique légitime qu’il faut être capable d’entendre même si de notre prisme on sait toute la bonne volonté qu’on y met, et de la violence pure et simple qu’il faut simplement ignorer.

Se rappeler aussi à soi-même que la frontière entre partager un désaccord et un harcèlement de masse sur les réseaux est fine, et que si on est la 74ème « critique constructive » alors elle n’est peut-être plus si constructive. Se rappeler que la question numéro un qu’on devrait toutes et tous se poser à chaque fois c’est : est-ce que ça sert vraiment la lutte ?

Bref, se ressasser ces questionnements pour être un·e meilleur·e militant·e.

Alors on le redit haut et fort, mais cette fois en citant comme promis au début le M jaune :
VENEZ COMME VOUS ÊTES.

On termine avec une dernière phrase, celle à garder si tu ne devais en retenir qu’une seule de ce long article :
Il y a tellement de gens qui ne souhaitent pas te voir devenir actif·ve, ne laisse pas tes contradictions leur donner raison.


Entretien avec Jean Baptiste Bosson (Marge Sauvage)

Entretien avec Jean Baptiste Bosson (Marge Sauvage)

Entretien avec Jean Baptiste Bosson

« pour bouger les lignes il nous faut être des flibustiers du monde actuel.»

Peut-on prendre position quand on est scientifique ? Peut-on être à la fois auteur·trice du GIEC et sur les plateaux TV pour expliquer que telle ou telle mesure est dangereuse pour la planète ? A partir de quand peut-on être considéré comme militant ? 

On a voulu discuter avec Jean-Baptiste Bosson, glaciologue et fondateur de l’association Marge Sauvage, de toutes ces questions. On est revenu aussi sur son parcours, de Sciences PO aux glaciers, des doutes à ses engagements associatifs. Puis on a parlé du fonctionnement du monde académique, de ses divergences avec ses confrères et consoeurs et de comment les choses devraient bouger selon lui. 

Salut Jean-Baptiste ! Peux-tu nous parler de ton parcours avant qu’on rentre dans le vif du sujet ? 

Je suis glaciologue, français et suisse, j’ai grandi dans les Alpes, mais pas du tout sur les glaciers. J’ai commencé mes études post-bac en fac de sciences politiques en relations internationales, car je crois que c’est dans la grande lignée de mon modeste chemin, que de m’intéresser au monde, d’être inquiet par l’état du monde et de pouvoir très modestement prendre ma part et agir.

Après le bac, Sciences Po était une évidence, pas par envie d’une quête de pouvoir personnel mais parce que je voulais comprendre comment fonctionne la société, où sont les leviers d’action, comment on remet l’intérêt général au cœur des projets de société.

J’ai ensuite compris que dans mon ADN personnel, j’étais beaucoup plus alpin que ce j’avais compris jusque-là et que j’avais besoin d’être proche des montagnes et de la nature. J’ai voulu devenir glaciologue en étant à Sciences Po, mais je n’ai pas vraiment compris pourquoi. Ce n’est que longtemps après que je me suis rendu compte que c’est un geste très politique, au sens d’œuvrer dans la crise écologique, que de protéger les glaciers. J’ai donc basculé d’abord vers la géographie physique, avant de partir pour un doctorat sur les glaciers alpins à Lausanne pour réaliser mon rêve de devenir glaciologue. 

Qu’est-ce qui t’a attiré vers les glaciers ? Car tu disais que ça ne faisait pas partie de ton environnement enfant, il y a  eu un déclencheur ?

En effet, je ne suis pas alpiniste, je ne viens pas d’une famille de montagnards, je ne passe pas mon temps sur les glaciers, j’en ai même peur, je ne sais pas faire des manips de cordes…

En fait, ce qui m’a attiré auprès des glaciers, je l’ai compris après, notamment en lisant Les Racines du Ciel de Romain Gary. Dans ce livre il raconte qu’il y a des écosystèmes ou des espèces qui permettent de tout comprendre et que si tu agis pour elles, tu peux faire bouger tout le système. Lui raconte ça pour les éléphants : comment un gars qui se bat en Afrique dans les années 50 au service des éléphants, contre les braconniers qui rêvent d’avoir une tête d’éléphant dans leur salon… C’est une critique totale du capitalisme, de notre vision utilitariste du monde. Une vision cartésienne du monde qu’est l’homme maître et possesseur de la nature. Et comment il faut défendre absolument une marge au-delà de l’humain et au-delà de l’utile.

La nature elle est là, nous-mêmes on vient de la nature, et il y a un droit d’existence intrinsèque de toutes composantes de la nature. Pas parce que c’est utile aux hommes – moi je ne défend pas les glaciers parce qu’ils sont utiles aux hommes – mais parce qu’ils ont un droit intrinsèque d’existence.

C’est en étant à Sciences Po que tu as compris ça ?

A Sciences Po j’ai compris deux choses qui ont fait que j’ai voulu devenir glaciologue.
“Les glaciers rendent visible l’invisible”. C’est mon confrère Luc Moreau qui m’avait dit ça, mais je ne sais pas si c’est de lui. Le changement climatique ça ne veut rien dire pour les gens, +1.3 degrés ça ne veut rien dire quand tu es chez toi. Par contre pour les glaciers alpins c’est 80% du volume initial en moins, c’est un cataclysme. Donc les glaciers placent les enjeux du climat, de l’eau, du vivant, de l’habitabilité des territoires au cœur de tout, ils permettent de tout comprendre très vite. Et donc si tu agis pour eux tu peux agir pour tout le système. Mais bien malin ceux qui veulent s’attaquer au système capitalisme à l’ère du trumpisme et des multinationales qui deviennent toujours plus riches et qui payent de moins en moins d’impôts.

Moi je ne défend pas les glaciers parce qu’ils sont utiles aux hommes – mais parce qu’ils ont un droit intrinsèque d’existence.

Avec cette conviction de vouloir agir pour les glaciers, comment t’es tu retrouvé à t’éloigner du monde académique et à t’engager dans le monde associatif dans lequel tu évolue maintenant ?

Très vite j’étais assez opposé au modèle académique. Déjà parce qu’il est ultra pyramidal et ultra concurrentiel, et oblige à mettre ta carrière avant tout, c’est-à-dire avant ta vie personnelle, avant ta famille, avant tes proches, parce que tu vas partir en post-doc etc. Deuxièmement parce qu’il est ultra concurrentiel, donc il met une ambiance assez délétère, il y a une compétition permanente entre tout le monde.

Aussi et surtout car je pense que dans l’immense crise écologique et démocratique que l’on vit, les chercheurs sont déconnectés des enjeux, ou déconnectés de la cité au sens grec du terme, de participer à la vie de la cité, et à empêcher que la démocratie s’effondre.
Moi je voulais – hyper modestement – être utile. Et je pensais qu’en labo de recherche j’aurais eu trop de blocage, je serais trop dans un petit coin du système.

Je voulais aller dans le monde associatif parce que je crois que pour bouger les lignes, il nous faut de la piraterie, il nous faut être des flibustiers du monde actuel.

J’ai donc décidé après ma thèse de travailler dans les ONG de protection de la nature, j’ai travaillé du local à l’international, puis j’ai créé depuis deux ans une micro-association qui s’appelle Marge Sauvage.

 

Tu peux en dire un peu plus sur le travail que vous faites chez Marge Sauvage ?

L’idée c’était vraiment de se positionner en interstice entre la science, les narratifs et l’action.

On continue à être producteurs de science – on a d’ailleurs soumis un papier à Nature qui est en train d’être analysé, ce qui est très bon signe – et ça c’est la base même si original car on n’est pas un acteur académique.

A côté, on réfléchit à comment on doit parler aux gens, comment on doit sortir la science et la connaissance, comment on tire la sonnette d’alarme… Parce que l’article scientifique, très peu de gens le lisent. 

Le dernier pilier, fondamental, c’est comment on contribue à la cité, à la société, aux politiques au sens large du terme, c’est-à-dire de parler aux entreprises, de parler aux lobbies, de parler aux habitants dans les territoires, aux citoyens, de parler évidemment aux élus… En somme œuvrer pour l’intérêt général.

Le gros sujet qu’on voulait aborder ensemble, c’est la place des scientifiques dans la société. Quelle est ta vision sur le fait de prendre position en tant que chercheur, et la nature des échanges que tu peux avoir avec des confrères et consoeurs ?

Je dirais qu’on vit une crise existentielle dans le monde de la recherche aujourd’hui. Elle était à ses prémisses quand j’ai commencé, mais elle s’est décuplée dans les dix dernières années. L’humanité n’a jamais été aussi consciente de la gravité de toute la situation et de son côté désespéré. Les chercheurs dans la société sont le thermomètre qui ont le nez dessus. Les gens rentrent chez eux le soir, ils ont passé leur journée dans les données sur la mort des glaciers, sur l’extinction du vivant, sur les démocraties qui s’effondrent… Ils ont même une connaissance et une maîtrise des choses souvent que le reste du commun des mortels n’a pas. 

Pour autant, se pose la question : qu’est-ce que je fais au-delà de documenter ? Quelle est ma place dans la société ? Est-ce que je suis là pour contribuer à retourner la tendance ou pas ? Et c’est là qu’il y a un profond débat, entre deux visions qui s’opposent.

L’une, qui serait, si je caricature, le chercheur dans sa tour d’ivoire qui n’est que le signal d’alarme. Pour qui ce n’est pas son problème si la société n’écoute pas.
L’autre, qui pense que ce n’est peut-être pas de notre faute si on ne nous écoute pas, mais que ce n’est pas un débat banal au café du commerce comme si on était pour l’autre équipe de foot. Le sujet est tellement haut qu’on a l’impératif d’être écouté, que le signal transcende tout. Et donc qu’il faut qu’on ait une posture à la fois de producteur de science, mais d’être aussi au coeur de la société pour faire le “SAV”, être contributeur pour dire qu’il y a des solutions, fondées sur la science, qui peuvent mettre la société dans de meilleures directions. Donc en tant que scientifiques, on est là aussi pour co-construire des solutions alternatives à celles poussées par les lobbies basées sur leurs profits.

C’est donc sur ça qu’on n’est pas d’accord avec beaucoup, car si on défend la deuxième vision, on considère que « tu fais de la politique », ce qui est une insulte suprême. Il y a deux insultes dans le monde académique : que tu n’as pas de déontologie, et que tu es militant. Si tu es un scientifique qui travaille sur les abeilles, et que tu expliques que pour les abeilles il faudrait un scénario sans pesticides, on va t’accuser d’être militant et ne plus l’écouter. Donc ce monde académique est bloqué avec ça, peu importe à quel point on détruit tout.

Si tu es un scientifique qui travaille sur les abeilles, et que tu expliques que pour les abeilles il faudrait un scénario sans pesticides, on va t’accuser d’être militant et ne plus t’écouter.

Pour toi c’est vraiment la peur de perdre leur crédibilité qui empêche beaucoup de scientifiques de prendre la parole ?

Tu es lobbyiste du pétrole, tu ne maîtrises pas les données voire même tu les bidonnes (ce qui a été prouvé à maintes reprises), tu vas partout dans le débat public, tu vas voir les élus etc. En face, t’es scientifique, tu as des données qui montrent que le pétrole détruit la planète et tu n’oses pas le dire car sinon dès que tu parles on va te traiter de militant. Donc tu n’y vas plus. C’est aussi simple que ça.

Il y a un renversement terrible des valeurs aujourd’hui, car limite on a honte de dire qu’on travaille pour l’intérêt général. Je ne suis pas militant, ou alors je suis militant de l’intérêt général et fier de l’être. Mais je ne suis pas militant du pétrole, pas militant du chaos du monde, contrairement au camp d’en face. Aujourd’hui taxer les gens de militants est devenu une insulte et on est hyper vite catégorisé.
Quand je passe sur La Terre au Carré sur France Inter, émission que j’aime beaucoup, et qu’à la fin on me dit « ah vous avez un discours engagé, vous êtes militants » …
Le monde scientifique a été « cornerisé ». On a mis les gens qui devraient être ceux qui sonnent l’alerte et aident à trouver les solutions les plus intelligentes de côté.
On le voit pourtant avec la Convention Citoyenne pour le Climat : dès qu’on met de la science on a tout.

Quand on voit le mouvement Scientist Rebellion qui grandit, ou des gens renommés comme Christophe Cassou (co-auteur du 6ème rapport du GIEC) prendre frontalement position sur le dossier de l’A69, on a l’impression que ça bouge quand même. Tu as l’impression que ces exemples sont à la marge et qu’on est encore loin du compte ?

Alors c’est à la marge, mais oui ça bouge à fond et ça va dans le bon sens.
Après là où il faut être bon, c’est qu’il faut arriver à réinventer le rôle de scientifique.
Pour ça on a besoin de plusieurs choses :  évidemment une capacité scientifique pour produire des données, la base pour comprendre le monde; ensuite une capacité de vulgarisation pour parler au grand public, pour transformer un savoir complexe en éléments simples et appréhendables; une compétence politique, au sens de mieux maîtriser le jeu politique, comprendre comment ça fonctionne.

Je n’ai aucun souci pour dire que tous les scientifiques ne doivent pas exceller dans les trois, et que chacun soit plutôt sur l’un ou sur l’autre. Par contre, le monde académique doit se requestionner sur comment il fait vivre les trois piliers. Imaginer par exemple que dans un labo il y ait des gens compétents sur chaque pilier.
Aujourd’hui beaucoup de scientifiques ne sont pas formés pour, et ne savent pas ne serait-ce que bien communiquer sur leurs travaux, et c’est normal car on ne l’apprend pas. Tu peux être un expert en mécanique quantique et ne pas savoir la différence entre une mairie et une comcom. Donc ça demande de la formation interne dans le monde académique sur comment raconter tes histoires et comment participer au débat politique constructivement.

Si je prends l’exemple de Scientist Rebellion, pour moi c’est une erreur de communication. J’aurais aimé qu’ils s’appellent plutôt « les vrais scientifiques », en plaidant plutôt que c’est ceux qui ne s’engagent pas qui ne sont pas les vrais scientifiques. Je pense que c’est un cri du cœur que de se mettre en rébellion, et j’ai un respect immense pour le courage et l’engagement de ces gens là. Chez Marge Sauvage on n’a pas choisi les mêmes modes d’actions, mais on défend qu’il y a plein de façons d’essayer de changer les choses. Et ça me va très bien, soyons tous complémentaires pour arriver à faire ce nous anime : changer la société. Moi je ne dis pas qu’il ne faut plus de scientifiques dans les labos, et je ne suis personne pour dire ça, mais je me dis juste : à quoi servent les données aujourd’hui pour empêcher que le bateau coule ? On a besoin de gens compétents ailleurs que dans la production de données pour que le bateau arrête de couler. 

Chez Marge Sauvage on défend qu’il y a plein de façons d’essayer de changer les choses. Et ça me va très bien, soyons tous complémentaires pour arriver à faire ce nous anime : changer la société.

Le casse-tête commence quand on se demande qui doit bouger en premier. Est-ce que tu penses que c’est le monde académique qui n’est pas prêt à évoluer, est-ce que c’est le monde médiatique qui bloque par son traitement, ou est-ce que ça peut aussi venir des citoyen·nes qui veulent que les scientifiques restent à leur place ?

Je pense que les principaux blocages sont soit de l’autocensure interne du côté du monde académique, soit des facteurs externes du côté du monde médiatique et surtout des gens du « camp d’en face » qui mettent la pression pour que toute parole scientifique qui sorte de son coin soit catégorisée. Moi j’ai dû faire 200 conférences dans ma vie, j’ai quand même vu pas mal de monde, et je n’ai jamais vu un citoyen qui m’a dit « là vous n’êtes pas dans votre rôle ».

Au contraire, depuis toujours je pense que la société humaine est complémentaire et que beaucoup de gens sont contents que des scientifiques poussent pour des décisions éclairées qui leurs seraient bénéfiques plutôt que de voir des lobbys influencer le monde politique pour du business as usual au détriment des gens. Surtout que les scientifiques n’ont pas vocation à prendre les décisions : moi je ne suis pas élu, je suis là pour éclairer et proposer et qu’ensuite les représentants des citoyens décident.

Pour terminer, c’est quoi la suite côté Marge Sauvage ?

On attend la publication de l’article de la part de Nature, on va aller sur le terrain faire plein de belles choses, notamment du côté des forêts primaires postglaciaires où il y a des choses à observer et à raconter.

On va sortir un documentaire avec Mathieu Navillod qui s’appelle « Après les glaciers ». Là on va partir sur Paris pour un événement avec l’UNESCO et l’UNEP (programme environnement de l’ONU) pour faire bouger la protection des glaciers à l’international. Il y a d’ailleurs eu une motion de protection des glaciers publiée en fin d’année qui a repris notre plaidoyer de protection des glaciers, et pour la première fois il y a eu une résolution de l’ONU sur le sujet. Donc pas mal de choses à l’international, et au niveau local on continue à accompagner les territoires sur des mesures de protection.

Et fin 2026 il y aura la deuxième édition du festival Agir pour les glaciers qu’on a lancé l’année dernière !

Oui, la montagne est politique

Oui, la montagne est politique

La fin de l’année approche, et avec elle l’envie de regarder dans le rétroviseur.
Alors c’était quoi 2025 ? Qu’est-ce qu’on retient ?


On fera le bilan de POW dans quelques jours, mais aujourd’hui on voulait revenir sur un truc qui nous a énervé tout au long de l’année, sans qu’on trouve le temps de s’exprimer dessus : les gens qui plaident pour une montagne “apolitique”.

En 2025, on a vu un florilège de réactions épidermiques à la moindre prise de position, la moindre action “politique” partagée par des médias de l’outdoor, ou pire, par des athlètes.

La pêche la + importante de l’année : le collectif d’alpinistes qui a accroché un drapeau de la Palestine en soutien au génocide à Gaza, dans les Alpes, sur la face ouest du Petit Dru.

Pourtant, non seulement ils se trompent mais ce postulat est surtout dangereux.

 

Pourquoi c’est faux ?

Cette “neutralité” ou cet “apolitisme” souhaité par tant de gens est un leurre, un mirage pour nos sociétés humaines, puisque par définition : tout ce qui est régie, impacté, influencé par des décisions ayant un impact sur une partie de notre société est politique. 

Tout problème ayant une dimension systémique* peut évoluer ou être résolu par des décisions prises par des élu·es à destination des citoyen·nes : c’est ça, la politique.

*c’est à dire relatif à un système, une société

Pourquoi dire le contraire est dangereux ?

Quand un grand nombre de gens plaident pour qu’on “laisse la politique de côté”, que ce soit par méconnaissance ou par stratégie, la finalité est la même : ça profite toujours à l’ordre existant.

Refuser d’admettre ce qui est politique, c’est agir politiquement pour que rien ne change. 

Refuser d’admettre que tout est politique, c’est défendre le statu quo. C’est refuser de regarder en face les enjeux sociaux et environnementaux, refuser d’admettre les problèmes qui gravitent autour de nous (ou les cautionner).

C’est refuser d’entendre la colère et/ou la détresse de gens qui souffrent plus que nous de la situation actuelle. 

L’année dernière nous avions publié ce post lors de la période élections européennes/législatives. On vous invite à le (re)lire, car il n’a pas pris une ride
https://www.instagram.com/p/C8ZtyiINwEy/?img_index=1 

 

Dans le tumulte de l’actualité et le rush de nos projets, on ne peut pas prendre la parole toutes les semaines pour le rappeler… Mais on continuera de le faire régulièrement tant que ce sera nécessaire :

Le travail de POW est politique, protéger l’outdoor c’est politique, la montagne est politique.
C’était le cas ces 10 dernières années, et ce sera le cas les 10 prochaines.

Plus que jamais, soutien à toutes les personnes qui osent prendre la parole pour défendre une société plus écologique, plus juste.

A la fin d’une année 2025 où la banalisation d’idées nauséabondes a encore gagné du terrain, s’exprimer c’est déjà résister !

Photos :
Collectif Gaza
Luc Moreau

Communiqué: Les Citoyens veulent faire partie des JOP

Communiqué: Les Citoyens veulent faire partie des JOP

Les citoyens veulent faire partie des Jeux !

POW France et l’IAE Université Savoie Mont Blanc ont conduit en partenariat, la première enquête indépendante et de grande ampleur sur la perception des Français sur Alpes 2030.

Cette enquête révèle trois enseignements majeurs : faible connaissance du projet Alpes 2030, confiance encore plus faible envers les ambitions environnementales des organisateurs, forte volonté de participation active des citoyens. 

Alors que les équipes opérationnelles du COJO se constituent, les attentes des citoyens se dessinent plus clairement pour la baisse des émissions de GES liées à l’organisation, en particulier celles liées aux transports.

L’enquête se base sur les réponses recueillies entre le 19/02/25 et le 04/04/2025 auprès de 1039 participants à travers la France. Le dispositif de diffusion a été déployé principalement en ligne, à travers les canaux de l’association POW France, mais aussi auprès d’un large réseau d’acteurs institutionnels, privés ou de la société civile comme le Comité de Massif des Alpes, le Cluster Montagne ou la FFS, afin de permettre à toutes les sensibilités de contribuer.

Caractéristiques du panel : 

  • • 52,2% de femmes, 47,2% d’hommes 
  • • 61% des répondants habitent dans les Alpes, dont 25% proviennent directement d’un site identifié hôte des JOP2030
  • • 75% n’ont pas de lien professionnel avec le tourisme en montagne, alors que 25% déclarent leur activité professionnelle comme étant liée à l’économie touristique de montagne.
  • • 78% des répondants pratiquent un sport historiquement représenté aux JOP d’hiver.

Les Français et les JOP Alpes 2030 : peu de visibilité mais un mandat clair pour les français

À 5 ans de la cérémonie d’ouverture, seulement 13% des répondants déclarent avoir une bonne connaissance des projets prévus dans les territoires hôtes.

89% des répondants déclarent avoir moyennement ou faiblement confiance (dont 59% faiblement confiance) dans la promesse des organisateurs quant à leurs ambitions environnementales. 

Trois priorités sont identifiées par les répondants :

Aménagement du Territoire et Mobilités

                                           Impact sur les Finances Publiques

                                                                    et Inclusivité pour les Populations Locales

Les Français souhaitent en moyenne à 88% des mesures qui permettent spécifiquement de réduire les émissions liées à l’organisation des JOP 2030 :

  • • 92% d’approbation pour Flécher 100% des investissements publics destinés aux infrastructures de transport vers des options bas carbone (rail, transports en commun…).
  • • 93% d’approbation pour Rendre accessible au moins 80% des sites des Jeux en train ou à défaut par d’autres transports en commun.
  • • 91% d’approbation pour Publier chaque année l’évaluation réalisée par un comité d’experts indépendants du plan climat des JOP et de sa mise en œuvre.
  • • 80% d’approbation pour Limiter le nombre de spectateurs venus en transport aérien en réservant 90% des billets aux spectateurs locaux.

 

Les répondants sont favorables à 83% à une participation active des citoyens à la construction de ces JO, via par exemple une convention citoyenne, des débats publics, des consultations, etc.

Cette enquête révèle que l’envie de contribuer au projet Alpes 2030 est aussi forte que la connaissance et la confiance dans le projet sont faibles. Hors, à ce jour, les citoyens n’ont jamais été consultés sur l’existence et la forme du projet Alpes 2030.

C’est un appel à réparer une vraie faille dans la vie démocratique de ces territoires, appel auquel les organisateurs devraient répondre au plus vite.

Antoine PIN

Directeur de POW France

A ce titre, POW France se tient d’une part à disposition du COJO pour partager plus précisément les enseignement de cette enquête, et d’autre part travaille actuellement à un projet pilote d’une Convention Citoyenne Olympique Aravis  (CCO), sur le bassin de vie Grand Annecy – Thônes – Aravis, afin d’identifier une série de mesure validées collectivement et à les porter auprès des instances organisatrices des Jeux.

Extrême droite, pire ennemi du climat ?

Extrême droite, pire ennemi du climat ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, si vous êtes surpris.e.s que l’on parle de l’extrême droite frontalement, vous pouvez retrouver la position de POW sur le sujet ici.

Chez POW, on a toujours pointé du doigt les actes anti-écologiques du gouvernement en place, car être apartisan ne veut pas dire que l’on est apolitique, bien au contraire. Et après la victoire écrasante de l’extrême droite aux élections européennes et la dynamique actuelle, il nous paraissait essentiel de mettre en lumière le danger que représente l’accession au pouvoir du Rassemblement National (RN) pour le climat. Spoiler : dans son programme pour les législatives, le RN ne mentionne absolument pas le climat. Le mot n’apparaît même pas. Entre le RN et le climat, la relation semble donc bien inexistante… on vous en parle dans tous ces points.

 

    • – Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 
    • – Ne pas seulement freiner, mais reculer ! Même sur la mobilité… 
    • – Un climatodénialisme très fort
    • – L’extrême droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux
    • – Le RN, ennemi des associations 
Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 

La transition écologique sera juste, ou ne sera pas. Il est impossible de penser climat sans penser inégalités sociales et économiques. Les classes les plus populaires sont celles qui subissent le plus les effets du changement climatique. A l’inverse, les personnes les plus riches contribuent le plus à accélérer ce dernier et en sont les moins impactées. En France, 63 milliardaires émettent plus de gaz à effet de serre que la moitié de la population (~34 millions de personnes) et à l’échelle mondiale, 1% des plus riches polluent autant que 66% des plus pauvres.

Le souci avec le RN, c’est que ni le climat, ni la lutte contre les inégalités ne sont une priorité. Loiiiin de là. La politique économique du parti va largement en faveur des grosses entreprises, étant toujours très à l’écoute des gros lobbies industriels. Il vote systématiquement en défaveur des lois visant à protéger les plus modestes et réduire les inégalités, telles que le rétablissement de l’impôt sur la fortune, qui permettrait de financer une grande partie de la transition écologique.

De nombreux économistes renommés s’opposent d’ailleurs au programme du RN, montrant qu’il s’agit d’un programme bancal, qui ne résoudra aucunement les problèmes d’inégalités économiques, et donc sociales, et donc écologiques du pays.

Ne pas seulement freiner, mais reculer ! Même sur la mobilité…


Le programme du RN ne se contente pas de ne rien faire, il veut aussi reculer, et sur de nombreux points. L’intégralité des points, en réalité. Déjà, le RN vote systématiquement contre les lois environnementales, autant en France qu’en Europe (contre la taxation du kérosène, contre la loi de restauration de la nature, contre l’interdiction des polluants éternels (PFAS)…).

Sur les énergies renouvelables, en juin 2024, Marine Le Pen a affirmé que ces dernières n’étaient “ni propres ni renouvelables”, et souhaite démanteler toutes les éoliennes du pays. Elle ne souhaite investir que dans le nucléaire, et ne prévoit aucunement de sortir des énergies fossiles, qui sont la plus grande source d’émissions de GES dans le monde.

 

Concernant la mobilité, notre sujet phare chez POW, elle n’apparaît tout simplement pas dans les 22 mesures du programme du RN. Il n’y a RIEN DU TOUT. Pour trouver des informations sur ce sujet, il faut aller fouiller dans un cahier thématique tout au fond de leur site. Et là, surprise, le RN prévoit “d’assurer le respect du droit à la mobilité individuelle”. Tout ce contre quoi il faut aller. C’est-à-dire que le RN souhaite détaxer les carburants, revenir sur l’interdiction de la vente des voitures thermiques en 2035 (qui sont la principale source d’émissions de CO2 du pays), supprimer les Zones à Faible Emission, et ne mentionne absolument pas le train.

Que ce soit à échelle nationale ou européenne, le RN s’oppose à tout ce que POW défend. Tous leurs votes sur l’ensemble des sujets vont à l’encontre du climat et de la justice sociale. Pour approfondir sur ce point, même s’il ne mentionne que les mesures européennes, vous pouvez retrouver notre scoreboard pour vous rendre compte de la fibre écologique fantôme de ce mouvement.

Un climatodénialisme très fort

“Il ne faut pas se baser uniquement sur les données du GIEC” dont les membres “ont parfois tendance à exagérer”Thomas Ménagé député RN sortant et candidat, août 2023. Marine Le Pen a également déclaré que le GIEC a “toujours été alarmiste”.


“Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec -43 degrés. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du GIEC.”Christophe Barthès, député RN sortant et candidat, janvier 2024. Ce dernier est également connu pour avoir émis des doutes sur la pertinence des termes “réchauffement” ou “dérèglement” du climat, et s’est questionné sur la durée du changement climatique, considérant qu’on ne sait pas ce qu’il en sera “dans 10 ans” et que ça ira peut-être mieux.

Remettre en cause les travaux du GIEC, qui regroupe des centaines de scientifiques renommés du monde entier pour produire des rapports sur les dernières données du changement climatique, est extrêmement grave, mais ne semble pas faire peur au RN qui fait preuve d’un climatodénialisme fort et n’hésite pas à le faire publiquement. Alors que pourtant… :

 

L’extrême droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux

 

De nombreux scientifiques renommés, comme Jean Jouzel ou Valérie Masson-Delmotte, s’inquiètent et s’expriment dans les médias face aux risques que représenterait le RN au pouvoir pour le climat. Jean Jouzel, mondialement reconnu pour ses travaux au sein du GIEC, a par exemple déclaré que  « Le RN n’a aucune ambition en termes de lutte contre le changement climatique. C’est le vide. »

On en a donc profité pour demander à des scientifiques proches de POW s’ils souhaitaient s’exprimer sur le sujet. Voici les précieux retours que l’on a eus des glaciologues Luc Moreau et Jean-Baptiste Bosson, et d’Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat.

Je dirais qu’il faut absolument voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement. Il y en a qui ont des programmes qui sont vides, comme le dit Jean Jouzel. Pourquoi ? Parce que l’environnement, c’est la base, pour être en bonne santé et pour être en vie. Pour pouvoir faire de la politique, du business, jouer, s’amuser, travailler, apprendre, on est obligés d’être vivant.e.s. Comme le dit Yvan Chouinard “on ne fait pas de business sur une planète morte”. Aujourd’hui, on se doit de préserver cet environnement, de le réparer, d’avoir les bonnes solutions, et on n’a pas une minute à perdre vu qu’il y a un certain temps entre la décision et les actes. Et il y a un temps de réponse énorme dans l’environnement ! Aujourd’hui il y a des saisons où la couche d’ozone se reconstitue parce qu’on a pris les bonnes décisions il y a 30 ou 40 ans. Et les glaciers, bien sûr, sont très importants, parce qu’ils équilibrent le climat. Moins il y aura de glace et de neige, plus ça va se réchauffer car les surfaces seront de moins en moins blanches. Donc voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement, parce que c’est la base pour être vivant.e.s, pour pouvoir vivre sur cette planète, qui est la seule.

Luc Moreau, glaciologue

Face aux crises que nous avons générées, le changement climatique, la dégradation de la nature, la disparition des glaciers, la modification du cycle de l’eau, nous devons absolument réagir. Partout la montée de l’extrême droite est la pire des options possibles, celle du laisser faire et de la haine, celle qui empêche le futur. Nous devons réapprendre à vivre ensemble et nous engager à la hauteur des enjeux. Le choix qui est devant nous sera déterminant, pour nous, les générations futures et la planète. Allons voter contre l’extrême droite et pour le vivant.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Je ne suis pas là pour exposer pour qui voter, mais je sais que mon cœur, ma raison ainsi que mon travail dans les sciences naturelles me disent de voter pour un parti qui considère le climat comme une priorité absolue. J’estime que l’une des missions des géoscientifiques est d’alerter sur l’importance de prioriser des partis politiques qui considèrent réellement le climat et mettent des moyens en œuvre. Parce que ce sont ces personnes qui disposent de réels pouvoirs pour mettre en place des lois, des restrictions, des limitations capables de suivre les recommandations scientifiques. D’ici 2100, quoi que l’on fasse aujourd’hui, le niveau des mers et océans va augmenter d’1m10. Mais si on ne fait rien, ce sera 4m, et ainsi de suite avec le temps qui défile et des politiques qui n’agissent pas… Il suffit de faire 500 m en voiture pour contribuer à la fonte de l’équivalent d’1 kg de glace. Et c’est 180 millions de personnes qui vont devoir bouger à cause de la montée des eaux. C’est plutôt cela qui devrait interpeller, surtout le RN et ses électeurs qui semblent tant s’inquiéter des flux migratoires. Voter pour le climat est une affaire de toutes et tous, et est une priorité.

Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat

Le RN, ennemi des associations 

Entre sa brutalité vis-à-vis des manifestants écologistes, et ses attaques multiples contre les associations, notre travail sous le RN ne sera clairement pas le même. L’extrême droite attaque souvent les militants écologistes dans ses discours, n’hésitant pas à les insulter de “khmers verts” en référence aux “khmers rouges”, un mouvement politique Cambodgien extrêmement violent et coupable d’un génocide qui a tué 2 millions de personnes, une attaque très grave et d’un extrême irrespect pour les victimes de ce terrible génocide.

De plus, Anaïs Sabatini, députée RN des Pyrénées Orientales, a réclamé la suppression des subventions à l’association France Nature Environnement en 2023, reflétant le fait que le travail des associations environnementales est largement mis en péril par l’extrême droite. Dans la même lignée, à la suite des mobilisations contre les méga-bassines à Sainte-Soline, des députés RN ont soutenu la dissolution des Soulèvements de la Terre que l’on évoque dans cet article. Le parti a aussi lancé une pétition sur son site pour la dissolution de ce qu’il appelle des “milices d’extrême gauche”, qui montre une nouvelle fois le danger qui pèse sur les collectifs écologistes.

Pour faire face au danger que représente l’extrême droite pour le climat et la justice sociale, chacun.e a un rôle à jouer, que ce soit en faisant de la pédagogie pour montrer la réalité de ce parti aux personnes qui seraient charmées par leurs sirènes, ou surtout en encourageant toutes celles et ceux qui ont des valeurs et des convictions à l’opposé des leurs, mais qui n’auraient pas (encore) l’intention d’aller voter.

Collectivement, mobilisons-nous. La force du collectif est immense !

“Protéger l’outdoor, c’est politique”

“Protéger l’outdoor, c’est politique”

 Défendre l’outdoor, c’est politique. C’est s’engager. S’engager pour le vivant, la biodiversité, et pour mieux vivre ensemble. 

C’est la mission de Protect Our Winters en France depuis sa création, notre ADN : “ porter et amplifier la voix de la communauté outdoor en faveur du climat, du vivant et de la justice sociale.Le cœur de notre travail consiste donc à lutter, avec vous, en faveur de changements systémiques, pour qu’ensemble nous obtenions des politiques publiques à la hauteur des enjeux climatiques et sociaux.

 

La société que nous défendons est une société bas-carbone et juste. 

Elle a besoin d’engagements environnementaux forts sur le climat, la mobilité, les espaces naturels et la transition énergétique. Elle a besoin d’accompagner ses citoyen.nes les plus fragiles et de responsabiliser celleux qui en ont les moyens et le devoir.

Elle a besoin d’abolir une violence devenue systémique pour plus d’humanité dans nos relations sociales.

 

Cette société ne peut pas exister avec un gouvernement d’extrême droite.

Un gouvernement prêt à revenir en arrière sur presque tous les sujets environnementaux. Un gouvernement dangereux sur la question du droit des femmes et plus largement des minorités, et prêt à remettre en cause des libertés fondamentales. Un gouvernement dont les responsables politiques ont systématiquement voté, ces dernières années, à Paris comme à Strasbourg, à l’encontre des combats que nous portons: développement des énergies renouvelables, taxation du kérosène,  Loi sur la restauration de la nature, Zéro Artificialisation Nette, taxation des supers profits, restauration de l’ISF, interdiction des PFAS…et la liste est longue.

 

Il faut donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher cette éventualité. Se battre sur le terrain politique. Car protéger l’outdoor, c’est politique, plus que jamais. 

Il y a urgence à ce que chacun.e d’entre nous se sente investi.e de cette responsabilité et de ce pouvoir politique, en retrouvant le chemin des urnes pour faire advenir cette société à laquelle nous aspirons. En fait, aujourd’hui, c’est la seule action qui compte vraiment. Car sans cela, tous nos efforts, individuels ou associatifs, seront vains. 

 

Nous appelons notre communauté – au sens le plus large – les passionné.es de sport et de pratiques en pleine nature, les amoureux.ses de la montagne et des espaces naturels, depuis les habitant.es de ces derniers jusqu’à celleux qui ne voient les sommets que trop peu à leur goût, ou tout simplement tous celleux qui souhaitent que les futures générations puissent respirer et pratiquer des activités dehors à se mobiliser. Tous ces gens, c’est vous, c’est nous ! Nous avons un pouvoir, prenons-le !  Emparons-nous du sujet, prenons la parole, sensibilisons autour de nous, et avant tout allons voter le 30 Juin et le 7 juillet prochains pour faire rempart à l’extrême droite et défendre nos convictions.

 

Soyez assuré.es que de notre côté on ne lâchera rien. Le mouvement Protect Our Winters continuera toujours de lutter en faveur d’une société bas-carbone et juste. 

 

Ride. Bike. Climb. VOTE