Elections Européennes : les meilleurs arguments pour aller voter

Elections Européennes : les meilleurs arguments pour aller voter

Elections Européennes : les meilleurs arguments pour aller voter

Le 9 juin auront lieu les Élections EuropĂ©ennes, une Ă©chĂ©ance majeure pour la suite de la dĂ©cennie et d’une importance colossale pour les sujets environnementaux. Si vous nous suivez depuis un moment, vous savez que chez POW on assume clairement se mĂŞler de la politique : on encourage au vote, on parle des scrutins, on pointe notre doigt sur les (in)actions politiques, on sollicite, on interpelle et on donne des outils Ă  la communautĂ© lorsqu’une occasion sur un sujet se prĂ©sente pour que vous puissiez nous aider et agir avec nous. La raison Ă  tout cela est simple : l’écologie est politique. Alors on le fait toujours de façon non-partisane, c’est-Ă -dire que jamais on ne prĂ´nera un parti en particulier. Chacun vote avec ces convictions, et on se dit que si vous nous suivez, on en partage un certain nombre ! Mais si l’on ne parle pas des Ă©chĂ©ances politiques, on ne se focalise que sur les petits gestes individuels, une direction qui n’est pas la nĂ´tre. C’est pour ça qu’aujourd’hui, on vous partage une batterie d’arguments pour vous convaincre ou vous aider Ă  convaincre autour de vous de l’importance des Elections EuropĂ©ennes !

  • ➡️ Les prochaines EuropĂ©ennes auront lieu Ă  la fin de la dĂ©cennie, donc c’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de dĂ©cider qui va voter les lĂ©gislations europĂ©ennes. Ce qui se joue le 9 juin aura un impact durant des annĂ©es. Quand on sait que chaque jour compte dans la lutte contre le rĂ©chauffement climatique…
  • ➡️ C’est au Parlement EuropĂ©en qu’on a eu les plus grandes victoires en faveur du climat ces dernières annĂ©es. Alors que ce n’est pas la joie Ă  Ă©chelle nationale, avoir une Europe qui pousse un peu l’ambition climatique, ce serait loin d’être du luxe… Les victoires, on vous en parle bientĂ´t sur nos rĂ©seaux et ici dans un nouvel article!
  • ➡️ Les Elections EuropĂ©ennes donnent souvent place Ă  une abstention très forte. Une raison de plus pour se mobiliser ! moins de gens votent, plus notre vote a du poids ! En plus, contrairement Ă  la prĂ©sidentielle, ici on vote pour des listes. Selon chaque pourcentage, chaque liste aura (sauf si en-dessous de 5%) un certain nombre d’eurodĂ©putĂ©s. Ce qui veut dire que chaque vote peut faire pencher la balance pour qu’il y ait un dĂ©putĂ© de plus d’un cĂ´tĂ©, un de moins de l’autre… Ce qui est d’autant plus important que souvent les votes sont très serrĂ©s au Parlement !
  • ➡️ En France, notre vote a un poids Ă©norme puisqu’on est le 2ème pays Ă  Ă©lire le plus d’eurodĂ©putĂ©s derrière l’Allemagne, avec 81 Ă©lus (On en parle dans un post Instagram dĂ©diĂ© ici). On reprĂ©sente sans doute le pays qui a le plus d’influence en Europe dans les Ă©changes. Ce serait mieux de ne pas y envoyer trop de gens qui se fichent royalement du climat non ?
  • ➡️ On estime Ă  190 millions de personnes faisant partie de ce qu’on pourrait appeler “la communautĂ© outdoor” en Europe. C’est environ le nombre de personnes qui ont votĂ© en 2019. Les passionnĂ©es de montagnes, de forĂŞts, d’ocĂ©ans, sont largement suffisamment nombreux pour faire pencher la balance dans la direction de la protection de ces espaces naturels. Suffit de se motiver les uns et les autres !

Des arguments, il y en a encore d’autres ! Jusqu’Ă  la veille du 9 juin, on va tâcher de partager du contenu sur les rĂ©seaux pour essayer de convaincre un maximum de personnes de se dĂ©placer aux urnes pour voter en faveur de gens qui dĂ©fendent le climat. Pour ça on a besoin de vous, alors partagez autour de vous !

On ne sait pas vivre sans glaciers

On ne sait pas vivre sans glaciers

On ne sait pas vivre sans glaciers, gĂ©nĂ©tiquement, on n’a pas ça dans notre ADN. Si on perd les glaciers, on va vers quelque chose oĂą l’on sort complètement des radars de l’histoire de l’humanitĂ©, de l’histoire rĂ©cente du vivant sur la planète, et on prend quand mĂŞme des gros risques.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

En 2050, Ă  cause des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, tous les glaciers des PyrĂ©nĂ©es et 34% du volume de glace dans les Alpes europĂ©ennes auront disparu. Quelles sont alors les consĂ©quences de la fonte des glaciers ? BiodiversitĂ©, Ă©cosystèmes, ressources, territoires, populations… Les consĂ©quences semblent ĂŞtre multiples. 

Bien que les glaciers nous paraissent parfois lointains, nous sommes intimement liés à eux, et leur fonte extrêmement rapide et massive est un phénomène inédit auquel nous devons prêter la plus grande attention comme le dit si bien Jean-Baptiste Bosson.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de rappeler qu’il s’agit de parler des glaciers condamnés et dont la fonte à grande échelle est inévitable. Il reste de nombreux glaciers de montagne à préserver.

Sommaire des enjeux abordĂ©s dans l’article :

  • Un bouleversement de la biodiversitĂ© et des Ă©cosystèmes
  • Des sĂ©cheresses Ă  rĂ©pĂ©tition et une gestion de l’eau perturbĂ©e
  • Faire face Ă  une instabilitĂ© climatique en montagne et dans les pratiques
  • Les glaciers, de vĂ©ritables rĂ©gulateurs du climat
  • Comment sommes-nous liĂ©s aux glaciers ?
Un bouleversement de la biodiversité et des écosystèmes

Le recul des glaciers de montagne affecte tout d’abord la nature elle-même, avec toute sa biodiversité et ses écosystèmes. D’après le GIEC, la composition et l’abondance des espèces de montagne ont considérablement changé avec la réduction des couvertures neigeuse et glaciaire. Les espèces locales sont de plus en plus menacées, notamment pour celles qui dépendent directement de la glace. Quand les glaciers disparaissent, c’est tout un habitat naturel qui disparaît avec eux : c’est le cas notamment du petit invertébré tardigrade qui vit auprès des glaciers.

Comme nous le rappelle Jean-Baptiste Bosson, “La nature a horreur du vide. Si on perd quelque chose d’un côté, on gagne quelque chose de l’autre”. Là où vivaient les glaciers auparavant, on observe l’apparition de nouveaux habitats vêtus de cailloux de sédiments, de nouvelles rivières, de nouveaux lacs, de nouvelles pelouses… ainsi que l’arrivée de nouvelles espèces dans ces zones comme le cerf, ayant besoin de forêt pour vivre.

Mais ce phĂ©nomène ramène de la compĂ©tition entre les espèces avec le dĂ©veloppement d’espèces “exotiques” envahissantes pour celles dĂ©jĂ  installĂ©es depuis longtemps. La fonte des glaciers questionne donc les diffĂ©rentes habitabilitĂ©s de la Terre et tend Ă  bouleverser la biodiversitĂ© actuelle.

Des sĂ©cheresses Ă  rĂ©pĂ©tition et une gestion de l’eau PerturbĂ©e

Les glaciers permettent de réguler le courant des rivières qui va inévitablement être perturbé par leur fonte. Sur le long terme, comme la régénération glaciaire est réduite, le volume d’eau qui coule dans les rivières de montagne sera de plus en plus faible et rendra les périodes de sécheresse de plus en plus intenses.

« Les glaciers sont comme un immense compte en banque Ă  la base, qui se superpose au cycle de l’eau. Ce compte en banque devient très petit et de ce fait, les dĂ©bits diminuent parce qu’on perd de ce surplus qu’était le stock. »

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Cette image est frappante et nous invite Ă  Ă©conomiser drastiquement ce stock. Au vu des sĂ©cheresses de l’étĂ© 2022 et de l’hiver 2023, cet enjeu est de la plus haute importance. Les glaciers de montagne sont les châteaux d’eau de nombreuses rĂ©gions du monde, et permettent de mettre en place l’irrigation et l’énergie hydro-Ă©lectrique. Tous ces phĂ©nomènes vont ĂŞtre affectĂ©s et avoir des impacts sur nos usages quotidiens, sur l’agriculture, ainsi que sur l’électricitĂ©, en touchant en prioritĂ© les populations locales.

Selon les années, les glaciers des Alpes représentent environ 40% du débit du Rhône. Sans glaciers, le débit du Rhône tend à diminuer drastiquement, surtout en été où le besoin en eau est le plus important. La vallée du Rhône, avec environ 12 000 000 habitants et une grande zone de production maraîchère, va être fragilisée. De plus, l’eau sera de plus en plus chaude et les centrales électriques seront plus difficiles à refroidir.

En mars 2023, le lac des Bouillouses dans les PyrĂ©nĂ©es-Orientales, alimentĂ© par les prĂ©cipitations et les glaciers, a vu stopper sa production hydroĂ©lectrique par manque d’eau. L’eau et les glaciers sont une richesse Ă©nergĂ©tique essentielle, aujourd’hui mise en pĂ©ril. Et pour en savoir plus sur les glaciers des PyrĂ©nĂ©es, retrouve notre article sur le sujet ici.

Faire face à une instabilité climatique en montagne et dans les pratiques

L’Ă©tĂ©, les fortes chaleurs et la fonte des glaciers accĂ©lĂ©rĂ©e engendrent une hausse du dĂ©bit des rivières. En Ă©tĂ© 2023, cela a Ă©tĂ© difficile pour certains refuges, notamment dans les Ecrins. Alors que certains ont fermĂ© par manque d’eau, la fonte des glaciers combinĂ©e Ă  des orages violents ont provoquĂ© des crues torrentielles comme au refuge Châtelleret dans l’Oisans oĂą certaines installations ont Ă©tĂ© endommagĂ©es par un torrent de boue emportant avec lui d’énormes blocs de pierre. Ces crues-lĂ  sont amenĂ©es Ă  se rĂ©pĂ©ter, provoquant un risque rĂ©current Ă  prendre en compte.

Les glaciers reprĂ©sentent un hĂ©ritage culturel prĂ©cieux dans nos vallĂ©es. L’effondrement de ce patrimoine naturel va avoir des effets nĂ©fastes sur nos pratiques en montagne qu’il est nĂ©cessaire de rĂ©inventer. En termes de sĂ©curitĂ©, certains itinĂ©raires deviennent dangereux dĂ» Ă  des Ă©boulements dĂ©vastateurs. On se rappelle de l’effondrement d’une partie du glacier de la Marmolada en Italie en 2022 qui a provoquĂ© la mort de plusieurs personnes. En France la mĂŞme annĂ©e, l’accès au couloir du GoĂ»ter pour l’ascension du Mont Blanc Ă©tait interdite Ă  cause de chutes de pierres dues Ă  l’assèchement du couloir. Dans certaines rĂ©gions, des pratiques sont amenĂ©es Ă  disparaĂ®tre : le club alpin français de Perpignan n’a pas pu organiser de sorties de cascade de glace en 2024 comme c’était le cas auparavant. 

Il est aussi important de relever que les activités en montagne sont directement liées au tourisme et à l’économie locale, qui risquent également de souffrir de la fonte des glaciers qui inquiète notamment les guides de haute montagne.

Luc Moreau

Arthur Vaillant

Les glaciers : de véritables régulateurs de climat

Les glaciers, en couvrant 10% des terres émergées de la planète, ont un véritable rôle de régulateurs du climat. Connu sous le nom d’effet albédo, leur surface blanche contribue à renvoyer une grande majorité du rayonnement solaire et à réguler le réchauffement planétaire et leur fonte. Pour en savoir plus, retrouve notre article sur le lien entre neige et glace ici.

« La tempĂ©rature de l’eau des rivières sur plus que 100 km, en s’éloignant des glaciers du  Massif du Mont-Blanc, est encore de 13° alors que les autres rivières sans glaciers autour ont une tempĂ©rature de l’eau d’environ 20°. » Ce que veut nous dire Jean-Baptiste Bosson, c’est que les glaciers permettent de crĂ©er des microclimats, auxquelles on s’est habituĂ©s et sur lesquels on s’est dĂ©veloppĂ©s, en ventilant et rafraĂ®chissant tout une vallĂ©e par exemple. 

Ils permettent aussi aux scientifiques de surveiller les évolutions du climat. En effet, la neige, en se compactant pour devenir de la glace, va piéger des bulles d’air. En les analysant, nous pouvons connaître l’histoire du climat avec la composition de l’atmosphère depuis 800 000 ans.

Les glaciers sont nos meilleurs alliés pour comprendre ce qui s’est passé jusqu’à maintenant depuis les 800 000 dernières années.

Et sans l’Homme, il n’y a pas de changement climatique profond en ce moment sur Terre. Aujourd’hui, aucun pays ne respecte ses engagements climatiques et ne comprend l’urgence de l’enjeu. Il y a un boulot Ă©norme Ă  faire et on Ă©coute pas assez cette voix des glaciers.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Leur perte signifie une rĂ©duction des donnĂ©es disponibles pour observer les futurs changements du climat Ă  l’échelle locale, alerter sur ces derniers et les anticiper. Et, rappelons-le, le travail des scientifiques est primordial pour nous permettre d’agir sur le changement climatique et anticiper au maximum. Ce dont ils tĂ©moignent n’est pas le fruit d’un changement naturel mais bien d’un changement dĂ» activitĂ©s humaines qu’il est essentiel de prendre en compte. Ce que l’on vit est inĂ©dit et doit nous alerter quant aux nouvelles conditions d’habitabilitĂ© de l’humain sur la planète Terre. Peut-ĂŞtre est-ce dans l’écoute de ce que les glaciers ont Ă  nous dire que nous devons user de nos efforts ?

Comment sommes-nous liés aux glaciers ?

Les glaciers, les forĂŞts, les animaux, n’importe quoi qui te connecte Ă  la nature, plus tu t’y connecte, plus ça s’horizontalise, et tu te rends compte que tu fais partie de cette bonne histoire des glaciers. Mais les glaciers, comme le phoque, comme la petite fleur qui pousse sur ton balcon, la biodiversitĂ©, le vivant, le non vivant sur Terre, tout ce qui nous entoure, tout cela nous rattache Ă  l’histoire de la vie, au cosmos, Ă  nos enfants qui arriveront après nous, ça nous connecte Ă  une grande ligne qui parle d’un passĂ© lointain et qui va très loin dans le futur et dans laquelle on est un tout petit maillon. 1

Jean Baptiste Bosson, glaciologue

Depuis l’existence de l’homo sapiens il y a 300 000 ans, les grands glaciers ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sents en influançant le climat dans lequel on vit et dans lequel on a dĂ©veloppĂ© notre habitabilitĂ©. Sans glaciers, la tempĂ©rature de la Terre serait beaucoup plus Ă©levĂ©e et le niveau marin beaucoup plus haut.Comme mentionnĂ© au dĂ©but de l’article, pour Jean-Baptiste, c’est très clair : “On ne sait pas vivre sans glacier, gĂ©nĂ©tiquement, on n’a pas ça dans notre ADN. Si on perd les glaciers, on va vers quelque chose oĂą l’on sort complètement des radars de l’histoire de l’homme, de l’histoire rĂ©cente du vivant sur la planète et on prend quand mĂŞme des gros risques.”

Parce que c’est aussi cela, ressentir les conséquences de la fonte des glaciers, c’est nous questionner sur leur place dans ce monde et son rôle important, plus encore que notre propre existence. Ils sont avant nous habitants et composantes de la Terre, mais souffrent d’autant plus de ce réchauffement climatique qui nous accable. Qu’attendons-nous pour écouter cette voix qui nous alerte ?

Il est urgent d’agir pour préserver les glaciers qui résistent encore aux effets du changement climatique, ce qui ne se fera pas sans une volonté collective et politique forte dans le sens de la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Par Nicolas Vaillant, bénévole La Voix des Glaciers.


  1. RĂ©flexion inspirĂ©e de la mention du livre de Bernadette Bensaude-Vincent intitulĂ© “Temps-paysage: Pour une Ă©cologie des Crises”. Elle nous invite Ă  penser l’humain et le non-humain -vivant et non vivant- sur une mĂŞme Ă©chelle. A savoir que nous sommes tous composĂ©s de lignes et que l’enchevĂŞtrement de ces lignes forme notre existentialitĂ© au sein mĂŞme du paysage. Il s’agit alors de sortir de notre situation surplombante pour nous plonger dans l’immanence et reconsidĂ©rer ce qui nous entoure, ici la nature..

N PY récompense l avion et ignore le train

N PY récompense l avion et ignore le train


On passe parfois Ă  cĂ´tĂ© d’infos qui mĂ©ritent l’expression de notre mĂ©contentement citoyen : cet hiver, N’Py (un groupement de 8 stations dans les PyrĂ©nĂ©es) proposait d’offrir 2 jours de forfait de ski aux personnes prenant l’avion de Paris Ă  Tarbes grâce Ă  un partenariat avec l’aĂ©roport de Tarbes/Lourdes et la compagnie Volotea.
Une offre lunaire, Ă  l’heure oĂą les rapports s’enchainent les uns après les autres, pour montrer Ă  quel point nous fonçons dans le mur, Ă  quel point chaque hiver est pire que le prĂ©cĂ©dent…

Si certains pourraient dĂ©fendre ça en expliquant que ça ne reprĂ©sente pas un si “grand” nombre de personnes, l’offre nous fait bondir pour 2 raisons principales : 
– l’empreinte des personnes venant en avion par rapport Ă  si elles venaient en train est quand mĂŞme majeur
– surtout, le symbole est catastrophique

Pendant que l’on se bat pour que les choses avancent en terme de mobilitĂ©, que le rĂ©seau ferroviaire s’amĂ©liore, que l’on alerte sur l’impact des transports qui ne faiblit pas… Voir de telles offres constitue un dĂ©ni de la rĂ©alitĂ© scientifique. 
Il y a quelques semaines, nous partageions un article sur la situation dramatique des glaciers pyrĂ©nĂ©ens et leur rĂ´le de lanceurs d’alerte. il faut croire que mĂŞme les stations les plus proches n’entendent pas les cris de ces derniers.

Mais passĂ© l’indignation, on s’est dit qu’il fallait agir et partager cette dernière aux acteurs du terrritoire. On a Ă©crit une lettre ci-dessous invitant au dialogue et au changement sur ce sujet, envoyĂ©e il y a plusieurs semaines. 
Nous n’avons cependant pas encore eu de rĂ©ponse, malgrĂ© des retours d’acteurs du territoires nous partageant que des stations de N’PY n’Ă©taient pas au courant de l’initiative, et qu’un dialogue avait commencĂ© en vue de l’hiver prochain.

Alors pour nous aider Ă  faire rĂ©agir, vous pouvez dĂ©jà écrire via leur formulaire de contact pour les interpeller (interpeller ne veut pas dire insulter, restons bienveillants et portons un message constructif), afin de partager Ă  N’PY ce que vous pensez de l’initiative et ce que vous aimeriez voir ĂŞtre mis en place. Et si vous ĂŞtes sur le territoire, n’hĂ©sitez pas Ă  solliciter les Ă©lus/professionnels des stations concernĂ©es.

Les glaciers des Pyrénées : des lanceurs d alerte sur le changement climatique

Les glaciers des Pyrénées : des lanceurs d alerte sur le changement climatique

Dans les Pyrénées, au début du mois de février, on a enregistré le pire enneigement depuis 24 ans avec seulement 8% de couverture neigeuse sur l’intégralité du massif alors qu’elle en recouvrait 40% un mois plus tôt.

Ces chiffres sont dramatiques dans les Pyrénées où la totalité des glaciers sont définitivement condamnés à disparaître d’ici 2050 et dont la fonte s’accélère dangereusement d’année en année. Jusqu’alors jamais touchés par les activités humaines, ils se retrouvent parmi les premiers condamnés par ces dernières.

Le manque d’enneigement pendant l’hiver est extrĂŞmement critique pour l’accumulation de glace. Le glaciologue Pierre RenĂ© de l’association Moraine, l’observatoire des glaciers pyrĂ©nĂ©ens, nous apprend que “pour les glaciers des rĂ©gions tempĂ©rĂ©es, il y a deux saisons contrastĂ©es : une oĂą le glacier grossit parce qu’il neige, la saison hivernale, et une saison d’étĂ© oĂą la neige et la glace fondent. En thĂ©orie, pour les glaciers, la saison d’hiver dure 8 mois. Sur cette pĂ©riode, on considère que les glaciers ne fondent pas.” Avec le manque de neige en ce dĂ©but d’annĂ©e 2024, on peut dĂ©jĂ  craindre un dĂ©ficit glaciaire mĂŞme si, comme le rappelle Pierre RenĂ©, tout espoir n’est pas perdu car il reste encore trois mois d’hiver.

La température moyenne dans les Pyrénées a déjà augmenté de plus de 2 degrés à cause des émissions de gaz à effet de serre, une hausse qui leur a été fatale. Depuis 1850, ils ont perdu 90% de leur superficie. Le climat régional et l’altitude (le pic de l’Aneto s’élève à 3 400m) expliquent la fragilité de ces glaciers, souvent mis de côté alors qu’ils sont tout aussi précieux pour la préservation des écosystèmes et pour comprendre les évolutions du climat.

L’année 2022 a tiré une sonnette d’alarme avec un record de fonte, un record de diminution de surface, de longueur et d’épaisseur depuis que je mesure en 2002. Et derrière en 2023, le record est battu. Donc on a deux records qui s’enchaînent, on va voir ce que ça donne dans les années à venir mais ça fait l’effet d’une accélération.

Pierre René, glaciologue

La suite de cet article reprend les principaux rĂ©sultats des mesures effectuĂ©es en 2023 par Pierre RenĂ© et recensĂ©es dans un rapport dans le cadre de son association Moraine. Elle assure en effet un suivi des glaciers pyrĂ©nĂ©ens français depuis 2002. Aujourd’hui, 9 d’entre eux sont encore suivis annuellement. Trois indicateurs permettent de connaĂ®tre l’évolution des glaciers : leur longueur, leur surface, et leur Ă©paisseur.

Concernant la longueur, les dernières mesures montrent que pendant l’été 2023, la régression a été plus importante que la moyenne de -8,70 m par an, avec une perte de 11,60 m.

Entre 2002 et 2023, la surface des 9 glaciers étudiés a diminué de 60% en passant de 140 ha à 56 ha. Cette même surface était d’environ 450 ha en 1850.

Les dernières données sur l’épaisseur des glaciers pyrénéens sont dramatiques. Un glacier dont 60% de la surface a accumulé de la glace, grâce à la neige qui le recouvre, est en équilibre. Or, “en 2023, on était à 0% quasiment, la moyenne est de 2%, on est donc très loin des 60% qu’il faut pour que les glaciers se maintiennent.” L’accumulation a été quasiment nulle en 2023, et pour rappel, l’enneigement hivernal contribue grandement à cela.

A titre d’exemple, l’emblématique glacier d’Ossoue situé sur le Vignemale a connu un record de perte d’épaisseur avec -4,51 m d’eau soit 5,01 m de glace, drastiquement plus forte que la moyenne annuelle de -1,80 m d’eau.

“Quasiment tous les ans le glacier d’Ossoue est à nu à la fin de l’été, sans neige. Le fait que ça se répète aussi souvent, signifie que le glacier n’est pas en équilibre avec les conditions climatiques actuelles. C’est-à-dire que si on stabilise tout d’un coup, que le climat se stabilise, le glacier ne se recharge pas puisque c’est ce qu’il se passe en permanence. Donc même si on stoppait le réchauffement climatique, il continuerait de fondre car il ne s’équilibre pas.”

Pierre René, glaciologue

Les chiffres parlent d’eux-mĂŞmes : les glaciers pyrĂ©nĂ©ens ne peuvent plus s’adapter aux conditions climatiques, devenues trop extrĂŞmes pour leur survie. L’escalade des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre et donc des tempĂ©ratures depuis le dĂ©but du XXe siècle est malheureusement trop importante. D’ici trop peu de dĂ©cennies, il n’en restera plus que des souvenirs. Comme le rappelle très justement Pierre RenĂ©, les glaciers des PyrĂ©nĂ©es doivent dĂ©sormais servir de “lanceurs d’alerte sur le changement climatique.” Ils doivent devenir des symboles de ce changement, et nous devons ĂŞtre lĂ  pour porter leur voix afin que mĂŞme s’ils disparaissent des sommets, ils continuent de vivre dans les esprits, les rĂ©cits, les images, et ĂŞtre porteurs d’engagement.

Mathieu Crépel, du film Vinhamala (sélection de la saison 2 de La Voix des Glaciers), champion du monde de snowboard originaire des Pyrénées, parle d’ailleurs beaucoup de l’importance de créer et entretenir une mémoire des glaciers des Pyrénées. C’est une voie que suit La Voix des Glaciers, aspirant à rassembler autour de cet enjeu et à élever cette voix glaciaire.

“J’invite de plus en plus les gens à honorer les glaciers des Pyrénées en allant leur rendre visite parce qu’on est en train de perdre des éléments du patrimoine naturel. Ils sont agonisants, en fin de vie, mais j’invite vraiment les gens à avoir cette curiosité de la montagne. On est face à une transformation irréversible de la haute montagne, les glaciers sont des symboles de cette haute montagne. Les paysages changent vite, il y a un patrimoine naturel, et culturel aussi parce qu’il y a beaucoup d’écrits, de témoignages culturels concernant l’existence et l’ampleur de ces glaciers. On voit que c’est une vraie source d’inspiration artistique, et on les personnifie souvent, on en parle comme des êtres vivants, ce qui leur donne, au-delà du naturel, une vraie dimension culturelle.”

Pierre René, glaciologue

Les glaciers font partie d’un patrimoine naturel et culturel précieux. Les effets de la fonte qu’ils subissent sont multiples. Entre biodiversité, ressources en eau, paysages, pratiques de la montagne, activités économiques… Ils sont nombreux et déjà là, s’accélèrent, et nous devons nous y adapter urgemment avant d’en être contraint… mais nous en parlerons dans un prochain article !

Si vous voulez suivre des informations sur les glaciers des PyrĂ©nĂ©es et soutenir l’association Moraine : site de l’association Moraine

Des bĂ©nĂ©voles de POW sont allĂ©s sur le glacier d’Ossoue avec Pierre RenĂ© en septembre 2023, vous pouvez retrouver leur retour d’expĂ©rience ici : article sur la sortie au glacier d’Ossoue. 

La Cour des Comptes accable les stations de montagne

La Cour des Comptes accable les stations de montagne

Il y a quelques jours, la Cour des Comptes 1 a publié un rapport nommé “Les stations de montagne face au changement climatique”. Un rapport plutôt critique, qui a fortement fait réagir des acteurs des territoires de montagne, tant associatifs qu’économiques.
Chez POW on a pris le temps de lire le rapport, lire les critiques et surtout de se rendre compte qu’il manquait un élément majeur dans toutes les discussions. On vous en parle !

D’abord, que dit ce rapport ?

Le rapport de la Cour des Comptes avait pour objectif “de prĂ©ciser les consĂ©quences du changement climatique sur le tourisme hivernal en montagne et d’examiner comment les stations s’y sont adaptĂ©es.” partant du postulat que la France est “une destination majeure pour le tourisme hivernal” (2ème au rang mondial en termes de visiteurs). Une bonne chose en soi selon nous qu’un organe indĂ©pendant comme la Cour des comptes existe et puisse Ă©tablir des rapports et Ă©mettre des recommandations sur des secteurs aussi importants.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le rapport pointe du doigt un certain nombre de problèmes sur la façon dont les stations de montagne s’adaptent face au changement climatique.
Dans la synthèse du rapport (ici), le sommaire donne le ton d’emblée :
1/ Le modèle du ski français s’essouffle»
2/ Les politiques d’adaptation restent en deçà des enjeux
3/ La nécessité d’une gouvernance élargie et d’une meilleure préservation des ressources naturelles
4/ Un subventionnement public significatif et croissant

La Cour des comptes épingle notamment des stratégies d’adaptation encore trop centrées sur le tout ski avec trop peu d’efforts selon le rapport consacrés à la diversification des activités, et la production de neige de culture comme principal recours face au manque de cette dernière. Un constat qu’il est difficile de contester au vu des actualités sur le sujet qui fleurissent chaque année, comme la récente polémique qui enfle sur la neige récupérée et transportée par camion dans les Vosges.

Notre position là-dessus est que diriger la majeure partie des subventions vers des solutions technologiques témoigne d’une vision trop court-termiste et ne peut répondre que très partiellement à la nécessité de s’adapter face aux réalités environnementales actuelles et futures.

La production de neige permet de fiabiliser l’enneigement à court terme. Mais, elle ne constitue qu’une protection relative et transitoire contre les effets du changement climatique. Son coût est en effet important et son efficacité tend à se réduire avec la hausse des températures : dans certains cas, la production de neige peut tendre vers une mal-adaptation.

Extrait du rapport de la Cour des Comptes

Des conclusions contestées par certains professionnels de la montagne

Face au rapport accablant, des réactions et notamment de vives critiques sur les propos et la méthodologie de ce dernier ont été partagées.
L’ANEM (Association Nationale des Elus de Montagne), l’ANMSM (Associations Nationale des Maires de Stations de Montagne) et Domaines Skiables de France 2 ont publié un communiqué commun pour «exprimer leur déception» et regretté le fait que la Cour des Comptes soit «restée sourde aux acteurs de terrain».
Selon eux, le panel de stations choisi ne serait pas assez représentatif (42 stations réparties sur tous les massifs ont été contrôlées) avec trop peu de ”grosses” stations dans l’échantillon.
Toujours selon eux, «ce rapport ne tient pas compte non plus de l’engouement persistant des clientèles pour les sports de neige».

Parmi les nombreuses contestations, une réponse directe sur le neige de culture qui améliorerait «nettement le modèle économique des domaines skiables et sa résilience aux aléas météorologiques sur les 3 à 5 mois d’une saison d’hiver. Ce point est démontré par les études Climsnow désormais largement répandues».
Problème selon nous ? Les résultats des études Climsnow ne sont pas accessibles publiquement. Donc dans un souci de transparence, notamment pour un secteur qui touche de nombreux fonds publics, il serait plus que souhaitable que ces études soient communiquées et accessibles à n’importe qui. Cela permettrait de répondre sur le fond et la pertinence (ou non) des résultats de ces études.

En attendant, comme à notre habitude, on a mis un peu de temps à réagir chez POW. On a préféré laisser la course aux réponses se faire sans nous, le temps d’éplucher le rapport et lire les différents retours. Et ça tombe bien, parce qu’une critique sur le rapport, on en a une de taille !

L’éternel oubliĂ© 

Quand on a vu qu’un rapport de la Cour des Comptes était sorti sur l’adaptation des stations de ski face au changement climatique, chez POW on n’attendait qu’une chose : est-ce qu’on va parler du transport ?

On le rappelle une énième fois : le transport est à la fois le principal secteur d’émissions de GES (Gaz à effet de serre) à échelle nationale (32% des émissions, loin devant tous les autres secteurs), mais il l’est d’autant plus pour la montagne puisque 57% des émissions environ d’une station sont attribuées au transport 3
Alors forcément, dans un tel rapport, on espérait que ce sujet incontournable soit abordé au moment de parler de stratégies d’adaptation.

Spoiler : ce n’est pas le cas.

A aucun moment dans le rapport complet n’est abordĂ©e la question de la mobilitĂ© des vacanciers ou des habitants. Pas de mention de l’impact de la voiture, avec la nĂ©cessitĂ© de mettre en place des stratĂ©gies de dĂ©veloppement du ferroviaire et d’accĂ©lĂ©ration du report modal concernant le dernier kilomètre pour les visiteurs français. Pas de mention non plus du trafic aĂ©rien en pointant du doigt la quantitĂ© de visiteurs lointains et l’impact majeur qui en dĂ©coule. (Exemple avec la Clusaz dont les Ă©missions des visiteurs long courrier reprĂ©sentent 2% en volume, mais 33% de l’impact carbone du transport pour la station) 4 . Pas un mot non plus sur l’importance d’accompagner de manière bien plus forte les habitants des territoires de montagnes encore massivement dĂ©pendant Ă  la voiture. 

Comment la mobilité peut-elle être autant absente d’une telle analyse et des recommandations qui en découlent, compte-tenu de son rôle prépondérant dans le réchauffement de nos montagnes, sans parler de son impact sur la pollution de l’air ?

Qu’il s’agisse de l’acheminement par voie aérienne des clientèles toujours plus éloignées, de la place prépondérante de la voiture thermique dans le transport des français à destination de la montagne, ou du manque de solutions pour la mobilité du quotidien pour les habitants des territoires concernés, le rôle pivot de la mobilité est transverse à tous les sujets évoqués dans le rapport : élargissement de la gouvernance, tourisme “4 saisons”, utilisation des finances publiques pour l’adaptation des stations, etc.

Extrait de notre lettre envoyée à la Cour des Comptes

On ose penser que si la mobilitĂ© est absente des conclusions, c’est que les analystes ont estimĂ© que la responsabilitĂ© des transports n’est pas directement imputable aux stations de montagne, ou que le problème est plus large. Mais comment sortir de l’inaction si chaque acteur ne joue pas son rĂ´le : les Ă©lus locaux attendent que la RĂ©gion fasse davantage, la RĂ©gion demande plus d’aide de l’Etat, l’Etat dit Ă  la RĂ©gion de faire mieux, la RĂ©gion dit Ă  la SNCF de faire plus avec moins, tout le monde dit que c’est trop cher et pas rentable… Et Ă  la fin, pas grand chose ne bouge, voire tout recule, et la part du transport dans le bilan carbone français ne cesse d’augmenter depuis près de 35 ans.

Et si la raison de cette absence serait justifiable pour certains par le fait que c’est un rapport sur l’adaptation et que la mobilitĂ© est plus souvent de l’ordre de l’attĂ©nuation, l’aspect transverse des transports sur les Ă©lĂ©ments mentionnĂ©s nous invite Ă  penser qu’elle aurait dĂ» avoir plus de place dans le rapport.

Pour faire remonter ce qui nous semble un oubli majeur, ou un manque de considération concernant ce sujet, nous avons écrit une lettre au Premier président de la Cour des Comptes (accessible ici) afin de lui exprimer notre regret et d’appuyer le fait que Protect Our Winters France est disponible pour partager son expertise du sujet concernant les territoires de montagnes et porter la voix de nombreux pratiquants pour qui ce sujet est un problème majeur et récurrent.

Plus d’argent, plus de concertation ?

Pour conclure, on souhaiterait appuyer sur un autre point pas assez mis en avant selon nous par la Cour des Comptes : le manque de concertation. Il nous paraĂ®t primordial, pour aller dans la bonne direction face aux enjeux environnementaux – et pour la bonne santĂ© de notre dĂ©mocratie – que des processus impliquant et entendant davantage l’avis des citoyens soient rĂ©pandus. 
Il serait tout à fait souhaitable qu’un secteur touchant autant d’argent public se voie conditionner ses aides par l’existence de plus de concertations, notamment sur la façon dont ses subventions devraient être investies. Les habitants des territoires de montagnes, en leur nom ou au travers de nombreux collectifs et associations, ont une voix à porter concernant la vie et l’avenir de leurs régions et doivent être entendues sur les sujets importants, à l’instar des Jeux Olympiques et Paralympiques 2030 (vous pouvez retrouver notre dernier article sur les JO 2030 ici)




  1. La Cour des comptes a pour mission principale de s'assurer du bon emploi de l'argent public et d'en informer les citoyens. Juridiction indépendante, elle se situe à équidistance du Parlement et du Gouvernement, qu’elle assiste l’un et l’autre .

  2. Chambre professionnelle des exploitants de domaines skiables .

  3. Source : Etude de l'ANMSM x Ademe x Mountain Riders 2010 .

  4. Source 2021, Cabinet Utopies pour la CLusaz, Bilan carbone 18-19 .