ExtrĂŞme droite, pire ennemi du climat ?

ExtrĂŞme droite, pire ennemi du climat ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, si vous êtes surpris.e.s que l’on parle de l’extrême droite frontalement, vous pouvez retrouver la position de POW sur le sujet ici.

Chez POW, on a toujours pointĂ© du doigt les actes anti-Ă©cologiques du gouvernement en place, car ĂŞtre apartisan ne veut pas dire que l’on est apolitique, bien au contraire. Et après la victoire Ă©crasante de l’extrĂŞme droite aux Ă©lections europĂ©ennes et la dynamique actuelle, il nous paraissait essentiel de mettre en lumière le danger que reprĂ©sente l’accession au pouvoir du Rassemblement National (RN) pour le climat. Spoiler : dans son programme pour les lĂ©gislatives, le RN ne mentionne absolument pas le climat. Le mot n’apparaĂ®t mĂŞme pas. Entre le RN et le climat, la relation semble donc bien inexistante… on vous en parle dans tous ces points.

 

    • – Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 
    • – Ne pas seulement freiner, mais reculer ! MĂŞme sur la mobilitĂ©… 
    • – Un climatodĂ©nialisme très fort
    • – L’extrĂŞme droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux
    • – Le RN, ennemi des associations 
Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 

La transition écologique sera juste, ou ne sera pas. Il est impossible de penser climat sans penser inégalités sociales et économiques. Les classes les plus populaires sont celles qui subissent le plus les effets du changement climatique. A l’inverse, les personnes les plus riches contribuent le plus à accélérer ce dernier et en sont les moins impactées. En France, 63 milliardaires émettent plus de gaz à effet de serre que la moitié de la population (~34 millions de personnes) et à l’échelle mondiale, 1% des plus riches polluent autant que 66% des plus pauvres.

Le souci avec le RN, c’est que ni le climat, ni la lutte contre les inégalités ne sont une priorité. Loiiiin de là. La politique économique du parti va largement en faveur des grosses entreprises, étant toujours très à l’écoute des gros lobbies industriels. Il vote systématiquement en défaveur des lois visant à protéger les plus modestes et réduire les inégalités, telles que le rétablissement de l’impôt sur la fortune, qui permettrait de financer une grande partie de la transition écologique.

De nombreux Ă©conomistes renommĂ©s s’opposent d’ailleurs au programme du RN, montrant qu’il s’agit d’un programme bancal, qui ne rĂ©soudra aucunement les problèmes d’inĂ©galitĂ©s Ă©conomiques, et donc sociales, et donc Ă©cologiques du pays.

Ne pas seulement freiner, mais reculer ! Même sur la mobilité…


Le programme du RN ne se contente pas de ne rien faire, il veut aussi reculer, et sur de nombreux points. L’intégralité des points, en réalité. Déjà, le RN vote systématiquement contre les lois environnementales, autant en France qu’en Europe (contre la taxation du kérosène, contre la loi de restauration de la nature, contre l’interdiction des polluants éternels (PFAS)…).

Sur les énergies renouvelables, en juin 2024, Marine Le Pen a affirmé que ces dernières n’étaient “ni propres ni renouvelables”, et souhaite démanteler toutes les éoliennes du pays. Elle ne souhaite investir que dans le nucléaire, et ne prévoit aucunement de sortir des énergies fossiles, qui sont la plus grande source d’émissions de GES dans le monde.

 

Concernant la mobilitĂ©, notre sujet phare chez POW, elle n’apparaĂ®t tout simplement pas dans les 22 mesures du programme du RN. Il n’y a RIEN DU TOUT. Pour trouver des informations sur ce sujet, il faut aller fouiller dans un cahier thĂ©matique tout au fond de leur site. Et lĂ , surprise, le RN prĂ©voit “d’assurer le respect du droit Ă  la mobilitĂ© individuelle”. Tout ce contre quoi il faut aller. C’est-Ă -dire que le RN souhaite dĂ©taxer les carburants, revenir sur l’interdiction de la vente des voitures thermiques en 2035 (qui sont la principale source d’Ă©missions de CO2 du pays), supprimer les Zones Ă  Faible Emission, et ne mentionne absolument pas le train.

Que ce soit à échelle nationale ou européenne, le RN s’oppose à tout ce que POW défend. Tous leurs votes sur l’ensemble des sujets vont à l’encontre du climat et de la justice sociale. Pour approfondir sur ce point, même s’il ne mentionne que les mesures européennes, vous pouvez retrouver notre scoreboard pour vous rendre compte de la fibre écologique fantôme de ce mouvement.

Un climatodénialisme très fort

“Il ne faut pas se baser uniquement sur les données du GIEC” dont les membres “ont parfois tendance à exagérer”Thomas Ménagé député RN sortant et candidat, août 2023. Marine Le Pen a également déclaré que le GIEC a “toujours été alarmiste”.


“Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec -43 degrés. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du GIEC.”Christophe Barthès, député RN sortant et candidat, janvier 2024. Ce dernier est également connu pour avoir émis des doutes sur la pertinence des termes “réchauffement” ou “dérèglement” du climat, et s’est questionné sur la durée du changement climatique, considérant qu’on ne sait pas ce qu’il en sera “dans 10 ans” et que ça ira peut-être mieux.

Remettre en cause les travaux du GIEC, qui regroupe des centaines de scientifiques renommés du monde entier pour produire des rapports sur les dernières données du changement climatique, est extrêmement grave, mais ne semble pas faire peur au RN qui fait preuve d’un climatodénialisme fort et n’hésite pas à le faire publiquement. Alors que pourtant… :

 

L’extrĂŞme droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux

 

De nombreux scientifiques renommĂ©s, comme Jean Jouzel ou ValĂ©rie Masson-Delmotte, s’inquiètent et s’expriment dans les mĂ©dias face aux risques que reprĂ©senterait le RN au pouvoir pour le climat. Jean Jouzel, mondialement reconnu pour ses travaux au sein du GIEC, a par exemple dĂ©clarĂ© que  « Le RN n’a aucune ambition en termes de lutte contre le changement climatique. C’est le vide. »

On en a donc profité pour demander à des scientifiques proches de POW s’ils souhaitaient s’exprimer sur le sujet. Voici les précieux retours que l’on a eus des glaciologues Luc Moreau et Jean-Baptiste Bosson, et d’Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat.

Je dirais qu’il faut absolument voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement. Il y en a qui ont des programmes qui sont vides, comme le dit Jean Jouzel. Pourquoi ? Parce que l’environnement, c’est la base, pour être en bonne santé et pour être en vie. Pour pouvoir faire de la politique, du business, jouer, s’amuser, travailler, apprendre, on est obligés d’être vivant.e.s. Comme le dit Yvan Chouinard “on ne fait pas de business sur une planète morte”. Aujourd’hui, on se doit de préserver cet environnement, de le réparer, d’avoir les bonnes solutions, et on n’a pas une minute à perdre vu qu’il y a un certain temps entre la décision et les actes. Et il y a un temps de réponse énorme dans l’environnement ! Aujourd’hui il y a des saisons où la couche d’ozone se reconstitue parce qu’on a pris les bonnes décisions il y a 30 ou 40 ans. Et les glaciers, bien sûr, sont très importants, parce qu’ils équilibrent le climat. Moins il y aura de glace et de neige, plus ça va se réchauffer car les surfaces seront de moins en moins blanches. Donc voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement, parce que c’est la base pour être vivant.e.s, pour pouvoir vivre sur cette planète, qui est la seule.

Luc Moreau, glaciologue

Face aux crises que nous avons générées, le changement climatique, la dégradation de la nature, la disparition des glaciers, la modification du cycle de l’eau, nous devons absolument réagir. Partout la montée de l’extrême droite est la pire des options possibles, celle du laisser faire et de la haine, celle qui empêche le futur. Nous devons réapprendre à vivre ensemble et nous engager à la hauteur des enjeux. Le choix qui est devant nous sera déterminant, pour nous, les générations futures et la planète. Allons voter contre l’extrême droite et pour le vivant.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Je ne suis pas lĂ  pour exposer pour qui voter, mais je sais que mon cĹ“ur, ma raison ainsi que mon travail dans les sciences naturelles me disent de voter pour un parti qui considère le climat comme une prioritĂ© absolue. J’estime que l’une des missions des gĂ©oscientifiques est d’alerter sur l’importance de prioriser des partis politiques qui considèrent rĂ©ellement le climat et mettent des moyens en Ĺ“uvre. Parce que ce sont ces personnes qui disposent de rĂ©els pouvoirs pour mettre en place des lois, des restrictions, des limitations capables de suivre les recommandations scientifiques. D’ici 2100, quoi que l’on fasse aujourd’hui, le niveau des mers et ocĂ©ans va augmenter d’1m10. Mais si on ne fait rien, ce sera 4m, et ainsi de suite avec le temps qui dĂ©file et des politiques qui n’agissent pas… Il suffit de faire 500 m en voiture pour contribuer Ă  la fonte de l’équivalent d’1 kg de glace. Et c’est 180 millions de personnes qui vont devoir bouger Ă  cause de la montĂ©e des eaux. C’est plutĂ´t cela qui devrait interpeller, surtout le RN et ses Ă©lecteurs qui semblent tant s’inquiĂ©ter des flux migratoires. Voter pour le climat est une affaire de toutes et tous, et est une prioritĂ©.

Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat

Le RN, ennemi des associations 

Entre sa brutalité vis-à-vis des manifestants écologistes, et ses attaques multiples contre les associations, notre travail sous le RN ne sera clairement pas le même. L’extrême droite attaque souvent les militants écologistes dans ses discours, n’hésitant pas à les insulter de “khmers verts” en référence aux “khmers rouges”, un mouvement politique Cambodgien extrêmement violent et coupable d’un génocide qui a tué 2 millions de personnes, une attaque très grave et d’un extrême irrespect pour les victimes de ce terrible génocide.

De plus, AnaĂŻs Sabatini, dĂ©putĂ©e RN des PyrĂ©nĂ©es Orientales, a rĂ©clamĂ© la suppression des subventions Ă  l’association France Nature Environnement en 2023, reflĂ©tant le fait que le travail des associations environnementales est largement mis en pĂ©ril par l’extrĂŞme droite. Dans la mĂŞme lignĂ©e, Ă  la suite des mobilisations contre les mĂ©ga-bassines Ă  Sainte-Soline, des dĂ©putĂ©s RN ont soutenu la dissolution des Soulèvements de la Terre que l’on Ă©voque dans cet article. Le parti a aussi lancĂ© une pĂ©tition sur son site pour la dissolution de ce qu’il appelle des “milices d’extrĂŞme gauche”, qui montre une nouvelle fois le danger qui pèse sur les collectifs Ă©cologistes.

Pour faire face au danger que représente l’extrême droite pour le climat et la justice sociale, chacun.e a un rôle à jouer, que ce soit en faisant de la pédagogie pour montrer la réalité de ce parti aux personnes qui seraient charmées par leurs sirènes, ou surtout en encourageant toutes celles et ceux qui ont des valeurs et des convictions à l’opposé des leurs, mais qui n’auraient pas (encore) l’intention d’aller voter.

Collectivement, mobilisons-nous. La force du collectif est immense !

On ne sait pas vivre sans glaciers

On ne sait pas vivre sans glaciers

On ne sait pas vivre sans glaciers, gĂ©nĂ©tiquement, on n’a pas ça dans notre ADN. Si on perd les glaciers, on va vers quelque chose oĂą l’on sort complètement des radars de l’histoire de l’humanitĂ©, de l’histoire rĂ©cente du vivant sur la planète, et on prend quand mĂŞme des gros risques.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

En 2050, Ă  cause des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, tous les glaciers des PyrĂ©nĂ©es et 34% du volume de glace dans les Alpes europĂ©ennes auront disparu. Quelles sont alors les consĂ©quences de la fonte des glaciers ? BiodiversitĂ©, Ă©cosystèmes, ressources, territoires, populations… Les consĂ©quences semblent ĂŞtre multiples. 

Bien que les glaciers nous paraissent parfois lointains, nous sommes intimement liés à eux, et leur fonte extrêmement rapide et massive est un phénomène inédit auquel nous devons prêter la plus grande attention comme le dit si bien Jean-Baptiste Bosson.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de rappeler qu’il s’agit de parler des glaciers condamnés et dont la fonte à grande échelle est inévitable. Il reste de nombreux glaciers de montagne à préserver.

Sommaire des enjeux abordĂ©s dans l’article :

  • Un bouleversement de la biodiversitĂ© et des Ă©cosystèmes
  • Des sĂ©cheresses Ă  rĂ©pĂ©tition et une gestion de l’eau perturbĂ©e
  • Faire face Ă  une instabilitĂ© climatique en montagne et dans les pratiques
  • Les glaciers, de vĂ©ritables rĂ©gulateurs du climat
  • Comment sommes-nous liĂ©s aux glaciers ?
Un bouleversement de la biodiversité et des écosystèmes

Le recul des glaciers de montagne affecte tout d’abord la nature elle-même, avec toute sa biodiversité et ses écosystèmes. D’après le GIEC, la composition et l’abondance des espèces de montagne ont considérablement changé avec la réduction des couvertures neigeuse et glaciaire. Les espèces locales sont de plus en plus menacées, notamment pour celles qui dépendent directement de la glace. Quand les glaciers disparaissent, c’est tout un habitat naturel qui disparaît avec eux : c’est le cas notamment du petit invertébré tardigrade qui vit auprès des glaciers.

Comme nous le rappelle Jean-Baptiste Bosson, “La nature a horreur du vide. Si on perd quelque chose d’un côté, on gagne quelque chose de l’autre”. Là où vivaient les glaciers auparavant, on observe l’apparition de nouveaux habitats vêtus de cailloux de sédiments, de nouvelles rivières, de nouveaux lacs, de nouvelles pelouses… ainsi que l’arrivée de nouvelles espèces dans ces zones comme le cerf, ayant besoin de forêt pour vivre.

Mais ce phĂ©nomène ramène de la compĂ©tition entre les espèces avec le dĂ©veloppement d’espèces “exotiques” envahissantes pour celles dĂ©jĂ  installĂ©es depuis longtemps. La fonte des glaciers questionne donc les diffĂ©rentes habitabilitĂ©s de la Terre et tend Ă  bouleverser la biodiversitĂ© actuelle.

Des sĂ©cheresses Ă  rĂ©pĂ©tition et une gestion de l’eau PerturbĂ©e

Les glaciers permettent de réguler le courant des rivières qui va inévitablement être perturbé par leur fonte. Sur le long terme, comme la régénération glaciaire est réduite, le volume d’eau qui coule dans les rivières de montagne sera de plus en plus faible et rendra les périodes de sécheresse de plus en plus intenses.

« Les glaciers sont comme un immense compte en banque Ă  la base, qui se superpose au cycle de l’eau. Ce compte en banque devient très petit et de ce fait, les dĂ©bits diminuent parce qu’on perd de ce surplus qu’était le stock. »

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Cette image est frappante et nous invite Ă  Ă©conomiser drastiquement ce stock. Au vu des sĂ©cheresses de l’étĂ© 2022 et de l’hiver 2023, cet enjeu est de la plus haute importance. Les glaciers de montagne sont les châteaux d’eau de nombreuses rĂ©gions du monde, et permettent de mettre en place l’irrigation et l’énergie hydro-Ă©lectrique. Tous ces phĂ©nomènes vont ĂŞtre affectĂ©s et avoir des impacts sur nos usages quotidiens, sur l’agriculture, ainsi que sur l’électricitĂ©, en touchant en prioritĂ© les populations locales.

Selon les années, les glaciers des Alpes représentent environ 40% du débit du Rhône. Sans glaciers, le débit du Rhône tend à diminuer drastiquement, surtout en été où le besoin en eau est le plus important. La vallée du Rhône, avec environ 12 000 000 habitants et une grande zone de production maraîchère, va être fragilisée. De plus, l’eau sera de plus en plus chaude et les centrales électriques seront plus difficiles à refroidir.

En mars 2023, le lac des Bouillouses dans les PyrĂ©nĂ©es-Orientales, alimentĂ© par les prĂ©cipitations et les glaciers, a vu stopper sa production hydroĂ©lectrique par manque d’eau. L’eau et les glaciers sont une richesse Ă©nergĂ©tique essentielle, aujourd’hui mise en pĂ©ril. Et pour en savoir plus sur les glaciers des PyrĂ©nĂ©es, retrouve notre article sur le sujet ici.

Faire face à une instabilité climatique en montagne et dans les pratiques

L’Ă©tĂ©, les fortes chaleurs et la fonte des glaciers accĂ©lĂ©rĂ©e engendrent une hausse du dĂ©bit des rivières. En Ă©tĂ© 2023, cela a Ă©tĂ© difficile pour certains refuges, notamment dans les Ecrins. Alors que certains ont fermĂ© par manque d’eau, la fonte des glaciers combinĂ©e Ă  des orages violents ont provoquĂ© des crues torrentielles comme au refuge Châtelleret dans l’Oisans oĂą certaines installations ont Ă©tĂ© endommagĂ©es par un torrent de boue emportant avec lui d’énormes blocs de pierre. Ces crues-lĂ  sont amenĂ©es Ă  se rĂ©pĂ©ter, provoquant un risque rĂ©current Ă  prendre en compte.

Les glaciers reprĂ©sentent un hĂ©ritage culturel prĂ©cieux dans nos vallĂ©es. L’effondrement de ce patrimoine naturel va avoir des effets nĂ©fastes sur nos pratiques en montagne qu’il est nĂ©cessaire de rĂ©inventer. En termes de sĂ©curitĂ©, certains itinĂ©raires deviennent dangereux dĂ» Ă  des Ă©boulements dĂ©vastateurs. On se rappelle de l’effondrement d’une partie du glacier de la Marmolada en Italie en 2022 qui a provoquĂ© la mort de plusieurs personnes. En France la mĂŞme annĂ©e, l’accès au couloir du GoĂ»ter pour l’ascension du Mont Blanc Ă©tait interdite Ă  cause de chutes de pierres dues Ă  l’assèchement du couloir. Dans certaines rĂ©gions, des pratiques sont amenĂ©es Ă  disparaĂ®tre : le club alpin français de Perpignan n’a pas pu organiser de sorties de cascade de glace en 2024 comme c’était le cas auparavant. 

Il est aussi important de relever que les activités en montagne sont directement liées au tourisme et à l’économie locale, qui risquent également de souffrir de la fonte des glaciers qui inquiète notamment les guides de haute montagne.

Luc Moreau

Arthur Vaillant

Les glaciers : de véritables régulateurs de climat

Les glaciers, en couvrant 10% des terres émergées de la planète, ont un véritable rôle de régulateurs du climat. Connu sous le nom d’effet albédo, leur surface blanche contribue à renvoyer une grande majorité du rayonnement solaire et à réguler le réchauffement planétaire et leur fonte. Pour en savoir plus, retrouve notre article sur le lien entre neige et glace ici.

« La tempĂ©rature de l’eau des rivières sur plus que 100 km, en s’éloignant des glaciers du  Massif du Mont-Blanc, est encore de 13° alors que les autres rivières sans glaciers autour ont une tempĂ©rature de l’eau d’environ 20°. » Ce que veut nous dire Jean-Baptiste Bosson, c’est que les glaciers permettent de crĂ©er des microclimats, auxquelles on s’est habituĂ©s et sur lesquels on s’est dĂ©veloppĂ©s, en ventilant et rafraĂ®chissant tout une vallĂ©e par exemple. 

Ils permettent aussi aux scientifiques de surveiller les évolutions du climat. En effet, la neige, en se compactant pour devenir de la glace, va piéger des bulles d’air. En les analysant, nous pouvons connaître l’histoire du climat avec la composition de l’atmosphère depuis 800 000 ans.

Les glaciers sont nos meilleurs alliés pour comprendre ce qui s’est passé jusqu’à maintenant depuis les 800 000 dernières années.

Et sans l’Homme, il n’y a pas de changement climatique profond en ce moment sur Terre. Aujourd’hui, aucun pays ne respecte ses engagements climatiques et ne comprend l’urgence de l’enjeu. Il y a un boulot Ă©norme Ă  faire et on Ă©coute pas assez cette voix des glaciers.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Leur perte signifie une rĂ©duction des donnĂ©es disponibles pour observer les futurs changements du climat Ă  l’échelle locale, alerter sur ces derniers et les anticiper. Et, rappelons-le, le travail des scientifiques est primordial pour nous permettre d’agir sur le changement climatique et anticiper au maximum. Ce dont ils tĂ©moignent n’est pas le fruit d’un changement naturel mais bien d’un changement dĂ» activitĂ©s humaines qu’il est essentiel de prendre en compte. Ce que l’on vit est inĂ©dit et doit nous alerter quant aux nouvelles conditions d’habitabilitĂ© de l’humain sur la planète Terre. Peut-ĂŞtre est-ce dans l’écoute de ce que les glaciers ont Ă  nous dire que nous devons user de nos efforts ?

Comment sommes-nous liés aux glaciers ?

Les glaciers, les forĂŞts, les animaux, n’importe quoi qui te connecte Ă  la nature, plus tu t’y connecte, plus ça s’horizontalise, et tu te rends compte que tu fais partie de cette bonne histoire des glaciers. Mais les glaciers, comme le phoque, comme la petite fleur qui pousse sur ton balcon, la biodiversitĂ©, le vivant, le non vivant sur Terre, tout ce qui nous entoure, tout cela nous rattache Ă  l’histoire de la vie, au cosmos, Ă  nos enfants qui arriveront après nous, ça nous connecte Ă  une grande ligne qui parle d’un passĂ© lointain et qui va très loin dans le futur et dans laquelle on est un tout petit maillon. 1

Jean Baptiste Bosson, glaciologue

Depuis l’existence de l’homo sapiens il y a 300 000 ans, les grands glaciers ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sents en influançant le climat dans lequel on vit et dans lequel on a dĂ©veloppĂ© notre habitabilitĂ©. Sans glaciers, la tempĂ©rature de la Terre serait beaucoup plus Ă©levĂ©e et le niveau marin beaucoup plus haut.Comme mentionnĂ© au dĂ©but de l’article, pour Jean-Baptiste, c’est très clair : “On ne sait pas vivre sans glacier, gĂ©nĂ©tiquement, on n’a pas ça dans notre ADN. Si on perd les glaciers, on va vers quelque chose oĂą l’on sort complètement des radars de l’histoire de l’homme, de l’histoire rĂ©cente du vivant sur la planète et on prend quand mĂŞme des gros risques.”

Parce que c’est aussi cela, ressentir les conséquences de la fonte des glaciers, c’est nous questionner sur leur place dans ce monde et son rôle important, plus encore que notre propre existence. Ils sont avant nous habitants et composantes de la Terre, mais souffrent d’autant plus de ce réchauffement climatique qui nous accable. Qu’attendons-nous pour écouter cette voix qui nous alerte ?

Il est urgent d’agir pour préserver les glaciers qui résistent encore aux effets du changement climatique, ce qui ne se fera pas sans une volonté collective et politique forte dans le sens de la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Par Nicolas Vaillant, bénévole La Voix des Glaciers.


  1. RĂ©flexion inspirĂ©e de la mention du livre de Bernadette Bensaude-Vincent intitulĂ© “Temps-paysage: Pour une Ă©cologie des Crises”. Elle nous invite Ă  penser l’humain et le non-humain -vivant et non vivant- sur une mĂŞme Ă©chelle. A savoir que nous sommes tous composĂ©s de lignes et que l’enchevĂŞtrement de ces lignes forme notre existentialitĂ© au sein mĂŞme du paysage. Il s’agit alors de sortir de notre situation surplombante pour nous plonger dans l’immanence et reconsidĂ©rer ce qui nous entoure, ici la nature..

Neige et glace : un lien étroit bouleversé par le changement climatique

Neige et glace : un lien étroit bouleversé par le changement climatique

Au début de l’année 2024, grâce au suivi réalisé par Simon Gascoin, on a observé un très faible enneigement dans tous les massifs montagneux du territoire français : le record du plus faible enneigement a été battu dans les Pyrénées et dans les Alpes. Si le manque de neige a un impact certain sur la pratique des sports d’hiver et le tourisme, on voulait aborder dans cet article le lien étroit qui existe entre la neige et les glaciers. Car si la fonte des glaciers est surtout visible en été, elle dépend fortement des chutes de neige hivernales.

La couverture neigeuse 1 dans les Alpes françaises et suisses Ă©tait de seulement 36% dĂ©but fĂ©vrier, un record depuis 1990. Dans les PyrĂ©nĂ©es, la neige recouvrait 8% de l’intĂ©gralitĂ© du massif alors que 40% Ă©tait recouvert un mois plus tĂ´t. Le recul de l’enneigement est en moyenne de 12% par dĂ©cennie dans les Alpes du Nord, 20% dans les Alpes du Sud et 7% dans les PyrĂ©nĂ©es.

L’évolution de l’enneigement dans les Alpes et les Pyrénées

Une étude parue en 2021 a évalué l’évolution de l’enneigement depuis 1970 sur l’ensemble des Alpes. Elle met en évidence une perte de 14 à 20 cm de hauteur de neige en moyenne altitude (1000-2000 m). Dans les Alpes du Sud, l’enneigement a diminué d’environ 4 cm par décennie depuis 1970, et dans les Alpes du Nord, cette diminution est de l’ordre de 3 cm. 

Pour aller un peu plus dans le détail, le Groupe Régional d’Experts sur le Climat dans la région PACA (GREC Sud) a synthétisé les données de cette étude pour les Alpes du Sud. En moyenne altitude, il a été constaté une perte de près d’un mois d’enneigement depuis 50 ans. Depuis 1970, l’épaisseur moyenne de la couche neigeuse a diminué d’environ 10 cm en dessous de 1000 m, et de près de 20 cm entre 1000 m et 2000 m d’altitude avec une perte de 35 cm mars/avril.

Concernant la haute altitude, là où se situent les glaciers, la couche de neige a diminué de 15 cm en moyenne, une régression moins forte due aux températures qui y restent plus négatives au cours de l’hiver. On note toutefois une perte de plus de 40 cm en avril/mai. La durée de neige au sol y a diminué de 5 jours depuis 1970. C’est bien moins important que la moyenne globale d’1 mois, mais les effets n’en sont pas moins conséquents, la haute montagne étant un milieu extrêmement fragile.

Du côté des Pyrénées, une étude menée par l’Observatoire pyrénéen du changement climatique montre une baisse de la hauteur moyenne de neige et de la durée d’enneigement entre 1958 et 2017, malgré des tendances réparties différemment sur l’ensemble du massif. En effet, le manteau neigeux a diminué en moyenne de 20 cm à 2100 m d’altitude, passant de plus d’1 m de neige à environ 80 cm. A 1500 m d’altitude par contre, la hauteur moyenne de neige n’a pas beaucoup bougé, avec une couche moyenne de 18 cm sur les 60 ans étudiés.

On le rappelle, dĂ©but fĂ©vrier, l’enneigement a Ă©tĂ© le plus bas jamais mesurĂ© depuis 24 ans oĂą la surface et l’épaisseur du manteau neigeux Ă©taient au plus bas. Les importantes chutes de neige qui ont suivi dĂ©but mars ont permis de revenir dans des moyennes de saison, toutefois, et nous le verrons plus bas, cela ne permet pas de freiner la fonte des glaciers car ces fluctuations d’enneigement ne permettent pas de former de la glace de manière pĂ©renne.

 

Selon les scénarios du GIEC, basés sur plusieurs seuils de réchauffement planétaire, on prévoit pour 2050 dans les montagnes françaises une couverture neigeuse réduite de 10 à 40 %. Cette diminution passera de 30 à 80 % d’ici 2100. Tout comme pour préserver les glaciers, il est fondamental de respecter le seuil des 1,5° de réchauffement fixé par les Accords de Paris si on veut conserver un enneigement décent en montagne.

Les impacts de l’affaiblissement de l’enneigement sur les glaciers

Station de Porté-Puymorens (66) début février 2024. Par Nicolas Vaillant.

Glacier sombre, sans couche de neige. Par Arthur Vaillant.

La neige va se transformer d’abord en névé, qui est une forme plus compacte que la neige. On appelle névé typiquement de la neige qui a survécu au moins 1 an à une saison de fonte. Il se compacte ensuite de plus en plus pour former de la glace. La durée de formation de cette glace dépend des latitudes sous lesquelles se trouvent les glaciers. En Alaska par exemple, la glace se forme à une profondeur de névé d’une dizaine de mètres et va mettre environ 5 ans.

Romain Millan, glaciologue

Le manque d’enneigement pendant l’hiver est donc extrêmement critique pour cette période d’accumulation. Le glaciologue pyrénéen Pierre René nous apprend que “pour les glaciers des régions tempérées, il y a deux saisons contrastées : une où le glacier grossit parce qu’il neige, la saison hivernale, et une saison d’été où la neige et la glace fondent. En théorie, pour les glaciers, la saison d’hiver dure 8 mois. Sur cette période, on considère que les glaciers ne fondent pas.”

Afin d’Ă©valuer si un glacier est en Ă©quilibre, a accumulĂ© de la neige ou est dĂ©ficitaire, il faut regarder la surface recouverte de neige Ă  la fin de l’Ă©tĂ© et voir quelle part du glacier encore en neige n’aura pas fondu, et inversement. Pour qu’un glacier soit en Ă©quilibre, 60% de sa surface doit ĂŞtre encore enneigĂ©e.

Donc 60% de la surface totale du glacier doit encore ĂŞtre recouverte par de la neige de l’hiver Ă  la fin de l’étĂ©, et si c’est le cas il est Ă©quilibrĂ©. Et pourquoi c’est 60% – 40% pas 50 – 50, parce que la surface de neige qu’il reste sur le glacier compense tout ce qui a fondu au niveau de la glace Ă  nu, de la zone d’ablation. Et comme la neige a une densitĂ© plus faible que la glace, il faut un peu plus de neige en surface que de glace pour compenser. Dans les PyrĂ©nĂ©es, en 2023, la moyenne est de 2%, on est donc très moin des 60% qu’il faut pour que les glaciers se maintiennent.

Pierre René, glaciologue

Ces explications sont également valables pour les Alpes, comme nous l’explique la glaciologue Delphine Six. Toutefois, elle fait une distinction importante entre la très haute et la moyenne altitude, qu’on ne retrouve pas dans les Pyrénées où les altitudes sont moins élevées (en dessous de 3 500 m contre de nombreux sommets à plus de 4000 m dans les Alpes).

Il faut vraiment distinguer deux choses. En très haute altitude, au-delà de 3000 m, il n’y a aucune tendance statistique. Cette année par exemple, on a pris un record d’accumulation depuis quelque temps. Par contre ce qu’on observe, c’est un déséquilibre dans les zones basses des glaciers, effectivement parce qu’en hiver on a de moins en moins de neige. Les grands glaciers comme la Mer de glace ou le glacier d’Argentière qui descendent jusqu’à 2000 m subissent des épisodes de pluie en hiver qui font fondre le manteau neigeux. Et quand le printemps arrive, on n’a pas de neige pour protéger le glacier, donc il se retrouve très vite en glace dans les parties basses. Donc forcément quand il est en glace, il est plus sombre, il capte plus le rayonnement et il fond plus vite…

Delphine Six, glaciologue

Il s’agit du principe de l’albédo que nous explique Romain Millan : “Plus une surface est sombre et plus elle va absorber du rayonnement, et donc fondre dans le cas d’un glacier. C’est pour cela aussi que les océans, très sombres, se réchauffent très vite.”

 

Les glaciers dépendent donc directement de la neige, un lien qui se retrouve bouleversé par les effets du changement climatique car comme l’a tristement dit Camille Etienne en parlant des neiges éternelles, les névés : “ces étendues blanches n’ont d’éternelles plus que le nom.” C’est l’une des raisons pour lesquelles Camille a voulu lancer La Voix des Glaciers, pour faire entendre cette voix et vous permettre de vous en saisir. Avoir accès à ces informations est essentiel pour comprendre et prendre conscience de la situation des glaciers. Le savoir est la première étape de l’engagement, et on peut encore faire en sorte que certaines de ces neiges restent éternelles. La fenêtre d’action est courte, mais nous pouvons encore la saisir !


  1. Empilement de couches de neige sur le sol correspondant Ă  des chutes de neige successives. La couverture neigeuse ou manteau neigeux recouvre les massifs de montagne au cours de l’hiver qui se retrouvent blancs pendant plusieurs mois consĂ©cutifs.

Les glaciers des Pyrénées : des lanceurs d alerte sur le changement climatique

Les glaciers des Pyrénées : des lanceurs d alerte sur le changement climatique

Dans les Pyrénées, au début du mois de février, on a enregistré le pire enneigement depuis 24 ans avec seulement 8% de couverture neigeuse sur l’intégralité du massif alors qu’elle en recouvrait 40% un mois plus tôt.

Ces chiffres sont dramatiques dans les Pyrénées où la totalité des glaciers sont définitivement condamnés à disparaître d’ici 2050 et dont la fonte s’accélère dangereusement d’année en année. Jusqu’alors jamais touchés par les activités humaines, ils se retrouvent parmi les premiers condamnés par ces dernières.

Le manque d’enneigement pendant l’hiver est extrĂŞmement critique pour l’accumulation de glace. Le glaciologue Pierre RenĂ© de l’association Moraine, l’observatoire des glaciers pyrĂ©nĂ©ens, nous apprend que “pour les glaciers des rĂ©gions tempĂ©rĂ©es, il y a deux saisons contrastĂ©es : une oĂą le glacier grossit parce qu’il neige, la saison hivernale, et une saison d’étĂ© oĂą la neige et la glace fondent. En thĂ©orie, pour les glaciers, la saison d’hiver dure 8 mois. Sur cette pĂ©riode, on considère que les glaciers ne fondent pas.” Avec le manque de neige en ce dĂ©but d’annĂ©e 2024, on peut dĂ©jĂ  craindre un dĂ©ficit glaciaire mĂŞme si, comme le rappelle Pierre RenĂ©, tout espoir n’est pas perdu car il reste encore trois mois d’hiver.

La température moyenne dans les Pyrénées a déjà augmenté de plus de 2 degrés à cause des émissions de gaz à effet de serre, une hausse qui leur a été fatale. Depuis 1850, ils ont perdu 90% de leur superficie. Le climat régional et l’altitude (le pic de l’Aneto s’élève à 3 400m) expliquent la fragilité de ces glaciers, souvent mis de côté alors qu’ils sont tout aussi précieux pour la préservation des écosystèmes et pour comprendre les évolutions du climat.

L’année 2022 a tiré une sonnette d’alarme avec un record de fonte, un record de diminution de surface, de longueur et d’épaisseur depuis que je mesure en 2002. Et derrière en 2023, le record est battu. Donc on a deux records qui s’enchaînent, on va voir ce que ça donne dans les années à venir mais ça fait l’effet d’une accélération.

Pierre René, glaciologue

La suite de cet article reprend les principaux rĂ©sultats des mesures effectuĂ©es en 2023 par Pierre RenĂ© et recensĂ©es dans un rapport dans le cadre de son association Moraine. Elle assure en effet un suivi des glaciers pyrĂ©nĂ©ens français depuis 2002. Aujourd’hui, 9 d’entre eux sont encore suivis annuellement. Trois indicateurs permettent de connaĂ®tre l’évolution des glaciers : leur longueur, leur surface, et leur Ă©paisseur.

Concernant la longueur, les dernières mesures montrent que pendant l’été 2023, la régression a été plus importante que la moyenne de -8,70 m par an, avec une perte de 11,60 m.

Entre 2002 et 2023, la surface des 9 glaciers étudiés a diminué de 60% en passant de 140 ha à 56 ha. Cette même surface était d’environ 450 ha en 1850.

Les dernières données sur l’épaisseur des glaciers pyrénéens sont dramatiques. Un glacier dont 60% de la surface a accumulé de la glace, grâce à la neige qui le recouvre, est en équilibre. Or, “en 2023, on était à 0% quasiment, la moyenne est de 2%, on est donc très loin des 60% qu’il faut pour que les glaciers se maintiennent.” L’accumulation a été quasiment nulle en 2023, et pour rappel, l’enneigement hivernal contribue grandement à cela.

A titre d’exemple, l’emblématique glacier d’Ossoue situé sur le Vignemale a connu un record de perte d’épaisseur avec -4,51 m d’eau soit 5,01 m de glace, drastiquement plus forte que la moyenne annuelle de -1,80 m d’eau.

“Quasiment tous les ans le glacier d’Ossoue est à nu à la fin de l’été, sans neige. Le fait que ça se répète aussi souvent, signifie que le glacier n’est pas en équilibre avec les conditions climatiques actuelles. C’est-à-dire que si on stabilise tout d’un coup, que le climat se stabilise, le glacier ne se recharge pas puisque c’est ce qu’il se passe en permanence. Donc même si on stoppait le réchauffement climatique, il continuerait de fondre car il ne s’équilibre pas.”

Pierre René, glaciologue

Les chiffres parlent d’eux-mĂŞmes : les glaciers pyrĂ©nĂ©ens ne peuvent plus s’adapter aux conditions climatiques, devenues trop extrĂŞmes pour leur survie. L’escalade des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre et donc des tempĂ©ratures depuis le dĂ©but du XXe siècle est malheureusement trop importante. D’ici trop peu de dĂ©cennies, il n’en restera plus que des souvenirs. Comme le rappelle très justement Pierre RenĂ©, les glaciers des PyrĂ©nĂ©es doivent dĂ©sormais servir de “lanceurs d’alerte sur le changement climatique.” Ils doivent devenir des symboles de ce changement, et nous devons ĂŞtre lĂ  pour porter leur voix afin que mĂŞme s’ils disparaissent des sommets, ils continuent de vivre dans les esprits, les rĂ©cits, les images, et ĂŞtre porteurs d’engagement.

Mathieu Crépel, du film Vinhamala (sélection de la saison 2 de La Voix des Glaciers), champion du monde de snowboard originaire des Pyrénées, parle d’ailleurs beaucoup de l’importance de créer et entretenir une mémoire des glaciers des Pyrénées. C’est une voie que suit La Voix des Glaciers, aspirant à rassembler autour de cet enjeu et à élever cette voix glaciaire.

“J’invite de plus en plus les gens à honorer les glaciers des Pyrénées en allant leur rendre visite parce qu’on est en train de perdre des éléments du patrimoine naturel. Ils sont agonisants, en fin de vie, mais j’invite vraiment les gens à avoir cette curiosité de la montagne. On est face à une transformation irréversible de la haute montagne, les glaciers sont des symboles de cette haute montagne. Les paysages changent vite, il y a un patrimoine naturel, et culturel aussi parce qu’il y a beaucoup d’écrits, de témoignages culturels concernant l’existence et l’ampleur de ces glaciers. On voit que c’est une vraie source d’inspiration artistique, et on les personnifie souvent, on en parle comme des êtres vivants, ce qui leur donne, au-delà du naturel, une vraie dimension culturelle.”

Pierre René, glaciologue

Les glaciers font partie d’un patrimoine naturel et culturel précieux. Les effets de la fonte qu’ils subissent sont multiples. Entre biodiversité, ressources en eau, paysages, pratiques de la montagne, activités économiques… Ils sont nombreux et déjà là, s’accélèrent, et nous devons nous y adapter urgemment avant d’en être contraint… mais nous en parlerons dans un prochain article !

Si vous voulez suivre des informations sur les glaciers des PyrĂ©nĂ©es et soutenir l’association Moraine : site de l’association Moraine

Des bĂ©nĂ©voles de POW sont allĂ©s sur le glacier d’Ossoue avec Pierre RenĂ© en septembre 2023, vous pouvez retrouver leur retour d’expĂ©rience ici : article sur la sortie au glacier d’Ossoue. 

Glaciers pyrénéens : Tant pis pour le Sud ?

Glaciers pyrénéens : Tant pis pour le Sud ?

Glaciers Pyrénéens : Tant pis pour le Sud ?

Les glaciers pyrĂ©nĂ©ens sont les plus touchĂ©s par le rĂ©chauffement climatique en France. Ils prĂ©sentent une rĂ©gression de superficie de 90% depuis 1850 contre 50% pour les Alpes. Le climat rĂ©gional, son emplacement ainsi que son altitude (Le massif de Maladeta, le plus haut, culmine Ă  3400m) expliquent la fragilitĂ© de ces glaciers, souvent mis de cĂ´tĂ© par rapport Ă  ceux des Alpes. S’il faut Ă©videmment continuer de mettre en avant la situation des glaciers de l’Est de la France, on voulait mettre un peu de lumière sur ces glaciers trop souvent oubliĂ©s, et qui ne mĂ©ritent pas moins d’attention.

Cet article synthĂ©tise le rapport de l’association Moraine, couvrant la pĂ©riode 2020-2021. Créée en 2001, L’association Moraine est l’Observatoire des Glaciers des PyrĂ©nĂ©es françaises. Elle a donc pour objectif de suivre annuellement leur Ă©volution (longueur, surface, volume).

L’association Moraine est l’unique entitĂ© effectuant des suivis rĂ©guliers des glaciers pyrĂ©nĂ©ens français. De plus elle travaille Ă©troitement avec les glaciologues espagnols afin de partager des informations sur l’ensemble du massif.

L’association Moraine se base sur trois indicateurs pour étudier l’évolution des glaciers :
– Les variations de longueur des glaciers
– Les variations de surface des glaciers
– Les variations d’épaisseur des glaciers

Signification des indicateurs

Variations de longueur des glaciers
La variation de longueur est mesurée au niveau du front glaciaire, c’est-à-dire la partie inférieure du glacier, entre un été et le précédent. En effet, chaque été, le front présente une régression due aux hausses des températures saisonnières.

Variations de surface des glaciers
Il s’agit d’étudier l’évolution de la superficie des glaciers sur une large période.

Variations d’Ă©paisseur des glaciers (ou bilan de masse)
C’est le paramètre le plus représentatif. Pour mesurer cette variation, des sondes sont placées afin de mesurer la quantité de neige se formant dans la zone d’accumulation et la quantité de neige qui disparaît dans la zone d’ablation. La différence entre ces données permet d’obtenir l’évolution de l’épaisseur du glacier.
Pour se faire une rapide idée du bilan de masse, on peut regarder la proportion de la zone d’accumulation du glacier par rapport à sa surface totale. Si elle dépasse 60%, le glacier gagne de la masse (bilan excédentaire), sinon il en perd (bilan déficitaire).

Résultats

Sur les 5 des 9 glaciers étudiés, une régression moyenne de 10,7m a été mesurée pour les fronts glaciaires. C’est plus que la moyenne sur ces 19 dernières années qui s’élève à 8m/an. La régression la plus importante a été observée en 2012 avec une moyenne de 37m.

La surface totale des glaciers pyrénéens, quant à elle, est en constante régression. Alors qu’elle plafonnait à 450 hectares en 1850, elle a chuté pour atteindre 140 hectares en 2002 et 79 hectares en 2019.
Le glacier d’Ossoue, le plus imposant, présente la plus grande régression : il est passé de près de 60 hectares en 2002 à environ 32 hectares en 2019.

Enfin, le bilan de masse est lui aussi inquiétant. Sur la période 2002-2021, le ratio d’accumulation moyen est d’environ 28% ce qui implique un bilan de masse très déficitaire. Pour rappel, le bilan de masse est équilibré pour un ratio d’accumulation de 60%. Sur l’année 2021, le ratio d’accumulation est de 12%.
Dans son rapport, l’association Moraine s’est intéressée plus en détail au glacier d’Ossoue. Depuis 2002, le glacier a vu son épaisseur diminuer en moyenne de 31,13m d’eau sur l’ensemble de sa superficie. En 2021, son épaisseur a diminué de 2,22m d’eau soit 2,47m de glace.

Conclusion

Un glacier, par sa fragilité, est un bon indicateur de l’évolution du climat. Ce rapport annuel confirme bien le réchauffement climatique en cours puisque l’évolution depuis 2002 des trois indicateurs est alarmante. A ce rythme, les glaciers des Pyrénées français auront pratiquement disparu d’ici le milieu du XXIème siècle. Et on pense que ça mérite toute notre attention.

Vous pourrez accĂ©der au rapport et Ă  d’autres photos sur le site de l’association Moraine, et vous avez la possibilitĂ© d’adhĂ©rer Ă  l’association pour les soutenir : http://asso.moraine.free.fr