Extrême droite, pire ennemi du climat ?

Extrême droite, pire ennemi du climat ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, si vous êtes surpris.e.s que l’on parle de l’extrême droite frontalement, vous pouvez retrouver la position de POW sur le sujet ici.

Chez POW, on a toujours pointé du doigt les actes anti-écologiques du gouvernement en place, car être apartisan ne veut pas dire que l’on est apolitique, bien au contraire. Et après la victoire écrasante de l’extrême droite aux élections européennes et la dynamique actuelle, il nous paraissait essentiel de mettre en lumière le danger que représente l’accession au pouvoir du Rassemblement National (RN) pour le climat. Spoiler : dans son programme pour les législatives, le RN ne mentionne absolument pas le climat. Le mot n’apparaît même pas. Entre le RN et le climat, la relation semble donc bien inexistante… on vous en parle dans tous ces points.

 

    • – Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 
    • – Ne pas seulement freiner, mais reculer ! Même sur la mobilité… 
    • – Un climatodénialisme très fort
    • – L’extrême droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux
    • – Le RN, ennemi des associations 
Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 

La transition écologique sera juste, ou ne sera pas. Il est impossible de penser climat sans penser inégalités sociales et économiques. Les classes les plus populaires sont celles qui subissent le plus les effets du changement climatique. A l’inverse, les personnes les plus riches contribuent le plus à accélérer ce dernier et en sont les moins impactées. En France, 63 milliardaires émettent plus de gaz à effet de serre que la moitié de la population (~34 millions de personnes) et à l’échelle mondiale, 1% des plus riches polluent autant que 66% des plus pauvres.

Le souci avec le RN, c’est que ni le climat, ni la lutte contre les inégalités ne sont une priorité. Loiiiin de là. La politique économique du parti va largement en faveur des grosses entreprises, étant toujours très à l’écoute des gros lobbies industriels. Il vote systématiquement en défaveur des lois visant à protéger les plus modestes et réduire les inégalités, telles que le rétablissement de l’impôt sur la fortune, qui permettrait de financer une grande partie de la transition écologique.

De nombreux économistes renommés s’opposent d’ailleurs au programme du RN, montrant qu’il s’agit d’un programme bancal, qui ne résoudra aucunement les problèmes d’inégalités économiques, et donc sociales, et donc écologiques du pays.

Ne pas seulement freiner, mais reculer ! Même sur la mobilité…


Le programme du RN ne se contente pas de ne rien faire, il veut aussi reculer, et sur de nombreux points. L’intégralité des points, en réalité. Déjà, le RN vote systématiquement contre les lois environnementales, autant en France qu’en Europe (contre la taxation du kérosène, contre la loi de restauration de la nature, contre l’interdiction des polluants éternels (PFAS)…).

Sur les énergies renouvelables, en juin 2024, Marine Le Pen a affirmé que ces dernières n’étaient “ni propres ni renouvelables”, et souhaite démanteler toutes les éoliennes du pays. Elle ne souhaite investir que dans le nucléaire, et ne prévoit aucunement de sortir des énergies fossiles, qui sont la plus grande source d’émissions de GES dans le monde.

 

Concernant la mobilité, notre sujet phare chez POW, elle n’apparaît tout simplement pas dans les 22 mesures du programme du RN. Il n’y a RIEN DU TOUT. Pour trouver des informations sur ce sujet, il faut aller fouiller dans un cahier thématique tout au fond de leur site. Et là, surprise, le RN prévoit “d’assurer le respect du droit à la mobilité individuelle”. Tout ce contre quoi il faut aller. C’est-à-dire que le RN souhaite détaxer les carburants, revenir sur l’interdiction de la vente des voitures thermiques en 2035 (qui sont la principale source d’émissions de CO2 du pays), supprimer les Zones à Faible Emission, et ne mentionne absolument pas le train.

Que ce soit à échelle nationale ou européenne, le RN s’oppose à tout ce que POW défend. Tous leurs votes sur l’ensemble des sujets vont à l’encontre du climat et de la justice sociale. Pour approfondir sur ce point, même s’il ne mentionne que les mesures européennes, vous pouvez retrouver notre scoreboard pour vous rendre compte de la fibre écologique fantôme de ce mouvement.

Un climatodénialisme très fort

“Il ne faut pas se baser uniquement sur les données du GIEC” dont les membres “ont parfois tendance à exagérer”Thomas Ménagé député RN sortant et candidat, août 2023. Marine Le Pen a également déclaré que le GIEC a “toujours été alarmiste”.


“Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec -43 degrés. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du GIEC.”Christophe Barthès, député RN sortant et candidat, janvier 2024. Ce dernier est également connu pour avoir émis des doutes sur la pertinence des termes “réchauffement” ou “dérèglement” du climat, et s’est questionné sur la durée du changement climatique, considérant qu’on ne sait pas ce qu’il en sera “dans 10 ans” et que ça ira peut-être mieux.

Remettre en cause les travaux du GIEC, qui regroupe des centaines de scientifiques renommés du monde entier pour produire des rapports sur les dernières données du changement climatique, est extrêmement grave, mais ne semble pas faire peur au RN qui fait preuve d’un climatodénialisme fort et n’hésite pas à le faire publiquement. Alors que pourtant… :

 

L’extrême droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux

 

De nombreux scientifiques renommés, comme Jean Jouzel ou Valérie Masson-Delmotte, s’inquiètent et s’expriment dans les médias face aux risques que représenterait le RN au pouvoir pour le climat. Jean Jouzel, mondialement reconnu pour ses travaux au sein du GIEC, a par exemple déclaré que  « Le RN n’a aucune ambition en termes de lutte contre le changement climatique. C’est le vide. »

On en a donc profité pour demander à des scientifiques proches de POW s’ils souhaitaient s’exprimer sur le sujet. Voici les précieux retours que l’on a eus des glaciologues Luc Moreau et Jean-Baptiste Bosson, et d’Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat.

Je dirais qu’il faut absolument voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement. Il y en a qui ont des programmes qui sont vides, comme le dit Jean Jouzel. Pourquoi ? Parce que l’environnement, c’est la base, pour être en bonne santé et pour être en vie. Pour pouvoir faire de la politique, du business, jouer, s’amuser, travailler, apprendre, on est obligés d’être vivant.e.s. Comme le dit Yvan Chouinard “on ne fait pas de business sur une planète morte”. Aujourd’hui, on se doit de préserver cet environnement, de le réparer, d’avoir les bonnes solutions, et on n’a pas une minute à perdre vu qu’il y a un certain temps entre la décision et les actes. Et il y a un temps de réponse énorme dans l’environnement ! Aujourd’hui il y a des saisons où la couche d’ozone se reconstitue parce qu’on a pris les bonnes décisions il y a 30 ou 40 ans. Et les glaciers, bien sûr, sont très importants, parce qu’ils équilibrent le climat. Moins il y aura de glace et de neige, plus ça va se réchauffer car les surfaces seront de moins en moins blanches. Donc voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement, parce que c’est la base pour être vivant.e.s, pour pouvoir vivre sur cette planète, qui est la seule.

Luc Moreau, glaciologue

Face aux crises que nous avons générées, le changement climatique, la dégradation de la nature, la disparition des glaciers, la modification du cycle de l’eau, nous devons absolument réagir. Partout la montée de l’extrême droite est la pire des options possibles, celle du laisser faire et de la haine, celle qui empêche le futur. Nous devons réapprendre à vivre ensemble et nous engager à la hauteur des enjeux. Le choix qui est devant nous sera déterminant, pour nous, les générations futures et la planète. Allons voter contre l’extrême droite et pour le vivant.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Je ne suis pas là pour exposer pour qui voter, mais je sais que mon cœur, ma raison ainsi que mon travail dans les sciences naturelles me disent de voter pour un parti qui considère le climat comme une priorité absolue. J’estime que l’une des missions des géoscientifiques est d’alerter sur l’importance de prioriser des partis politiques qui considèrent réellement le climat et mettent des moyens en œuvre. Parce que ce sont ces personnes qui disposent de réels pouvoirs pour mettre en place des lois, des restrictions, des limitations capables de suivre les recommandations scientifiques. D’ici 2100, quoi que l’on fasse aujourd’hui, le niveau des mers et océans va augmenter d’1m10. Mais si on ne fait rien, ce sera 4m, et ainsi de suite avec le temps qui défile et des politiques qui n’agissent pas… Il suffit de faire 500 m en voiture pour contribuer à la fonte de l’équivalent d’1 kg de glace. Et c’est 180 millions de personnes qui vont devoir bouger à cause de la montée des eaux. C’est plutôt cela qui devrait interpeller, surtout le RN et ses électeurs qui semblent tant s’inquiéter des flux migratoires. Voter pour le climat est une affaire de toutes et tous, et est une priorité.

Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat

Le RN, ennemi des associations 

Entre sa brutalité vis-à-vis des manifestants écologistes, et ses attaques multiples contre les associations, notre travail sous le RN ne sera clairement pas le même. L’extrême droite attaque souvent les militants écologistes dans ses discours, n’hésitant pas à les insulter de “khmers verts” en référence aux “khmers rouges”, un mouvement politique Cambodgien extrêmement violent et coupable d’un génocide qui a tué 2 millions de personnes, une attaque très grave et d’un extrême irrespect pour les victimes de ce terrible génocide.

De plus, Anaïs Sabatini, députée RN des Pyrénées Orientales, a réclamé la suppression des subventions à l’association France Nature Environnement en 2023, reflétant le fait que le travail des associations environnementales est largement mis en péril par l’extrême droite. Dans la même lignée, à la suite des mobilisations contre les méga-bassines à Sainte-Soline, des députés RN ont soutenu la dissolution des Soulèvements de la Terre que l’on évoque dans cet article. Le parti a aussi lancé une pétition sur son site pour la dissolution de ce qu’il appelle des “milices d’extrême gauche”, qui montre une nouvelle fois le danger qui pèse sur les collectifs écologistes.

Pour faire face au danger que représente l’extrême droite pour le climat et la justice sociale, chacun.e a un rôle à jouer, que ce soit en faisant de la pédagogie pour montrer la réalité de ce parti aux personnes qui seraient charmées par leurs sirènes, ou surtout en encourageant toutes celles et ceux qui ont des valeurs et des convictions à l’opposé des leurs, mais qui n’auraient pas (encore) l’intention d’aller voter.

Collectivement, mobilisons-nous. La force du collectif est immense !

“Protéger l’outdoor, c’est politique”

“Protéger l’outdoor, c’est politique”

 Défendre l’outdoor, c’est politique. C’est s’engager. S’engager pour le vivant, la biodiversité, et pour mieux vivre ensemble. 

C’est la mission de Protect Our Winters en France depuis sa création, notre ADN : “ porter et amplifier la voix de la communauté outdoor en faveur du climat, du vivant et de la justice sociale.Le cœur de notre travail consiste donc à lutter, avec vous, en faveur de changements systémiques, pour qu’ensemble nous obtenions des politiques publiques à la hauteur des enjeux climatiques et sociaux.

 

La société que nous défendons est une société bas-carbone et juste. 

Elle a besoin d’engagements environnementaux forts sur le climat, la mobilité, les espaces naturels et la transition énergétique. Elle a besoin d’accompagner ses citoyen.nes les plus fragiles et de responsabiliser celleux qui en ont les moyens et le devoir.

Elle a besoin d’abolir une violence devenue systémique pour plus d’humanité dans nos relations sociales.

 

Cette société ne peut pas exister avec un gouvernement d’extrême droite.

Un gouvernement prêt à revenir en arrière sur presque tous les sujets environnementaux. Un gouvernement dangereux sur la question du droit des femmes et plus largement des minorités, et prêt à remettre en cause des libertés fondamentales. Un gouvernement dont les responsables politiques ont systématiquement voté, ces dernières années, à Paris comme à Strasbourg, à l’encontre des combats que nous portons: développement des énergies renouvelables, taxation du kérosène,  Loi sur la restauration de la nature, Zéro Artificialisation Nette, taxation des supers profits, restauration de l’ISF, interdiction des PFAS…et la liste est longue.

 

Il faut donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher cette éventualité. Se battre sur le terrain politique. Car protéger l’outdoor, c’est politique, plus que jamais. 

Il y a urgence à ce que chacun.e d’entre nous se sente investi.e de cette responsabilité et de ce pouvoir politique, en retrouvant le chemin des urnes pour faire advenir cette société à laquelle nous aspirons. En fait, aujourd’hui, c’est la seule action qui compte vraiment. Car sans cela, tous nos efforts, individuels ou associatifs, seront vains. 

 

Nous appelons notre communauté – au sens le plus large – les passionné.es de sport et de pratiques en pleine nature, les amoureux.ses de la montagne et des espaces naturels, depuis les habitant.es de ces derniers jusqu’à celleux qui ne voient les sommets que trop peu à leur goût, ou tout simplement tous celleux qui souhaitent que les futures générations puissent respirer et pratiquer des activités dehors à se mobiliser. Tous ces gens, c’est vous, c’est nous ! Nous avons un pouvoir, prenons-le !  Emparons-nous du sujet, prenons la parole, sensibilisons autour de nous, et avant tout allons voter le 30 Juin et le 7 juillet prochains pour faire rempart à l’extrême droite et défendre nos convictions.

 

Soyez assuré.es que de notre côté on ne lâchera rien. Le mouvement Protect Our Winters continuera toujours de lutter en faveur d’une société bas-carbone et juste. 

 

Ride. Bike. Climb. VOTE

On ne sait pas vivre sans glaciers

On ne sait pas vivre sans glaciers

On ne sait pas vivre sans glaciers, génétiquement, on n’a pas ça dans notre ADN. Si on perd les glaciers, on va vers quelque chose où l’on sort complètement des radars de l’histoire de l’humanité, de l’histoire récente du vivant sur la planète, et on prend quand même des gros risques.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

En 2050, à cause des émissions de gaz à effet de serre, tous les glaciers des Pyrénées et 34% du volume de glace dans les Alpes européennes auront disparu. Quelles sont alors les conséquences de la fonte des glaciers ? Biodiversité, écosystèmes, ressources, territoires, populations… Les conséquences semblent être multiples

Bien que les glaciers nous paraissent parfois lointains, nous sommes intimement liés à eux, et leur fonte extrêmement rapide et massive est un phénomène inédit auquel nous devons prêter la plus grande attention comme le dit si bien Jean-Baptiste Bosson.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de rappeler qu’il s’agit de parler des glaciers condamnés et dont la fonte à grande échelle est inévitable. Il reste de nombreux glaciers de montagne à préserver.

Sommaire des enjeux abordés dans l’article :

  • Un bouleversement de la biodiversité et des écosystèmes
  • Des sécheresses à répétition et une gestion de l’eau perturbée
  • Faire face à une instabilité climatique en montagne et dans les pratiques
  • Les glaciers, de véritables régulateurs du climat
  • Comment sommes-nous liés aux glaciers ?
Un bouleversement de la biodiversité et des écosystèmes

Le recul des glaciers de montagne affecte tout d’abord la nature elle-même, avec toute sa biodiversité et ses écosystèmes. D’après le GIEC, la composition et l’abondance des espèces de montagne ont considérablement changé avec la réduction des couvertures neigeuse et glaciaire. Les espèces locales sont de plus en plus menacées, notamment pour celles qui dépendent directement de la glace. Quand les glaciers disparaissent, c’est tout un habitat naturel qui disparaît avec eux : c’est le cas notamment du petit invertébré tardigrade qui vit auprès des glaciers.

Comme nous le rappelle Jean-Baptiste Bosson, “La nature a horreur du vide. Si on perd quelque chose d’un côté, on gagne quelque chose de l’autre”. Là où vivaient les glaciers auparavant, on observe l’apparition de nouveaux habitats vêtus de cailloux de sédiments, de nouvelles rivières, de nouveaux lacs, de nouvelles pelouses… ainsi que l’arrivée de nouvelles espèces dans ces zones comme le cerf, ayant besoin de forêt pour vivre.

Mais ce phénomène ramène de la compétition entre les espèces avec le développement d’espèces “exotiques” envahissantes pour celles déjà installées depuis longtemps. La fonte des glaciers questionne donc les différentes habitabilités de la Terre et tend à bouleverser la biodiversité actuelle.

Des sécheresses à répétition et une gestion de l’eau Perturbée

Les glaciers permettent de réguler le courant des rivières qui va inévitablement être perturbé par leur fonte. Sur le long terme, comme la régénération glaciaire est réduite, le volume d’eau qui coule dans les rivières de montagne sera de plus en plus faible et rendra les périodes de sécheresse de plus en plus intenses.

« Les glaciers sont comme un immense compte en banque à la base, qui se superpose au cycle de l’eau. Ce compte en banque devient très petit et de ce fait, les débits diminuent parce qu’on perd de ce surplus qu’était le stock. »

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Cette image est frappante et nous invite à économiser drastiquement ce stock. Au vu des sécheresses de l’été 2022 et de l’hiver 2023, cet enjeu est de la plus haute importance. Les glaciers de montagne sont les châteaux d’eau de nombreuses régions du monde, et permettent de mettre en place l’irrigation et l’énergie hydro-électrique. Tous ces phénomènes vont être affectés et avoir des impacts sur nos usages quotidiens, sur l’agriculture, ainsi que sur l’électricité, en touchant en priorité les populations locales.

Selon les années, les glaciers des Alpes représentent environ 40% du débit du Rhône. Sans glaciers, le débit du Rhône tend à diminuer drastiquement, surtout en été où le besoin en eau est le plus important. La vallée du Rhône, avec environ 12 000 000 habitants et une grande zone de production maraîchère, va être fragilisée. De plus, l’eau sera de plus en plus chaude et les centrales électriques seront plus difficiles à refroidir.

En mars 2023, le lac des Bouillouses dans les Pyrénées-Orientales, alimenté par les précipitations et les glaciers, a vu stopper sa production hydroélectrique par manque d’eau. L’eau et les glaciers sont une richesse énergétique essentielle, aujourd’hui mise en péril. Et pour en savoir plus sur les glaciers des Pyrénées, retrouve notre article sur le sujet ici.

Faire face à une instabilité climatique en montagne et dans les pratiques

L’été, les fortes chaleurs et la fonte des glaciers accélérée engendrent une hausse du débit des rivières. En été 2023, cela a été difficile pour certains refuges, notamment dans les Ecrins. Alors que certains ont fermé par manque d’eau, la fonte des glaciers combinée à des orages violents ont provoqué des crues torrentielles comme au refuge Châtelleret dans l’Oisans où certaines installations ont été endommagées par un torrent de boue emportant avec lui d’énormes blocs de pierre. Ces crues-là sont amenées à se répéter, provoquant un risque récurrent à prendre en compte.

Les glaciers représentent un héritage culturel précieux dans nos vallées. L’effondrement de ce patrimoine naturel va avoir des effets néfastes sur nos pratiques en montagne qu’il est nécessaire de réinventer. En termes de sécurité, certains itinéraires deviennent dangereux dû à des éboulements dévastateurs. On se rappelle de l’effondrement d’une partie du glacier de la Marmolada en Italie en 2022 qui a provoqué la mort de plusieurs personnes. En France la même année, l’accès au couloir du Goûter pour l’ascension du Mont Blanc était interdite à cause de chutes de pierres dues à l’assèchement du couloir. Dans certaines régions, des pratiques sont amenées à disparaître : le club alpin français de Perpignan n’a pas pu organiser de sorties de cascade de glace en 2024 comme c’était le cas auparavant. 

Il est aussi important de relever que les activités en montagne sont directement liées au tourisme et à l’économie locale, qui risquent également de souffrir de la fonte des glaciers qui inquiète notamment les guides de haute montagne.

Luc Moreau

Arthur Vaillant

Les glaciers : de véritables régulateurs de climat

Les glaciers, en couvrant 10% des terres émergées de la planète, ont un véritable rôle de régulateurs du climat. Connu sous le nom d’effet albédo, leur surface blanche contribue à renvoyer une grande majorité du rayonnement solaire et à réguler le réchauffement planétaire et leur fonte. Pour en savoir plus, retrouve notre article sur le lien entre neige et glace ici.

« La température de l’eau des rivières sur plus que 100 km, en s’éloignant des glaciers du  Massif du Mont-Blanc, est encore de 13° alors que les autres rivières sans glaciers autour ont une température de l’eau d’environ 20°. » Ce que veut nous dire Jean-Baptiste Bosson, c’est que les glaciers permettent de créer des microclimats, auxquelles on s’est habitués et sur lesquels on s’est développés, en ventilant et rafraîchissant tout une vallée par exemple. 

Ils permettent aussi aux scientifiques de surveiller les évolutions du climat. En effet, la neige, en se compactant pour devenir de la glace, va piéger des bulles d’air. En les analysant, nous pouvons connaître l’histoire du climat avec la composition de l’atmosphère depuis 800 000 ans.

Les glaciers sont nos meilleurs alliés pour comprendre ce qui s’est passé jusqu’à maintenant depuis les 800 000 dernières années.

Et sans l’Homme, il n’y a pas de changement climatique profond en ce moment sur Terre. Aujourd’hui, aucun pays ne respecte ses engagements climatiques et ne comprend l’urgence de l’enjeu. Il y a un boulot énorme à faire et on écoute pas assez cette voix des glaciers.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Leur perte signifie une réduction des données disponibles pour observer les futurs changements du climat à l’échelle locale, alerter sur ces derniers et les anticiper. Et, rappelons-le, le travail des scientifiques est primordial pour nous permettre d’agir sur le changement climatique et anticiper au maximum. Ce dont ils témoignent n’est pas le fruit d’un changement naturel mais bien d’un changement dû activités humaines qu’il est essentiel de prendre en compte. Ce que l’on vit est inédit et doit nous alerter quant aux nouvelles conditions d’habitabilité de l’humain sur la planète Terre. Peut-être est-ce dans l’écoute de ce que les glaciers ont à nous dire que nous devons user de nos efforts ?

Comment sommes-nous liés aux glaciers ?

Les glaciers, les forêts, les animaux, n’importe quoi qui te connecte à la nature, plus tu t’y connecte, plus ça s’horizontalise, et tu te rends compte que tu fais partie de cette bonne histoire des glaciers. Mais les glaciers, comme le phoque, comme la petite fleur qui pousse sur ton balcon, la biodiversité, le vivant, le non vivant sur Terre, tout ce qui nous entoure, tout cela nous rattache à l’histoire de la vie, au cosmos, à nos enfants qui arriveront après nous, ça nous connecte à une grande ligne qui parle d’un passé lointain et qui va très loin dans le futur et dans laquelle on est un tout petit maillon. 1

Jean Baptiste Bosson, glaciologue

Depuis l’existence de l’homo sapiens il y a 300 000 ans, les grands glaciers ont toujours été présents en influançant le climat dans lequel on vit et dans lequel on a développé notre habitabilité. Sans glaciers, la température de la Terre serait beaucoup plus élevée et le niveau marin beaucoup plus haut.Comme mentionné au début de l’article, pour Jean-Baptiste, c’est très clair : “On ne sait pas vivre sans glacier, génétiquement, on n’a pas ça dans notre ADN. Si on perd les glaciers, on va vers quelque chose où l’on sort complètement des radars de l’histoire de l’homme, de l’histoire récente du vivant sur la planète et on prend quand même des gros risques.”

Parce que c’est aussi cela, ressentir les conséquences de la fonte des glaciers, c’est nous questionner sur leur place dans ce monde et son rôle important, plus encore que notre propre existence. Ils sont avant nous habitants et composantes de la Terre, mais souffrent d’autant plus de ce réchauffement climatique qui nous accable. Qu’attendons-nous pour écouter cette voix qui nous alerte ?

Il est urgent d’agir pour préserver les glaciers qui résistent encore aux effets du changement climatique, ce qui ne se fera pas sans une volonté collective et politique forte dans le sens de la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Par Nicolas Vaillant, bénévole La Voix des Glaciers.


  1. Réflexion inspirée de la mention du livre de Bernadette Bensaude-Vincent intitulé “Temps-paysage: Pour une écologie des Crises”. Elle nous invite à penser l’humain et le non-humain -vivant et non vivant- sur une même échelle. A savoir que nous sommes tous composés de lignes et que l’enchevêtrement de ces lignes forme notre existentialité au sein même du paysage. Il s’agit alors de sortir de notre situation surplombante pour nous plonger dans l’immanence et reconsidérer ce qui nous entoure, ici la nature..

N PY récompense l avion et ignore le train

N PY récompense l avion et ignore le train


On passe parfois à côté d’infos qui méritent l’expression de notre mécontentement citoyen : cet hiver, N’Py (un groupement de 8 stations dans les Pyrénées) proposait d’offrir 2 jours de forfait de ski aux personnes prenant l’avion de Paris à Tarbes grâce à un partenariat avec l’aéroport de Tarbes/Lourdes et la compagnie Volotea.
Une offre lunaire, à l’heure où les rapports s’enchainent les uns après les autres, pour montrer à quel point nous fonçons dans le mur, à quel point chaque hiver est pire que le précédent…

Si certains pourraient défendre ça en expliquant que ça ne représente pas un si “grand” nombre de personnes, l’offre nous fait bondir pour 2 raisons principales : 
– l’empreinte des personnes venant en avion par rapport à si elles venaient en train est quand même majeur
– surtout, le symbole est catastrophique

Pendant que l’on se bat pour que les choses avancent en terme de mobilité, que le réseau ferroviaire s’améliore, que l’on alerte sur l’impact des transports qui ne faiblit pas… Voir de telles offres constitue un déni de la réalité scientifique. 
Il y a quelques semaines, nous partageions un article sur la situation dramatique des glaciers pyrénéens et leur rôle de lanceurs d’alerte. il faut croire que même les stations les plus proches n’entendent pas les cris de ces derniers.

Mais passé l’indignation, on s’est dit qu’il fallait agir et partager cette dernière aux acteurs du terrritoire. On a écrit une lettre ci-dessous invitant au dialogue et au changement sur ce sujet, envoyée il y a plusieurs semaines. 
Nous n’avons cependant pas encore eu de réponse, malgré des retours d’acteurs du territoires nous partageant que des stations de N’PY n’étaient pas au courant de l’initiative, et qu’un dialogue avait commencé en vue de l’hiver prochain.

Alors pour nous aider à faire réagir, vous pouvez déjà écrire via leur formulaire de contact pour les interpeller (interpeller ne veut pas dire insulter, restons bienveillants et portons un message constructif), afin de partager à N’PY ce que vous pensez de l’initiative et ce que vous aimeriez voir être mis en place. Et si vous êtes sur le territoire, n’hésitez pas à solliciter les élus/professionnels des stations concernées.

La Cour des Comptes accable les stations de montagne

La Cour des Comptes accable les stations de montagne

Il y a quelques jours, la Cour des Comptes 1 a publié un rapport nommé “Les stations de montagne face au changement climatique”. Un rapport plutôt critique, qui a fortement fait réagir des acteurs des territoires de montagne, tant associatifs qu’économiques.
Chez POW on a pris le temps de lire le rapport, lire les critiques et surtout de se rendre compte qu’il manquait un élément majeur dans toutes les discussions. On vous en parle !

D’abord, que dit ce rapport ?

Le rapport de la Cour des Comptes avait pour objectif “de préciser les conséquences du changement climatique sur le tourisme hivernal en montagne et d’examiner comment les stations s’y sont adaptées.” partant du postulat que la France est “une destination majeure pour le tourisme hivernal” (2ème au rang mondial en termes de visiteurs). Une bonne chose en soi selon nous qu’un organe indépendant comme la Cour des comptes existe et puisse établir des rapports et émettre des recommandations sur des secteurs aussi importants.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le rapport pointe du doigt un certain nombre de problèmes sur la façon dont les stations de montagne s’adaptent face au changement climatique.
Dans la synthèse du rapport (ici), le sommaire donne le ton d’emblée :
1/ Le modèle du ski français s’essouffle»
2/ Les politiques d’adaptation restent en deçà des enjeux
3/ La nécessité d’une gouvernance élargie et d’une meilleure préservation des ressources naturelles
4/ Un subventionnement public significatif et croissant

La Cour des comptes épingle notamment des stratégies d’adaptation encore trop centrées sur le tout ski avec trop peu d’efforts selon le rapport consacrés à la diversification des activités, et la production de neige de culture comme principal recours face au manque de cette dernière. Un constat qu’il est difficile de contester au vu des actualités sur le sujet qui fleurissent chaque année, comme la récente polémique qui enfle sur la neige récupérée et transportée par camion dans les Vosges.

Notre position là-dessus est que diriger la majeure partie des subventions vers des solutions technologiques témoigne d’une vision trop court-termiste et ne peut répondre que très partiellement à la nécessité de s’adapter face aux réalités environnementales actuelles et futures.

La production de neige permet de fiabiliser l’enneigement à court terme. Mais, elle ne constitue qu’une protection relative et transitoire contre les effets du changement climatique. Son coût est en effet important et son efficacité tend à se réduire avec la hausse des températures : dans certains cas, la production de neige peut tendre vers une mal-adaptation.

Extrait du rapport de la Cour des Comptes

Des conclusions contestées par certains professionnels de la montagne

Face au rapport accablant, des réactions et notamment de vives critiques sur les propos et la méthodologie de ce dernier ont été partagées.
L’ANEM (Association Nationale des Elus de Montagne), l’ANMSM (Associations Nationale des Maires de Stations de Montagne) et Domaines Skiables de France 2 ont publié un communiqué commun pour «exprimer leur déception» et regretté le fait que la Cour des Comptes soit «restée sourde aux acteurs de terrain».
Selon eux, le panel de stations choisi ne serait pas assez représentatif (42 stations réparties sur tous les massifs ont été contrôlées) avec trop peu de ”grosses” stations dans l’échantillon.
Toujours selon eux, «ce rapport ne tient pas compte non plus de l’engouement persistant des clientèles pour les sports de neige».

Parmi les nombreuses contestations, une réponse directe sur le neige de culture qui améliorerait «nettement le modèle économique des domaines skiables et sa résilience aux aléas météorologiques sur les 3 à 5 mois d’une saison d’hiver. Ce point est démontré par les études Climsnow désormais largement répandues».
Problème selon nous ? Les résultats des études Climsnow ne sont pas accessibles publiquement. Donc dans un souci de transparence, notamment pour un secteur qui touche de nombreux fonds publics, il serait plus que souhaitable que ces études soient communiquées et accessibles à n’importe qui. Cela permettrait de répondre sur le fond et la pertinence (ou non) des résultats de ces études.

En attendant, comme à notre habitude, on a mis un peu de temps à réagir chez POW. On a préféré laisser la course aux réponses se faire sans nous, le temps d’éplucher le rapport et lire les différents retours. Et ça tombe bien, parce qu’une critique sur le rapport, on en a une de taille !

L’éternel oublié 

Quand on a vu qu’un rapport de la Cour des Comptes était sorti sur l’adaptation des stations de ski face au changement climatique, chez POW on n’attendait qu’une chose : est-ce qu’on va parler du transport ?

On le rappelle une énième fois : le transport est à la fois le principal secteur d’émissions de GES (Gaz à effet de serre) à échelle nationale (32% des émissions, loin devant tous les autres secteurs), mais il l’est d’autant plus pour la montagne puisque 57% des émissions environ d’une station sont attribuées au transport 3
Alors forcément, dans un tel rapport, on espérait que ce sujet incontournable soit abordé au moment de parler de stratégies d’adaptation.

Spoiler : ce n’est pas le cas.

A aucun moment dans le rapport complet n’est abordée la question de la mobilité des vacanciers ou des habitants. Pas de mention de l’impact de la voiture, avec la nécessité de mettre en place des stratégies de développement du ferroviaire et d’accélération du report modal concernant le dernier kilomètre pour les visiteurs français. Pas de mention non plus du trafic aérien en pointant du doigt la quantité de visiteurs lointains et l’impact majeur qui en découle. (Exemple avec la Clusaz dont les émissions des visiteurs long courrier représentent 2% en volume, mais 33% de l’impact carbone du transport pour la station) 4 . Pas un mot non plus sur l’importance d’accompagner de manière bien plus forte les habitants des territoires de montagnes encore massivement dépendant à la voiture. 

Comment la mobilité peut-elle être autant absente d’une telle analyse et des recommandations qui en découlent, compte-tenu de son rôle prépondérant dans le réchauffement de nos montagnes, sans parler de son impact sur la pollution de l’air ?

Qu’il s’agisse de l’acheminement par voie aérienne des clientèles toujours plus éloignées, de la place prépondérante de la voiture thermique dans le transport des français à destination de la montagne, ou du manque de solutions pour la mobilité du quotidien pour les habitants des territoires concernés, le rôle pivot de la mobilité est transverse à tous les sujets évoqués dans le rapport : élargissement de la gouvernance, tourisme “4 saisons”, utilisation des finances publiques pour l’adaptation des stations, etc.

Extrait de notre lettre envoyée à la Cour des Comptes

On ose penser que si la mobilité est absente des conclusions, c’est que les analystes ont estimé que la responsabilité des transports n’est pas directement imputable aux stations de montagne, ou que le problème est plus large. Mais comment sortir de l’inaction si chaque acteur ne joue pas son rôle : les élus locaux attendent que la Région fasse davantage, la Région demande plus d’aide de l’Etat, l’Etat dit à la Région de faire mieux, la Région dit à la SNCF de faire plus avec moins, tout le monde dit que c’est trop cher et pas rentable… Et à la fin, pas grand chose ne bouge, voire tout recule, et la part du transport dans le bilan carbone français ne cesse d’augmenter depuis près de 35 ans.

Et si la raison de cette absence serait justifiable pour certains par le fait que c’est un rapport sur l’adaptation et que la mobilité est plus souvent de l’ordre de l’atténuation, l’aspect transverse des transports sur les éléments mentionnés nous invite à penser qu’elle aurait dû avoir plus de place dans le rapport.

Pour faire remonter ce qui nous semble un oubli majeur, ou un manque de considération concernant ce sujet, nous avons écrit une lettre au Premier président de la Cour des Comptes (accessible ici) afin de lui exprimer notre regret et d’appuyer le fait que Protect Our Winters France est disponible pour partager son expertise du sujet concernant les territoires de montagnes et porter la voix de nombreux pratiquants pour qui ce sujet est un problème majeur et récurrent.

Plus d’argent, plus de concertation ?

Pour conclure, on souhaiterait appuyer sur un autre point pas assez mis en avant selon nous par la Cour des Comptes : le manque de concertation. Il nous paraît primordial, pour aller dans la bonne direction face aux enjeux environnementaux – et pour la bonne santé de notre démocratie – que des processus impliquant et entendant davantage l’avis des citoyens soient répandus. 
Il serait tout à fait souhaitable qu’un secteur touchant autant d’argent public se voie conditionner ses aides par l’existence de plus de concertations, notamment sur la façon dont ses subventions devraient être investies. Les habitants des territoires de montagnes, en leur nom ou au travers de nombreux collectifs et associations, ont une voix à porter concernant la vie et l’avenir de leurs régions et doivent être entendues sur les sujets importants, à l’instar des Jeux Olympiques et Paralympiques 2030 (vous pouvez retrouver notre dernier article sur les JO 2030 ici)




  1. La Cour des comptes a pour mission principale de s'assurer du bon emploi de l'argent public et d'en informer les citoyens. Juridiction indépendante, elle se situe à équidistance du Parlement et du Gouvernement, qu’elle assiste l’un et l’autre .

  2. Chambre professionnelle des exploitants de domaines skiables .

  3. Source : Etude de l'ANMSM x Ademe x Mountain Riders 2010 .

  4. Source 2021, Cabinet Utopies pour la CLusaz, Bilan carbone 18-19 .

Pétition à la FIS et glacier à Zermatt  les choses doivent changer !

Pétition à la FIS et glacier à Zermatt les choses doivent changer !

Le monde des sports de neige de compétition ressent actuellement l’impact du changement climatique. Des compétitions sont annulées en raison de phénomènes météorologiques extrêmes ou d’un manque de neige. Une étude montre que les 21 villes hôtes précédentes, à l’exception de Sapporo, au Japon, seront trop chaudes et trop sèches pour accueillir des Jeux d’hiver sûrs et équitables d’ici à 2080 si nous continuons sur la voie actuelle des émissions de gaz à effet de serre.

Cette diminution du manteau neigeux affecte bien plus que nos activités de sports d’hiver. En cas de changement climatique grave et non atténué, la glace et la neige des glaciers de montagne qui existaient en 2015 pourraient être réduites de 80 % d’ici à 2100. Cela mettrait en danger les 1,9 milliard de personnes qui dépendent de la neige ou de l’eau de fonte des glaciers pour leur approvisionnement en eau.

 La FIS (Fédération Internationale de Ski) est la fédération internationale de ski et donc une organisation active au niveau mondial. Outre le ski alpin, la FIS contrôle également des sports tels que le freeride, le snowboard, le télémark, les sports nordiques et bien d’autres. Elle a le pouvoir de créer un changement systémique au sein de l’industrie du ski, compétitive et plus large, afin de devenir un leader en matière d’action climatique. Au lieu de cela, nous voyons une organisation lente à agir et dont les actions climatiques déclarées sont soit inadéquates, soit peu transparentes.

Au début de l’année 2023, 500 athlètes professionnels de sports d’hiver ont signé une lettre ouverte appelant la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS) à prendre davantage de mesures en faveur du climat. Parmi les signataires figuraient des concurrents actuels et passés de la FIS, notamment les méga stars actuelles de la course alpine Mikaela Shiffrin (USA), Aleksander Aamodt Kilde (NOR), Travis Ganong (USA) ainsi que la championne olympique de ski de fond Jessie Diggins (USA), et les anciens champions du Freeride World Tour Arianna Tricomi (ITA) et Xavier de le Rue (FRA).

Vous pouvez lire la lettre dans son intégralité ici :

Malgré cela, les mesures prises ne sont pas suffisantes et nous pensons que la FIS doit redoubler d’efforts pour être le leader climatique que notre sport mérite.

Nous invitons notre communauté à rejoindre les athlètes dans cet appel en lançant une pétition demandant notamment de :

– Mettre en œuvre une stratégie de durabilité basée sur des objectifs – y compris une feuille de route pour atteindre une réduction des émissions de 50 % d’ici 2030.

En novembre 2021, la FIS a signé le cadre d’action pour le climat de la CCNUCC, dont les exigences complètes peuvent être consultées ici.

Le cadre exige :

Dès que possible, mais dans les 12 mois suivant leur adhésion, les signataires devront soumettre des plans aux Nations Unies sur le changement climatique, expliquant les actions qui seront prises pour atteindre leurs engagements climatiques, en particulier à court terme (objectif 2030).

En novembre 2021, la FIS a signé le cadre de la CCNUCC sur les sports pour l’action climatique, dont les exigences complètes peuvent être consultées ici.

Le cadre exige :

Dès que possible, mais dans les 12 mois suivant leur adhésion, les signataires devront soumettre des plans aux Nations Unies sur le changement climatique, expliquant les mesures qui seront prises pour atteindre leurs engagements climatiques, en particulier à court terme (objectif 2030).

 

L’objectif 2030 est décrit dans le cadre comme suit

“réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici à 2030 au plus tard. Il est recommandé de se baser sur l’année 2019”

Deux ans après la signature, la SIF n’a toujours pas publié sa stratégie pour atteindre cet objectif. Elle est en retard de 12 mois et constitue donc une demande clé de cette pétition.

“Publier l’impact environnemental de la FIS en toute transparence.”

En 2021, la FIS a publié sa première Estimation des Emissions d’Evénements, en utilisant le partenaire Planet Mark.

Cependant, de sérieux doutes ont été jetés sur la qualité des informations fournies par la FIS par une étude tierce menée par Mission Zero – Klima Partner.

L’étude commandée par Greenpeace a évalué la plausibilité du “FIS Events Emission Estimation Executive Summary” en se basant sur l’expertise des athlètes, des initiés et des informations provenant des sites de la Coupe du monde.

L’étude complète en allemand peut être consultée ICI
Le résumé de 4 pages en anglais ICI

L’évaluation de Mission Zero utilisant l’outil de calcul interne de la FIS a révélé que quatre événements majeurs à Kitzbühel, Schladming, Adelboden et Sölden, ainsi que les vols d’athlètes (au niveau de la Coupe du monde), représentaient 85 % des émissions totales attribuées au secteur du ski alpin.

Avec plus de 30 épreuves de Coupe du monde, 300 épreuves continentales et des centaines de courses plus petites dans le secteur du ski alpin, il est évident que la FIS sous-déclare massivement les émissions de ses épreuves.

La conclusion du rapport peut être consultée ci-dessous :

On peut affirmer d’emblée que la FIS, avec son résumé sur les émissions des événements et les données accessibles publiées, ne parvient pas à fournir une évaluation transparente et compréhensible. Tous les calculs, évaluations, dérivations et recoupements indiquent une évaluation globale des émissions peu plausible et sous-estimée.

Le deuxième exemple de manque de transparence concerne la revendication de la FIS d’être climatiquement positive sur la base de son programme de compensation (une revendication que la prochaine législation européenne sur les déclarations vertes rendra bientôt illégale).

Le statut “Climat positif” repose fortement sur l’utilisation de “compensations de déforestation évitée”. Selon POW et de nombreux experts climatiques de premier plan, les compensations ne devraient être utilisées que pour compenser les émissions qui ne peuvent être évitées à un niveau opérationnel. Toutes les compensations revendiquées par la FIS sont situées en Amazonie. Il est essentiel dans ce cas que les projets de déforestation évitée puissent être évalués en termes d’additionnalité, c’est-à-dire que la forêt aurait-elle été perdue si le projet de compensation n’avait pas eu lieu ? La preuve de cette additionnalité, ainsi que le volume de financement et la quantité de carbone préservée par ces projets, doivent être rendus publics si FIS veut conserver la crédibilité de ses affirmations. Le fait que le président du FIS soit également le fondateur et le co-président de Cool Earth (l’organisation qui conseille les projets de compensation) donne à la transparence sur cet aspect des opérations du FIS une importance supplémentaire.

Même s’il s’avère que FIS a fait appel à une tierce partie réellement indépendante pour certifier ses compensations (comme Gold Standard ou VCS), la revendication d’un statut Carbone Positif sur la base des seules compensations suscite toujours des inquiétudes. Une étude récente a montré que 90 % de ces compensations sont en fait sans valeur.

Ursula Bittner, experte économique de Greenpeace Autriche, s’exprime ainsi sur l’utilisation des compensations par la FIS :

Des termes tels que “climatiquement neutre” ou, dans le cas de la FIS, “climatiquement positif” sont trompeurs. Ils ne sont rien d’autre que de l’écoblanchiment pur et simple…… La base de l’existence du ski est en train de fondre. Il est grand temps de tirer le frein d’urgence et d’économiser du CO2 directement lors des grands événements comme les championnats du monde de ski, par exemple, au lieu d’investir dans des projets lointains. Le modèle de compensation est une escroquerie pour notre planète”.

Adapter le calendrier des compétitions pour réduire l’impact des déplacements et respecter le changement climatique.

Les saisons se déplacent, le changement climatique entraîne des chutes de neige de plus en plus tardives chaque année. Une étude publiée dans Nature suggère une réduction de 36 jours de la couverture neigeuse par rapport à la moyenne à long terme. Pourtant, la FIS s’obstine à programmer les épreuves de la Coupe du monde en octobre, avant même les premières chutes de neige. Les demandes de report d’un mois formulées dans la lettre ouverte des athlètes n’ont abouti qu’à un report d’une semaine et n’ont fait que reporter la date à l’année 2019. Nous voyons maintenant dans la presse des images de bulldozers et d’excavateurs travaillant à écraser les glaciers pour en faire des parcours de course et une dépendance excessive à la création de neige artificielle.

Le simple fait de retarder la saison d’un mois jusqu’à ce que la neige commence à tomber et de la prolonger d’un mois au printemps, lorsque la neige naturelle peut encore être trouvée, réduirait considérablement l’impact de la saison des courses sur nos environnements montagneux.

Il y a eu une légère amélioration dans le calendrier de la FIS pour réduire les vols long-courriers pour certains athlètes dans les disciplines alpines et pour cela nous reconnaissons le travail de la FIS, dans d’autres disciplines telles que le ski libre il y a encore beaucoup de travail à faire.

Utiliser l’influence politique de la FIS pour plaider en faveur d’une action climatique au niveau gouvernemental.

Le plaidoyer politique pour une action systémique sur le climat au niveau gouvernemental doit être poursuivi par toute organisation ayant l’influence de la FIS. Nous sommes heureux et prêts à travailler avec la SIF à tout moment sur ce sujet.