Une saison sans avion  le témoignage de Coline Ballet-Baz

Une saison sans avion le témoignage de Coline Ballet-Baz

Le récit de Coline

Cela faisait quelques années que l’envie de ne plus prendre l’avion me trottait dans la tête, par conviction écologique. Et j’ai décidé au début de cette saison d’hiver 23/24 de mettre cette envie en pratique, pour voir par moi-même si tous les freins pré-supposés à cette démarche étaient fondés, ou pas : peur de mécontenter certains sponsors, de manquer certaines opportunités pour filmer ou de ne plus être invitée sur certains évènements importants… Grosso modo peur de ne plus pouvoir continuer ce métier en arrêtant de prendre l’avion.

Au final cette annonce a été très bien reçue par les marques et personnes avec lesquelles je travaille, la saison a été remplie de tournages pour divers projets dans nos merveilleuses Alpes (qui plus est bien enneigées cette saison !), le budget et la fatigue dus aux longs trajets en avion et décalages horaires qui s’en suivent ont été remplacés par plus de temps en montagne et sur les skis 🙂

Loin de moi l’envie de porter un jugement sur les personnes qui voyagent en avion avec ce texte, nous n’avons pas tous.tes les mêmes réalités, je l’ai moi-même beaucoup pris à l’époque des compétitions internationales, et surtout le système écocidaire qui ne prévoit pas de taxe sur kérosène des avions, fait qu’il est malheureusement souvent beaucoup plus abordable de prendre l’avion plutôt que le train. POW a fait un post sur le comparatif train/avion, à partir d’un rapport de Greenpeace.

Mais cette démarche fait sens pour moi à plusieurs niveaux : diminuer mon bilan carbone de femme française bien au-delà des limites qui pourraient être fixées pour rester dans les Accords de Paris 1 ; ralentir le rythme parfois trop effréné de nos vies occidentales ; apaiser un peu les contradictions environnementales liées à ma pratique professionnelle du ski (il en reste encore !) ; apprendre à plus connaître les montagnes autour de chez nous, leur nivologie, leur évolution au fil d’une saison d’hiver ; diminuer la logistique et les coûts énormes liés aux déplacements en avion ; rêvasser en musique derrière la vitre d’un train plutôt que d’attendre dans les files interminables des contrôles de bagages… 

Envisager les futures saisons de cette manière me rend très heureuse et apaisée, continuer à prévoir des tournages pour le ski et des aventures en montagne dans un périmètre accessible en train ou en voiture, en réduisant peut-être la fréquence de ces voyages et en prenant plus de temps pour le local… ce qui ne rendra les périples restants que plus savoureux !

Comparaison par POW du bilan carbone des trajets de Coline sur les deux dernières saisons :

Sur les 2 saisons, des trajets en voiture pour un total de 500km environ ont été effectués

Saison d’hiver 2022/2023

– Train : A/R de Grenoble à Innsbruck (798km) : 2,34kg CO2eq en TGV

– Train : A/R de Grenoble à Saint Anton Am Arlberg (767km) : 2,25 kg CO2eq en TGV

– Avion : A/R à Whistler (Canada) (8313km) : 1264 kg CO2eq

– Avion : A/R de Lyon à Tromso (Norvège) (2770km) : 520kg CO2eq

TOTAL : 1788,59 kg CO2eq

    Saison d’hiver 2023/2024

     – Train : 3 A/R de Grenoble à Innsbruck : 3 x 2,34 kg CO2eq en TGV = 7,02 kg CO2eq

    TOTAL : 7,02 kg CO2eq

    Le Mot de POW 

    Comment prendre la parole en tant qu’athlète sur des enjeux environnementaux, quand on n’est pas parfait ?

    Une large question auxquelles une réponse simple convenant à tout le monde n’existe sans doute pas pour des personnes qui vivent des ces pratiques, face à une audience plurielle. Le problème, c’est qu’en l’absence de réponse unique, l’issue est souvent celle de ne pas le faire. Ne pas prendre la parole malgré une envie, malgré des convictions, malgré un oeil alerte sur les changements qui ont lieu.
    Alors comment on fait ? Chez POW, on pense que notre rôle, c’est à la fois d’être présent et alerte pour pointer du doigt les comportements et manquements vis-à-vis des enjeux climatiques des uns, tout se tenant disponible pour accompagner chaque volonté de prendre la parole et d’évoluer avec sincérité des autres.
    La clé pour débloquer un tel dilemme : la transparence.

    Dans un monde où les réseaux sociaux sont omniprésents – que cela nous plaise ou non – prendre la parole sur des pratiques et engagements écologiques est essentiel, pour contrebalancer l’influence néfaste pour le climat de personnes sans connaissances ou sans scrupules. Récemment, nous étions avec la chercheuse Garance Bazin lors de la Convention POWpulaire du mois de mai, qui a publié une étude nommée : «EN MODE AVION» L’emprise de la publicité et des influenceurs.
    Elle démontre comment l’impact des réseaux sociaux font affluer les mauvaises pratiques, même chez des publics plutôt sensibilisés aux enjeux.
    L’idée dans tout ça, ce n’est pas que les athlètes remplacent les instagrameurs voyages, mais d’accepter collectivement que des personnes non parfaites prennent la parole malgré le fait que ces derniers prennent encore l’avion, que ce soit pour parler de leurs pratiques quand elles apparaissent plus vertueuses, ou quand il s’agit de porter une voix plus forte en faveur de mesures écologiques, comme la taxation du kérosène et le développement du ferroviaire.
    Oui, quand on fait des efforts au quotidien, on ne veut pas qu’un ou une athlète viennent “donner des leçons”. Mais ce n’est pas l’intention de la plupart des personnes avec qui échangent POW, bien au contraire. Cet aspect est si souvent une crainte, que c’est un frein à la moindre prise de parole.
    Aujourd’hui, il ne faut pas réclamer de la perfection dans les efforts, mais de la transparence et de la sincérité. Si ces critères sont réunis, il est parfaitement entendable qu’un individu dénonce l’impact de l’avion qui est impossible à remettre en cause (et chez POW le sujet de la mobilité, debout sur la table que sous le tapis) et des politiques publiques qui ne vont pas dans le bon sens. On peut parfaitement dénoncer que le kérosène ne soit pas taxé, tout en prenant l’avion car encore nécessaire ou compliqué à éviter pour des professionnels.
    POW s’engage à accompagner chaque athlète qui souhaiterait être accompagné dans une démarche de prise de parole. On a vraiment besoin que toutes les énergies sensibles à ces questions se battent dans le même sens, que chacun accepte de jouer les cartes qu’il a en main.

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    1. Selon le rapport Faire sa part de Carbone 4 par exemple, est mentionné le chiffre de 2 tonnes CO2eq, mais ce n’est pas un chiffre exact à atteindre, mais plutôt un cap pour se rendre compte que nos empreintes actuelles ne sont pas compatibles .

    POW Global Gathering 2018 : la rencontre des antennes européennes

    Du 13 au 15 Avril dernier, se tenait à Chamonix le POW Global Gathering 2018. Les membres de toutes les antennes POW européennes (France, Suisse, Finlande, Suède, Norvège, Allemagne, Autriche, Royaume Uni) étaient réunis, avec même une des initiatrices de la future antenne Néo zélandaise. Ce rassemblement était l’occasion pour la communauté internationale de POW de se retrouver, partager ses expériences et construire de nouveaux projets à une échelle plus globale.

    Dans les murs de la « Gare des Glaciers », ancienne gare du premier téléphérique montant à l’aiguille du midi reconvertie en chalet, les équipes ont pu recevoir l’expertise de différents intervenants, présenter les campagnes qui ont lieu dans leur pays respectifs et réfléchir sur les opportunités d’avoir des actions coordonnées et complémentaires.

    Bien sûr le terrain de jeu magnifique qu’est Chamonix a aussi été l’occasion pour les participants d’aller partager leur amour des montagnes et être témoin une fois de plus de la majesté et de la fragilité de nos hivers.

    Ce weekend, en plus de nous avoir permis de réfléchir en profondeur sur le futur de nos actions, a permis d’insuffler un peu plus d’énergie dans notre engagement, de réaffirmer que nous faisons partie d’un mouvement global, au delà des frontières et nationalités, d’individus engagés, à travers les activités de montagnes, pour une société plus juste et respectueuse de son environnement.

    Merci encore à toutes les équipes qui nous ont rejoint à Chamonix, on a hâte de vous montrer les fruits de notre travail collectif!

    SAVE THE DATE : Forum Économique Mondial de Davos 2018

    SAVE THE DATE : Forum Économique Mondial de Davos 2018

    POW sera représenté pendant le Forum Économique de Davos : le pourquoi et le comment.

    On sous estime souvent l’importance d’une rencontre, d’une personne croisée au hasard d’une présence sur le terrain. Pourtant c’est à l’occasion de ces échanges que naissent des opportunités de changer le monde autour de nous. Lors de notre dernière présence sur le terrain, dans le magasin RIP CURL pour le lancement de leur nouvelle gamme SEARCH Series éco-concue, nous avons fait la connaissance de la responsable opérationnelle de l’organisation d’un des plus grands rassemblements économiques et politiques de la planète, le Forum Économique Mondial de Davos (WEF).

    Nous sommes fiers d’annoncer qu’à travers les rencontres et le travail de PROTECT OUR WINTERS en France, Hilaree O’neill, athlète de la Riders Alliance POW, participera en tant que panéliste à la session “Climate’s Two degrees of Separation” lors de l’Open Forum aux côtés de Al Gore, Naomi Oreskes, Christiana Figueres,  Karuna Rana, Konrad Steffen et Feike Sybesma. Rien que ça !

    Il sera question de discuter s’il est encore possible de limiter le réchauffement à deux degrés, et comment nous adapter si ce n’était pas le cas. Nous ferons tout pour porter et défendre les valeurs de la communauté de la montagne et remplir notre mission d’influenceurs, pour que les changements de comportements ne soient pas uniquement l’affaire des citoyens, mais aussi et surtout de ceux qui les dirigent.

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    Hilaree Oneill, Southeast Greenland
    photo:Adam Clark

    Notre présence sur cet évènement parfois controversé s’inscrit dans une de nos missions, qui vise à influencer les décideurs locaux, nationaux ou internationaux. Vous aussi vous pouvez prendre part à cette co-construction, en nous rejoignant sur sur Facebook Live le 25 Janvier prochain, de 18h30 à 20h, pour visionner la conférence en direct et prendre part à la discussion. Mais aussi en interpellant les participants en avance, via une vidéo de 20 secondes que vous pouvez poster sur le lien suivant en utilisant le hashtag #sharedfutures («futurs partagés») : 

    Suivez le WEF 2018 sur

    Twitter 

    Facebook

    Et voici enfin les détails de notre session avec Hilaree.

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    SAVE THE DATE : Forum Économique Mondial de Davos 2018

    Down to earth – with Caroline George in Iceland

    Caroline George is a pro athlete in the POW Riders Alliance, mountain guide, yoga instructor and mom, and recently took part in the Down to Earth expedition, together with fellow POW athlete Lexi Dupont. Here she talks about her experience on the first leg of their voyage, in Iceland.

    Texte : Caroline George / Photos : Gabe Rogel & HP Gubler

    Iceland, 2007: “What ?! we need to carry our skis to reach snowline ? “10 years ago, snow no longer reached the valley floor in April, even though we were so close to the Arctic circle. And already, we blamed that on global warming and its impact on our winters.

    Fast forward to April 2017: Ten years have passed and we are experiencing the same scenario. It’s warm, too warm. A very warm wind is blowing down the mountain side, much like the Foehn in the Alps, or the Shinook in America. We are quite literally watching snow melt away. We are greeted by rain on our summits. This year, the regular weather patterns have shifted: it snowed to the southwest rather than to the northeast – a rare event in Iceland. On sunny days, it is so warm that we longingly eye the shimmering sea down below, and dream of skiing straight into the ocean to cool off from the relentless heat.

    I was amazed at the temperature in Iceland this year throughout my two weeks of skiing and guiding there. I started by exploring the Isafjordur region with the Down to Earth expedition to raise awareness about global warming in the Arctic Circle area. As Iceland’s northernmost point is only 5 kilometers south of the circle, the Westfjords of Iceland was an excellent base for this project created by American Waldorf teacher, Michaela Precourt.

    The goal of this project is to travel and ski in countries close to the Arctic Circle and show children how global warming impacts nature, ecosystems, economy and culture in countries closest to the melting ice sheet of Greenland, as what happens there will impact greatly the rest of the planet: rise of sea levels, changes in weather patterns, droughts, shortage of drinkable water, etc, which will in turn have of important economic, political and environmental consequences. We also wanted to talk to locals and see how they were being impacted and how their local government is responding to climate change.

    Our goal was to have an adventure with a minimal global footprint. Though traveling by plane does not match this vision, there is no other way to show what is happening there without actually traveling to these remote areas. We need to remain realistic in how we approach global warming and what we can do to change our habits without making it so constraining that you won’t want to pursue your resolutions.

    For example, I love to travel because I get to experience other cultures, see how the environment is changing over time in different places, taste different food, learn and so much more. And I can only experience that by going there. But once at home, I change my habits by choosing to ride my bike or the train to commute whenever possible; I can choose to train closer to home to minimize my footprint; I can choose to buy more local, reduce of consumption of meat, use an energy efficient car (note to self, I need to change my car!).

    To lower our footprint on this trip, we chose to limit the use of cars, preferring to walk whenever possible or carpool with as many people and as much gear as possible in one car when we needed to drive to ski. We decided to abide by the 100 mile diet guidelines and only eat local or Icelandic products, excluding all imported goods. We soon realized how difficult of a mission this was, between dealing with people’s food intolerances, needs, diets, preferences, etc, and what was available. We soon realized that options were pretty limited to fish, potatoes, carrots, lamb, cheese and bread since vegetables mostly grow only in the southern part of Iceland, so we expanded the circle to the whole island.

    Eating habits are hard to change, but luckily, it was only for a week. After exploring the lines around Isafjordur, we embarked on a sailboat to ski from the boat. We tried to use only sails to navigate, but the engine proved indispensable in some places. To reach shore, we sometimes used Stand Up Paddle Boards when the sea was calm, but when the sea was too strong or when it was raining, or, god forbid, when we were too lazy (!!!) we used dinghies. The shores offered us several magical meals made of different kinds of algae and mussels that we harvested for the evening meal; a delight that we had the luxury to have thanks to the knowledge of the boat’s skippers who knew which algae was edible. I’m not sure I could forage in my backyard and create such a beautiful local meal if they came to visit my hometown! When, why and how did such a heritage of local knowledge about our surroundings get lost in our culture?

    We had an immensely eye-opening and educational visit with the only fishmonger within a 400km radius of Isafjordur. To him, the drift of our society and its consequences – global warming – is mainly due to the fact that we lost our understanding of knowledge about nature, how to live with it, adapt to its pace, feed from it and be in harmony with it. We do not need much and nature offers us everything we need to live. Today, children are playing less and less outside, preferring technology, but when there is no electricity, how will they know how to survive? They will have everything they need around them, but will be unable to distinguish what is edible or not, unable to fish or hunt. They will have gained knowledge from books, without experiencing the content for themselves.

    This fishmonger comes from a long line of fishmongers in this village. He learned his trade from his ancestors, but also all the secrets of nature around him: fish cycles, their migrations, their interaction with their ecosystem and the impact of climate change on their way of life. In his youth, he could jump from one roof to another as there was so much snow in town but this year, he only had to shovel twice! On the map, he pointed to the few kilometers of fjord that separated Isafjordur from the coastline on the other side and explained that he could skate from one side to the other.

    Now it only freezes once a year and the ice never gets thick enough to venture into it. The temperature of the sea has increased by 1.5 degrees since last year in the Arctic circle! Fish feel that the water is warmer and species begin to migrate farther north to cooler waters and it is possible that in a few years, Icelandic fish will be found in Greenland’s Danish waters, thus belonging to the European Union. This will create major political disputes over fish ownership. But also, this will have an impact on the local economy and on the ecosystem as other fish will come to populate these warmer waters. Also, the melting of the ice cap may accelerate this process as the fresh melting ice-water sinks to the bottom of the sea and raises the warmer water to the surface. According to predictions, the north of the globe will warm up, accelerating the melting of the ice cap and thus the rise of the waters – up to 7metres! – while Europe is going to experience a period of cooling.

    Our friend the fishmonger finished our conversation with these words: the best knowledge we can acquire is to know how to live with nature and to limit ourselves to consuming what we need. There is no need to go back in time as we are lucky to live in this era, but we have lost our connection to nature and finding a middle ground could enable us to mitigate the damage caused, and even find ways to end some of the negative impacts of our current ways of living. To this end, we must bring awareness to the way we consume and work on modifying the habits we can change.

    Small list of ideas:

    • read labels and avoid buying food containing palm oil or genetically modified products
    • eat local to avoid the transportation of products in the world, which has a huge carbon footprint
    • limit our consumption of meat to certified organic meat. Methane emissions from cows’ indigestions have a significant impact on the ozone layer
    • buy cars that consume as little fuel as possible
    • turn off the lights in the house
    • an electric bike is the compromise between taking a bike or taking the car
    • cleaning products pollute soil and water – choose green products.

    SAVE THE DATE : Forum Économique Mondial de Davos 2018

    Down to Earth – Caroline George en Islande

    Caroline George est une athlète de la POW Riders Alliance. Guide de Haute montagne, maman, passionnée, elle prend part au projet Down To Earth, en compagnie de Lexi Dupont (POW Riders Alliance US) depuis quelques mois et nous raconte aujourd’hui sa première étape de son voyage en Islande.

    Texte : Caroline George / Photos : Gabe Rogel & HP Gubler

     

    Avril 2007 : Quoi?! Il faut porter ses skis pour atteindre la limite de la neige ? Et déjà, la neige ne descend plus jusqu’au fond de vallée, alors que nous sommes à quelques kilomètres du cercle arctique en plein mois d’avril?! On était déjà, il y a 10 ans, au coeur du réchauffement climatique et de son effet sur nos hivers.

    Avril 2017 : Dix ans plus tard. Meme scénario: il fait chaud, très chaud. Le vent souffle comme lors de mauvais jours de foehn; la neige fond à vue d’oeil. Les systèmes météorologiques se sont inversés et il a neigé plus au sud-ouest qu’au nord-est, un phénomène rare en Islande. Les jours de mauvais, il pleut jusque sur les sommets. Et les jours de beau, il fait si chaud que la mer devient plus attrayante que la neige! D’ailleurs, nous courons nous y rafraichir après une journée de randonnée sur les sommets dominants Siglufjordur, un petit village de pêcheurs tout en nord de l’Islande.

    Une semaine auparavant, je me trouvais dans la region d’Isafjordur dans le carde d’une expédition ayant pour but de sensibiliser les jeunes au réchauffement climatique dans la région du cercle arctique. Le point le plus au nord de l’Islande ne se trouve qu’à 5 kilometres au sud du cercle, le pays est donc un excellent point de chute pour le projet “Down To Earth Expedition ». Celui-ci a été mis en place par une enseignante des Etats-Unis, Michaela Precourt. Pendant 7 hivers, nous nous rendrons dans des pays proches du cercle arctique pour observer comment le réchauffement climatique impacte la nature, les écosystèmes, l’économie et la culture des pays concernés vu que les effets se font ressentir particulièrement dans cette region, en raison de la fonte de la calotte glacière du Groenland.

     

    Nous voulions aussi tenter d’avoir une aventure avec un impact climatique minimal. Bien sur, voyager en avion n’entre pas dans cette vision, mais pour pouvoir montrer ce qui se passe la haut, il faut bien s’y rendre. Et il faut rester réaliste dans les approches que l’on peut avoir. Demander au monde d’arrêter de vivre avec les temps modernes n’est pas réaliste et rendrait les gens réfractaires au changement de leur style de vie. Mais il est possible de vivre ses rêves de manière responsable.

    Lors de ce voyage, nous avons donc choisi de limiter l’utilisation de la voiture, préférant nous déplacer à pied dans la mesure du possible. Lorsque nous avions besoin d’un véhicule, nous faisions attention à être un nombre maximal de personnes dans chaque voiture pour pouvoir partager les emissions produites. Nous nous sommes imposés de ne manger que des produits locaux ou islandais, à l’exclusion de toute importation, ce qui ne fut pas facile du tout! À part du poisson, des pommes de terre, des carottes, de l’agneau et du fromage, il n’y pas beaucoup d’options. Nous voulions initialement nous limiter aux produits venant d’un cercle de 100 kilomètres, mais vu que la majorité des légumes poussent dans le sud de l’Islande, nous avons élargi à toute l’île. Pas facile de changer ses habitudes alimentaires!

    Apres avoir exploré les lignes autour d’Isafjordur, nous avons embarqué sur un voilier pour faire du ski depuis le bateau. Nous avons essayé d’utiliser exclusivement les voiles pour naviguer, mais le moteur s’est avéré indispensable par endroits. Pour rejoindre la rive, nous avons utilisé des Stand Up Paddle quand la mer était calme, mais quand la mer était trop forte ou qu’il pleuvait, nous embarquions sur les canots pneumatiques pour rejoindre la rive.

    Les rivages nous ont d’ailleurs offert plusieurs repas magiques fait de différentes sortes d’algues et de moules que nous récoltions pour le repas du soir. Un délice que nous avons eu le luxe d’avoir grace aux connaissances des skippers du bateau qui savaient quelles algues étaient comestibles. Je ne suis pas sûre que je pourrais leur faire un repas aussi délicieux avec les herbes et plantes qui bordent mes chemins de montagne. Quand a-t-on commencé à perdre ces connaissances, cette symbiose avec notre nature?

    Lors de notre visite chez le seul poissonnier dans un rayon de 400km d’Isafjordur, il nous a fait comprendre que la dérive de notre société et ses conséquences – le réchauffement climatique – était surtout dû au fait que l’on a perdu nos connaissances de la nature, de vivre à son rythme, de se nourrir d’elle, d’être en harmonie avec elle. On n’a pas besoin de beaucoup et la nature nous offre tout ce qu’il faut. Aujourd’hui, les enfants jouent de moins en moins dehors, préférant la technologie, mais quand il n’y aura plus d’électricité, comment feront-ils pour subsister? Ils auront tout ce qu’il leur faut autour d’eux, mais seront incapables de distinguer ce qui est comestible ou non, incapables de pêcher, de chasser. Ils auront vécu au travers des connaissances qui sont dans les livres sans expérimenter d’eux-même. Ce poissonnier vient d’une longue lignée de poissonniers dans ce village. Il a pu apprendre de ses ancêtres son métier, mais également tous les secrets de la nature autour de lui, les cycles des poissons, leurs migrations, leur interaction avec leur écosystème et l’impact du changement climatique sur leur mode de vie et au-delà, sur les régions du cercle arctique.

    La temperature de la mer a augmenté de 1.5 degrés depuis l’année passée. Dans sa jeunesse, il pouvait sauter d’un toit à l’autre tant il y avait de neige. Il y a encore 3 ans, il y avait 2 metres de neige dans le village, cette année, il n’a eu à sortir la pelle qu’une seule fois pour les 50cm de neige tombés au village. Sur la carte, il nous montre du doigt les quelques kilomètres de fjord qui séparent Isafjordur de la côte d’en face, et nous explique qu’enfant, il pouvait patiner d’un côté a l’autre. Désormais, il ne gèle qu’une fois pas an et le glace ne devient jamais assez épaisse pour pouvoir s’y aventurer. Les poissons sentent que l’eau est plus chaude et les espèces d’antan commencent a migrer plus au nord pour retrouver des eaux plus froids et il est possible que dans quelques années, ses poissons se retrouvent dans les eaux du Groenland, donc danoises, donc appartenant a l’union européenne. Ceci va créer des litiges politiques d’envergure sur la propriété des poissons. Mais ça va aussi avoir un impact sur l’économie locale, sur l’écosystème vu que d’autres poissons vont venir peupler ces eaux plus chaudes.

    La fonte de la calotte glaciaire risque d’accélérer ce système vu que l’eau douce et glacée qui fond va au fond de la mer et fait remonter l’eau chaude a la surface. Selon les prédictions, le nord du globe va se réchauffer, accélérant la fonte de la calotte glaciaire et donc la montée des eaux – jusqu’a 7 mètres! – alors que l’Europe va connaitre une période de refroidissement. Tous ces changements auront un impact immense au niveau politique, économique et bien sûr climatique.

    Notre ami poissonnier finit notre entretien avec ces mots: les meilleures connaissances que nous pouvons acquérir sont de savoir vivre de la nature et de savoir se contenter de consommer ce dont on a besoin. Il n’est pas évident de retourner en arrière et la technologie a beaucoup de positif, mais trouver un juste milieu pourrait nous permettre de limiter les dégâts. Pour ce faire, il faut mettre de la conscience dans la manière dont on consomme et prendre soin de changer les habitudes que nous pouvons changer.

    Si vous aussi vous voulez agir à votre niveau, voici ma petite liste d’idées d’action simple à mettre en place :

    – Lire les etiquettes et ne pas acheter d’aliments contenant de l’huile de palme ou de produits génétiquement modifiés
    – Consommer local pour éviter le transport de produits, ce qui a une empreinte carbone énorme
    – Limiter sa consommation de viande à de la viande certifiée BIO. Les émissions de méthane liées à la digestion des vaches ont un impact très important sur le climat
    – Acheter des voitures qui consomment le moins d’essence possible
    – Eteindre les lumières et les appareils dans la maison
    – Un vélo électrique est le meilleur compromis entre prendre un vélo ou prendre la voiture.
    – Les produits nettoyants polluent la terre et les eaux. choisissez des produits écologiques ou faites les vous même !