Entretien avec Jean Baptiste Bosson (Marge Sauvage)

Entretien avec Jean Baptiste Bosson (Marge Sauvage)

Entretien avec Jean Baptiste Bosson

« pour bouger les lignes il nous faut être des flibustiers du monde actuel.»

Peut-on prendre position quand on est scientifique ? Peut-on être à la fois auteur·trice du GIEC et sur les plateaux TV pour expliquer que telle ou telle mesure est dangereuse pour la planète ? A partir de quand peut-on être considéré comme militant ? 

On a voulu discuter avec Jean-Baptiste Bosson, glaciologue et fondateur de l’association Marge Sauvage, de toutes ces questions. On est revenu aussi sur son parcours, de Sciences PO aux glaciers, des doutes à ses engagements associatifs. Puis on a parlé du fonctionnement du monde académique, de ses divergences avec ses confrères et consoeurs et de comment les choses devraient bouger selon lui. 

Salut Jean-Baptiste ! Peux-tu nous parler de ton parcours avant qu’on rentre dans le vif du sujet ? 

Je suis glaciologue, français et suisse, j’ai grandi dans les Alpes, mais pas du tout sur les glaciers. J’ai commencĂ© mes Ă©tudes post-bac en fac de sciences politiques en relations internationales, car je crois que c’est dans la grande lignĂ©e de mon modeste chemin, que de m’intĂ©resser au monde, d’ĂŞtre inquiet par l’Ă©tat du monde et de pouvoir très modestement prendre ma part et agir.

Après le bac, Sciences Po Ă©tait une Ă©vidence, pas par envie d’une quĂŞte de pouvoir personnel mais parce que je voulais comprendre comment fonctionne la sociĂ©tĂ©, oĂą sont les leviers d’action, comment on remet l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral au cĹ“ur des projets de sociĂ©tĂ©.

J’ai ensuite compris que dans mon ADN personnel, j’Ă©tais beaucoup plus alpin que ce j’avais compris jusque-lĂ  et que j’avais besoin d’ĂŞtre proche des montagnes et de la nature. J’ai voulu devenir glaciologue en Ă©tant Ă  Sciences Po, mais je n’ai pas vraiment compris pourquoi. Ce n’est que longtemps après que je me suis rendu compte que c’est un geste très politique, au sens d’Ĺ“uvrer dans la crise Ă©cologique, que de protĂ©ger les glaciers. J’ai donc basculĂ© d’abord vers la gĂ©ographie physique, avant de partir pour un doctorat sur les glaciers alpins Ă  Lausanne pour rĂ©aliser mon rĂŞve de devenir glaciologue. 

Qu’est-ce qui t’a attirĂ© vers les glaciers ? Car tu disais que ça ne faisait pas partie de ton environnement enfant, il y a  eu un dĂ©clencheur ?

En effet, je ne suis pas alpiniste, je ne viens pas d’une famille de montagnards, je ne passe pas mon temps sur les glaciers, j’en ai mĂŞme peur, je ne sais pas faire des manips de cordes…

En fait, ce qui m’a attirĂ© auprès des glaciers, je l’ai compris après, notamment en lisant Les Racines du Ciel de Romain Gary. Dans ce livre il raconte qu’il y a des Ă©cosystèmes ou des espèces qui permettent de tout comprendre et que si tu agis pour elles, tu peux faire bouger tout le système. Lui raconte ça pour les Ă©lĂ©phants : comment un gars qui se bat en Afrique dans les annĂ©es 50 au service des Ă©lĂ©phants, contre les braconniers qui rĂŞvent d’avoir une tĂŞte d’Ă©lĂ©phant dans leur salon… C’est une critique totale du capitalisme, de notre vision utilitariste du monde. Une vision cartĂ©sienne du monde qu’est l’homme maĂ®tre et possesseur de la nature. Et comment il faut dĂ©fendre absolument une marge au-delĂ  de l’humain et au-delĂ  de l’utile.

La nature elle est lĂ , nous-mĂŞmes on vient de la nature, et il y a un droit d’existence intrinsèque de toutes composantes de la nature. Pas parce que c’est utile aux hommes – moi je ne dĂ©fend pas les glaciers parce qu’ils sont utiles aux hommes – mais parce qu’ils ont un droit intrinsèque d’existence.

C’est en étant à Sciences Po que tu as compris ça ?

A Sciences Po j’ai compris deux choses qui ont fait que j’ai voulu devenir glaciologue.
“Les glaciers rendent visible l’invisible”. C’est mon confrère Luc Moreau qui m’avait dit ça, mais je ne sais pas si c’est de lui. Le changement climatique ça ne veut rien dire pour les gens, +1.3 degrĂ©s ça ne veut rien dire quand tu es chez toi. Par contre pour les glaciers alpins c’est 80% du volume initial en moins, c’est un cataclysme. Donc les glaciers placent les enjeux du climat, de l’eau, du vivant, de l’habitabilitĂ© des territoires au cĹ“ur de tout, ils permettent de tout comprendre très vite. Et donc si tu agis pour eux tu peux agir pour tout le système. Mais bien malin ceux qui veulent s’attaquer au système capitalisme Ă  l’ère du trumpisme et des multinationales qui deviennent toujours plus riches et qui payent de moins en moins d’impĂ´ts.

Moi je ne dĂ©fend pas les glaciers parce qu’ils sont utiles aux hommes – mais parce qu’ils ont un droit intrinsèque d’existence.

Avec cette conviction de vouloir agir pour les glaciers, comment t’es tu retrouvé à t’éloigner du monde académique et à t’engager dans le monde associatif dans lequel tu évolue maintenant ?

Très vite j’étais assez opposĂ© au modèle acadĂ©mique. DĂ©jĂ  parce qu’il est ultra pyramidal et ultra concurrentiel, et oblige Ă  mettre ta carrière avant tout, c’est-Ă -dire avant ta vie personnelle, avant ta famille, avant tes proches, parce que tu vas partir en post-doc etc. Deuxièmement parce qu’il est ultra concurrentiel, donc il met une ambiance assez dĂ©lĂ©tère, il y a une compĂ©tition permanente entre tout le monde.

Aussi et surtout car je pense que dans l’immense crise Ă©cologique et dĂ©mocratique que l’on vit, les chercheurs sont dĂ©connectĂ©s des enjeux, ou dĂ©connectĂ©s de la citĂ© au sens grec du terme, de participer Ă  la vie de la citĂ©, et Ă  empĂŞcher que la dĂ©mocratie s’effondre.
Moi je voulais – hyper modestement – ĂŞtre utile. Et je pensais qu’en labo de recherche j’aurais eu trop de blocage, je serais trop dans un petit coin du système.

Je voulais aller dans le monde associatif parce que je crois que pour bouger les lignes, il nous faut de la piraterie, il nous faut ĂŞtre des flibustiers du monde actuel.

J’ai donc dĂ©cidĂ© après ma thèse de travailler dans les ONG de protection de la nature, j’ai travaillĂ© du local Ă  l’international, puis j’ai créé depuis deux ans une micro-association qui s’appelle Marge Sauvage.

 

Tu peux en dire un peu plus sur le travail que vous faites chez Marge Sauvage ?

L’idĂ©e c’Ă©tait vraiment de se positionner en interstice entre la science, les narratifs et l’action.

On continue Ă  ĂŞtre producteurs de science – on a d’ailleurs soumis un papier Ă  Nature qui est en train d’être analysĂ©, ce qui est très bon signe – et ça c’est la base mĂŞme si original car on n’est pas un acteur acadĂ©mique.

A cĂ´tĂ©, on rĂ©flĂ©chit Ă  comment on doit parler aux gens, comment on doit sortir la science et la connaissance, comment on tire la sonnette d’alarme… Parce que l’article scientifique, très peu de gens le lisent. 

Le dernier pilier, fondamental, c’est comment on contribue Ă  la citĂ©, Ă  la sociĂ©tĂ©, aux politiques au sens large du terme, c’est-Ă -dire de parler aux entreprises, de parler aux lobbies, de parler aux habitants dans les territoires, aux citoyens, de parler Ă©videmment aux Ă©lus… En somme Ĺ“uvrer pour l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral.

Le gros sujet qu’on voulait aborder ensemble, c’est la place des scientifiques dans la société. Quelle est ta vision sur le fait de prendre position en tant que chercheur, et la nature des échanges que tu peux avoir avec des confrères et consoeurs ?

Je dirais qu’on vit une crise existentielle dans le monde de la recherche aujourd’hui. Elle Ă©tait Ă  ses prĂ©misses quand j’ai commencĂ©, mais elle s’est dĂ©cuplĂ©e dans les dix dernières annĂ©es. L’humanitĂ© n’a jamais Ă©tĂ© aussi consciente de la gravitĂ© de toute la situation et de son cĂ´tĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©. Les chercheurs dans la sociĂ©tĂ© sont le thermomètre qui ont le nez dessus. Les gens rentrent chez eux le soir, ils ont passĂ© leur journĂ©e dans les donnĂ©es sur la mort des glaciers, sur l’extinction du vivant, sur les dĂ©mocraties qui s’effondrent… Ils ont mĂŞme une connaissance et une maĂ®trise des choses souvent que le reste du commun des mortels n’a pas. 

Pour autant, se pose la question : qu’est-ce que je fais au-delà de documenter ? Quelle est ma place dans la société ? Est-ce que je suis là pour contribuer à retourner la tendance ou pas ? Et c’est là qu’il y a un profond débat, entre deux visions qui s’opposent.

L’une, qui serait, si je caricature, le chercheur dans sa tour d’ivoire qui n’est que le signal d’alarme. Pour qui ce n’est pas son problème si la société n’écoute pas.
L’autre, qui pense que ce n’est peut-être pas de notre faute si on ne nous écoute pas, mais que ce n’est pas un débat banal au café du commerce comme si on était pour l’autre équipe de foot. Le sujet est tellement haut qu’on a l’impératif d’être écouté, que le signal transcende tout. Et donc qu’il faut qu’on ait une posture à la fois de producteur de science, mais d’être aussi au coeur de la société pour faire le “SAV”, être contributeur pour dire qu’il y a des solutions, fondées sur la science, qui peuvent mettre la société dans de meilleures directions. Donc en tant que scientifiques, on est là aussi pour co-construire des solutions alternatives à celles poussées par les lobbies basées sur leurs profits.

C’est donc sur ça qu’on n’est pas d’accord avec beaucoup, car si on défend la deuxième vision, on considère que « tu fais de la politique », ce qui est une insulte suprême. Il y a deux insultes dans le monde académique : que tu n’as pas de déontologie, et que tu es militant. Si tu es un scientifique qui travaille sur les abeilles, et que tu expliques que pour les abeilles il faudrait un scénario sans pesticides, on va t’accuser d’être militant et ne plus l’écouter. Donc ce monde académique est bloqué avec ça, peu importe à quel point on détruit tout.

Si tu es un scientifique qui travaille sur les abeilles, et que tu expliques que pour les abeilles il faudrait un scénario sans pesticides, on va t’accuser d’être militant et ne plus t’écouter.

Pour toi c’est vraiment la peur de perdre leur crédibilité qui empêche beaucoup de scientifiques de prendre la parole ?

Tu es lobbyiste du pétrole, tu ne maîtrises pas les données voire même tu les bidonnes (ce qui a été prouvé à maintes reprises), tu vas partout dans le débat public, tu vas voir les élus etc. En face, t’es scientifique, tu as des données qui montrent que le pétrole détruit la planète et tu n’oses pas le dire car sinon dès que tu parles on va te traiter de militant. Donc tu n’y vas plus. C’est aussi simple que ça.

Il y a un renversement terrible des valeurs aujourd’hui, car limite on a honte de dire qu’on travaille pour l’intérêt général. Je ne suis pas militant, ou alors je suis militant de l’intérêt général et fier de l’être. Mais je ne suis pas militant du pétrole, pas militant du chaos du monde, contrairement au camp d’en face. Aujourd’hui taxer les gens de militants est devenu une insulte et on est hyper vite catégorisé.
Quand je passe sur La Terre au CarrĂ© sur France Inter, Ă©mission que j’aime beaucoup, et qu’à la fin on me dit « ah vous avez un discours engagĂ©, vous ĂŞtes militants » …
Le monde scientifique a été « cornerisé ». On a mis les gens qui devraient être ceux qui sonnent l’alerte et aident à trouver les solutions les plus intelligentes de côté.
On le voit pourtant avec la Convention Citoyenne pour le Climat : dès qu’on met de la science on a tout.

Quand on voit le mouvement Scientist Rebellion qui grandit, ou des gens renommés comme Christophe Cassou (co-auteur du 6ème rapport du GIEC) prendre frontalement position sur le dossier de l’A69, on a l’impression que ça bouge quand même. Tu as l’impression que ces exemples sont à la marge et qu’on est encore loin du compte ?

Alors c’est à la marge, mais oui ça bouge à fond et ça va dans le bon sens.
Après là où il faut être bon, c’est qu’il faut arriver à réinventer le rôle de scientifique.
Pour ça on a besoin de plusieurs choses :  évidemment une capacité scientifique pour produire des données, la base pour comprendre le monde; ensuite une capacité de vulgarisation pour parler au grand public, pour transformer un savoir complexe en éléments simples et appréhendables; une compétence politique, au sens de mieux maîtriser le jeu politique, comprendre comment ça fonctionne.

Je n’ai aucun souci pour dire que tous les scientifiques ne doivent pas exceller dans les trois, et que chacun soit plutôt sur l’un ou sur l’autre. Par contre, le monde académique doit se requestionner sur comment il fait vivre les trois piliers. Imaginer par exemple que dans un labo il y ait des gens compétents sur chaque pilier.
Aujourd’hui beaucoup de scientifiques ne sont pas formés pour, et ne savent pas ne serait-ce que bien communiquer sur leurs travaux, et c’est normal car on ne l’apprend pas. Tu peux être un expert en mécanique quantique et ne pas savoir la différence entre une mairie et une comcom. Donc ça demande de la formation interne dans le monde académique sur comment raconter tes histoires et comment participer au débat politique constructivement.

Si je prends l’exemple de Scientist Rebellion, pour moi c’est une erreur de communication. J’aurais aimĂ© qu’ils s’appellent plutĂ´t « les vrais scientifiques », en plaidant plutĂ´t que c’est ceux qui ne s’engagent pas qui ne sont pas les vrais scientifiques. Je pense que c’est un cri du cĹ“ur que de se mettre en rĂ©bellion, et j’ai un respect immense pour le courage et l’engagement de ces gens lĂ . Chez Marge Sauvage on n’a pas choisi les mĂŞmes modes d’actions, mais on dĂ©fend qu’il y a plein de façons d’essayer de changer les choses. Et ça me va très bien, soyons tous complĂ©mentaires pour arriver Ă  faire ce nous anime : changer la sociĂ©tĂ©. Moi je ne dis pas qu’il ne faut plus de scientifiques dans les labos, et je ne suis personne pour dire ça, mais je me dis juste : Ă  quoi servent les donnĂ©es aujourd’hui pour empĂŞcher que le bateau coule ? On a besoin de gens compĂ©tents ailleurs que dans la production de donnĂ©es pour que le bateau arrĂŞte de couler. 

Chez Marge Sauvage on défend qu’il y a plein de façons d’essayer de changer les choses. Et ça me va très bien, soyons tous complémentaires pour arriver à faire ce nous anime : changer la société.

Le casse-tête commence quand on se demande qui doit bouger en premier. Est-ce que tu penses que c’est le monde académique qui n’est pas prêt à évoluer, est-ce que c’est le monde médiatique qui bloque par son traitement, ou est-ce que ça peut aussi venir des citoyen·nes qui veulent que les scientifiques restent à leur place ?

Je pense que les principaux blocages sont soit de l’autocensure interne du côté du monde académique, soit des facteurs externes du côté du monde médiatique et surtout des gens du « camp d’en face » qui mettent la pression pour que toute parole scientifique qui sorte de son coin soit catégorisée. Moi j’ai dû faire 200 conférences dans ma vie, j’ai quand même vu pas mal de monde, et je n’ai jamais vu un citoyen qui m’a dit « là vous n’êtes pas dans votre rôle ».

Au contraire, depuis toujours je pense que la société humaine est complémentaire et que beaucoup de gens sont contents que des scientifiques poussent pour des décisions éclairées qui leurs seraient bénéfiques plutôt que de voir des lobbys influencer le monde politique pour du business as usual au détriment des gens. Surtout que les scientifiques n’ont pas vocation à prendre les décisions : moi je ne suis pas élu, je suis là pour éclairer et proposer et qu’ensuite les représentants des citoyens décident.

Pour terminer, c’est quoi la suite côté Marge Sauvage ?

On attend la publication de l’article de la part de Nature, on va aller sur le terrain faire plein de belles choses, notamment du côté des forêts primaires postglaciaires où il y a des choses à observer et à raconter.

On va sortir un documentaire avec Mathieu Navillod qui s’appelle « Après les glaciers ». Là on va partir sur Paris pour un événement avec l’UNESCO et l’UNEP (programme environnement de l’ONU) pour faire bouger la protection des glaciers à l’international. Il y a d’ailleurs eu une motion de protection des glaciers publiée en fin d’année qui a repris notre plaidoyer de protection des glaciers, et pour la première fois il y a eu une résolution de l’ONU sur le sujet. Donc pas mal de choses à l’international, et au niveau local on continue à accompagner les territoires sur des mesures de protection.

Et fin 2026 il y aura la deuxième édition du festival Agir pour les glaciers qu’on a lancé l’année dernière !

ExtrĂŞme droite, pire ennemi du climat ?

ExtrĂŞme droite, pire ennemi du climat ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, si vous êtes surpris.e.s que l’on parle de l’extrême droite frontalement, vous pouvez retrouver la position de POW sur le sujet ici.

Chez POW, on a toujours pointĂ© du doigt les actes anti-Ă©cologiques du gouvernement en place, car ĂŞtre apartisan ne veut pas dire que l’on est apolitique, bien au contraire. Et après la victoire Ă©crasante de l’extrĂŞme droite aux Ă©lections europĂ©ennes et la dynamique actuelle, il nous paraissait essentiel de mettre en lumière le danger que reprĂ©sente l’accession au pouvoir du Rassemblement National (RN) pour le climat. Spoiler : dans son programme pour les lĂ©gislatives, le RN ne mentionne absolument pas le climat. Le mot n’apparaĂ®t mĂŞme pas. Entre le RN et le climat, la relation semble donc bien inexistante… on vous en parle dans tous ces points.

 

    • – Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 
    • – Ne pas seulement freiner, mais reculer ! MĂŞme sur la mobilitĂ©… 
    • – Un climatodĂ©nialisme très fort
    • – L’extrĂŞme droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux
    • – Le RN, ennemi des associations 
Justice Climatique 🤝 Justice Sociale 

La transition écologique sera juste, ou ne sera pas. Il est impossible de penser climat sans penser inégalités sociales et économiques. Les classes les plus populaires sont celles qui subissent le plus les effets du changement climatique. A l’inverse, les personnes les plus riches contribuent le plus à accélérer ce dernier et en sont les moins impactées. En France, 63 milliardaires émettent plus de gaz à effet de serre que la moitié de la population (~34 millions de personnes) et à l’échelle mondiale, 1% des plus riches polluent autant que 66% des plus pauvres.

Le souci avec le RN, c’est que ni le climat, ni la lutte contre les inégalités ne sont une priorité. Loiiiin de là. La politique économique du parti va largement en faveur des grosses entreprises, étant toujours très à l’écoute des gros lobbies industriels. Il vote systématiquement en défaveur des lois visant à protéger les plus modestes et réduire les inégalités, telles que le rétablissement de l’impôt sur la fortune, qui permettrait de financer une grande partie de la transition écologique.

De nombreux Ă©conomistes renommĂ©s s’opposent d’ailleurs au programme du RN, montrant qu’il s’agit d’un programme bancal, qui ne rĂ©soudra aucunement les problèmes d’inĂ©galitĂ©s Ă©conomiques, et donc sociales, et donc Ă©cologiques du pays.

Ne pas seulement freiner, mais reculer ! Même sur la mobilité…


Le programme du RN ne se contente pas de ne rien faire, il veut aussi reculer, et sur de nombreux points. L’intégralité des points, en réalité. Déjà, le RN vote systématiquement contre les lois environnementales, autant en France qu’en Europe (contre la taxation du kérosène, contre la loi de restauration de la nature, contre l’interdiction des polluants éternels (PFAS)…).

Sur les énergies renouvelables, en juin 2024, Marine Le Pen a affirmé que ces dernières n’étaient “ni propres ni renouvelables”, et souhaite démanteler toutes les éoliennes du pays. Elle ne souhaite investir que dans le nucléaire, et ne prévoit aucunement de sortir des énergies fossiles, qui sont la plus grande source d’émissions de GES dans le monde.

 

Concernant la mobilitĂ©, notre sujet phare chez POW, elle n’apparaĂ®t tout simplement pas dans les 22 mesures du programme du RN. Il n’y a RIEN DU TOUT. Pour trouver des informations sur ce sujet, il faut aller fouiller dans un cahier thĂ©matique tout au fond de leur site. Et lĂ , surprise, le RN prĂ©voit “d’assurer le respect du droit Ă  la mobilitĂ© individuelle”. Tout ce contre quoi il faut aller. C’est-Ă -dire que le RN souhaite dĂ©taxer les carburants, revenir sur l’interdiction de la vente des voitures thermiques en 2035 (qui sont la principale source d’Ă©missions de CO2 du pays), supprimer les Zones Ă  Faible Emission, et ne mentionne absolument pas le train.

Que ce soit à échelle nationale ou européenne, le RN s’oppose à tout ce que POW défend. Tous leurs votes sur l’ensemble des sujets vont à l’encontre du climat et de la justice sociale. Pour approfondir sur ce point, même s’il ne mentionne que les mesures européennes, vous pouvez retrouver notre scoreboard pour vous rendre compte de la fibre écologique fantôme de ce mouvement.

Un climatodénialisme très fort

“Il ne faut pas se baser uniquement sur les données du GIEC” dont les membres “ont parfois tendance à exagérer”Thomas Ménagé député RN sortant et candidat, août 2023. Marine Le Pen a également déclaré que le GIEC a “toujours été alarmiste”.


“Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec -43 degrés. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du GIEC.”Christophe Barthès, député RN sortant et candidat, janvier 2024. Ce dernier est également connu pour avoir émis des doutes sur la pertinence des termes “réchauffement” ou “dérèglement” du climat, et s’est questionné sur la durée du changement climatique, considérant qu’on ne sait pas ce qu’il en sera “dans 10 ans” et que ça ira peut-être mieux.

Remettre en cause les travaux du GIEC, qui regroupe des centaines de scientifiques renommés du monde entier pour produire des rapports sur les dernières données du changement climatique, est extrêmement grave, mais ne semble pas faire peur au RN qui fait preuve d’un climatodénialisme fort et n’hésite pas à le faire publiquement. Alors que pourtant… :

 

L’extrĂŞme droite, ce sont les scientifiques qui en parlent le mieux

 

De nombreux scientifiques renommĂ©s, comme Jean Jouzel ou ValĂ©rie Masson-Delmotte, s’inquiètent et s’expriment dans les mĂ©dias face aux risques que reprĂ©senterait le RN au pouvoir pour le climat. Jean Jouzel, mondialement reconnu pour ses travaux au sein du GIEC, a par exemple dĂ©clarĂ© que  « Le RN n’a aucune ambition en termes de lutte contre le changement climatique. C’est le vide. »

On en a donc profité pour demander à des scientifiques proches de POW s’ils souhaitaient s’exprimer sur le sujet. Voici les précieux retours que l’on a eus des glaciologues Luc Moreau et Jean-Baptiste Bosson, et d’Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat.

Je dirais qu’il faut absolument voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement. Il y en a qui ont des programmes qui sont vides, comme le dit Jean Jouzel. Pourquoi ? Parce que l’environnement, c’est la base, pour être en bonne santé et pour être en vie. Pour pouvoir faire de la politique, du business, jouer, s’amuser, travailler, apprendre, on est obligés d’être vivant.e.s. Comme le dit Yvan Chouinard “on ne fait pas de business sur une planète morte”. Aujourd’hui, on se doit de préserver cet environnement, de le réparer, d’avoir les bonnes solutions, et on n’a pas une minute à perdre vu qu’il y a un certain temps entre la décision et les actes. Et il y a un temps de réponse énorme dans l’environnement ! Aujourd’hui il y a des saisons où la couche d’ozone se reconstitue parce qu’on a pris les bonnes décisions il y a 30 ou 40 ans. Et les glaciers, bien sûr, sont très importants, parce qu’ils équilibrent le climat. Moins il y aura de glace et de neige, plus ça va se réchauffer car les surfaces seront de moins en moins blanches. Donc voter pour quelqu’un qui a un programme solide pour l’environnement, parce que c’est la base pour être vivant.e.s, pour pouvoir vivre sur cette planète, qui est la seule.

Luc Moreau, glaciologue

Face aux crises que nous avons générées, le changement climatique, la dégradation de la nature, la disparition des glaciers, la modification du cycle de l’eau, nous devons absolument réagir. Partout la montée de l’extrême droite est la pire des options possibles, celle du laisser faire et de la haine, celle qui empêche le futur. Nous devons réapprendre à vivre ensemble et nous engager à la hauteur des enjeux. Le choix qui est devant nous sera déterminant, pour nous, les générations futures et la planète. Allons voter contre l’extrême droite et pour le vivant.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Je ne suis pas lĂ  pour exposer pour qui voter, mais je sais que mon cĹ“ur, ma raison ainsi que mon travail dans les sciences naturelles me disent de voter pour un parti qui considère le climat comme une prioritĂ© absolue. J’estime que l’une des missions des gĂ©oscientifiques est d’alerter sur l’importance de prioriser des partis politiques qui considèrent rĂ©ellement le climat et mettent des moyens en Ĺ“uvre. Parce que ce sont ces personnes qui disposent de rĂ©els pouvoirs pour mettre en place des lois, des restrictions, des limitations capables de suivre les recommandations scientifiques. D’ici 2100, quoi que l’on fasse aujourd’hui, le niveau des mers et ocĂ©ans va augmenter d’1m10. Mais si on ne fait rien, ce sera 4m, et ainsi de suite avec le temps qui dĂ©file et des politiques qui n’agissent pas… Il suffit de faire 500 m en voiture pour contribuer Ă  la fonte de l’équivalent d’1 kg de glace. Et c’est 180 millions de personnes qui vont devoir bouger Ă  cause de la montĂ©e des eaux. C’est plutĂ´t cela qui devrait interpeller, surtout le RN et ses Ă©lecteurs qui semblent tant s’inquiĂ©ter des flux migratoires. Voter pour le climat est une affaire de toutes et tous, et est une prioritĂ©.

Anaïs Bigot, géoscientifique en glaciologie, géomorphologie et climat

Le RN, ennemi des associations 

Entre sa brutalité vis-à-vis des manifestants écologistes, et ses attaques multiples contre les associations, notre travail sous le RN ne sera clairement pas le même. L’extrême droite attaque souvent les militants écologistes dans ses discours, n’hésitant pas à les insulter de “khmers verts” en référence aux “khmers rouges”, un mouvement politique Cambodgien extrêmement violent et coupable d’un génocide qui a tué 2 millions de personnes, une attaque très grave et d’un extrême irrespect pour les victimes de ce terrible génocide.

De plus, AnaĂŻs Sabatini, dĂ©putĂ©e RN des PyrĂ©nĂ©es Orientales, a rĂ©clamĂ© la suppression des subventions Ă  l’association France Nature Environnement en 2023, reflĂ©tant le fait que le travail des associations environnementales est largement mis en pĂ©ril par l’extrĂŞme droite. Dans la mĂŞme lignĂ©e, Ă  la suite des mobilisations contre les mĂ©ga-bassines Ă  Sainte-Soline, des dĂ©putĂ©s RN ont soutenu la dissolution des Soulèvements de la Terre que l’on Ă©voque dans cet article. Le parti a aussi lancĂ© une pĂ©tition sur son site pour la dissolution de ce qu’il appelle des “milices d’extrĂŞme gauche”, qui montre une nouvelle fois le danger qui pèse sur les collectifs Ă©cologistes.

Pour faire face au danger que représente l’extrême droite pour le climat et la justice sociale, chacun.e a un rôle à jouer, que ce soit en faisant de la pédagogie pour montrer la réalité de ce parti aux personnes qui seraient charmées par leurs sirènes, ou surtout en encourageant toutes celles et ceux qui ont des valeurs et des convictions à l’opposé des leurs, mais qui n’auraient pas (encore) l’intention d’aller voter.

Collectivement, mobilisons-nous. La force du collectif est immense !

On ne sait pas vivre sans glaciers

On ne sait pas vivre sans glaciers

On ne sait pas vivre sans glaciers, gĂ©nĂ©tiquement, on n’a pas ça dans notre ADN. Si on perd les glaciers, on va vers quelque chose oĂą l’on sort complètement des radars de l’histoire de l’humanitĂ©, de l’histoire rĂ©cente du vivant sur la planète, et on prend quand mĂŞme des gros risques.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

En 2050, Ă  cause des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, tous les glaciers des PyrĂ©nĂ©es et 34% du volume de glace dans les Alpes europĂ©ennes auront disparu. Quelles sont alors les consĂ©quences de la fonte des glaciers ? BiodiversitĂ©, Ă©cosystèmes, ressources, territoires, populations… Les consĂ©quences semblent ĂŞtre multiples. 

Bien que les glaciers nous paraissent parfois lointains, nous sommes intimement liés à eux, et leur fonte extrêmement rapide et massive est un phénomène inédit auquel nous devons prêter la plus grande attention comme le dit si bien Jean-Baptiste Bosson.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de rappeler qu’il s’agit de parler des glaciers condamnés et dont la fonte à grande échelle est inévitable. Il reste de nombreux glaciers de montagne à préserver.

Sommaire des enjeux abordĂ©s dans l’article :

  • Un bouleversement de la biodiversitĂ© et des Ă©cosystèmes
  • Des sĂ©cheresses Ă  rĂ©pĂ©tition et une gestion de l’eau perturbĂ©e
  • Faire face Ă  une instabilitĂ© climatique en montagne et dans les pratiques
  • Les glaciers, de vĂ©ritables rĂ©gulateurs du climat
  • Comment sommes-nous liĂ©s aux glaciers ?
Un bouleversement de la biodiversité et des écosystèmes

Le recul des glaciers de montagne affecte tout d’abord la nature elle-même, avec toute sa biodiversité et ses écosystèmes. D’après le GIEC, la composition et l’abondance des espèces de montagne ont considérablement changé avec la réduction des couvertures neigeuse et glaciaire. Les espèces locales sont de plus en plus menacées, notamment pour celles qui dépendent directement de la glace. Quand les glaciers disparaissent, c’est tout un habitat naturel qui disparaît avec eux : c’est le cas notamment du petit invertébré tardigrade qui vit auprès des glaciers.

Comme nous le rappelle Jean-Baptiste Bosson, “La nature a horreur du vide. Si on perd quelque chose d’un côté, on gagne quelque chose de l’autre”. Là où vivaient les glaciers auparavant, on observe l’apparition de nouveaux habitats vêtus de cailloux de sédiments, de nouvelles rivières, de nouveaux lacs, de nouvelles pelouses… ainsi que l’arrivée de nouvelles espèces dans ces zones comme le cerf, ayant besoin de forêt pour vivre.

Mais ce phĂ©nomène ramène de la compĂ©tition entre les espèces avec le dĂ©veloppement d’espèces “exotiques” envahissantes pour celles dĂ©jĂ  installĂ©es depuis longtemps. La fonte des glaciers questionne donc les diffĂ©rentes habitabilitĂ©s de la Terre et tend Ă  bouleverser la biodiversitĂ© actuelle.

Des sĂ©cheresses Ă  rĂ©pĂ©tition et une gestion de l’eau PerturbĂ©e

Les glaciers permettent de réguler le courant des rivières qui va inévitablement être perturbé par leur fonte. Sur le long terme, comme la régénération glaciaire est réduite, le volume d’eau qui coule dans les rivières de montagne sera de plus en plus faible et rendra les périodes de sécheresse de plus en plus intenses.

« Les glaciers sont comme un immense compte en banque Ă  la base, qui se superpose au cycle de l’eau. Ce compte en banque devient très petit et de ce fait, les dĂ©bits diminuent parce qu’on perd de ce surplus qu’était le stock. »

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Cette image est frappante et nous invite Ă  Ă©conomiser drastiquement ce stock. Au vu des sĂ©cheresses de l’étĂ© 2022 et de l’hiver 2023, cet enjeu est de la plus haute importance. Les glaciers de montagne sont les châteaux d’eau de nombreuses rĂ©gions du monde, et permettent de mettre en place l’irrigation et l’énergie hydro-Ă©lectrique. Tous ces phĂ©nomènes vont ĂŞtre affectĂ©s et avoir des impacts sur nos usages quotidiens, sur l’agriculture, ainsi que sur l’électricitĂ©, en touchant en prioritĂ© les populations locales.

Selon les années, les glaciers des Alpes représentent environ 40% du débit du Rhône. Sans glaciers, le débit du Rhône tend à diminuer drastiquement, surtout en été où le besoin en eau est le plus important. La vallée du Rhône, avec environ 12 000 000 habitants et une grande zone de production maraîchère, va être fragilisée. De plus, l’eau sera de plus en plus chaude et les centrales électriques seront plus difficiles à refroidir.

En mars 2023, le lac des Bouillouses dans les PyrĂ©nĂ©es-Orientales, alimentĂ© par les prĂ©cipitations et les glaciers, a vu stopper sa production hydroĂ©lectrique par manque d’eau. L’eau et les glaciers sont une richesse Ă©nergĂ©tique essentielle, aujourd’hui mise en pĂ©ril. Et pour en savoir plus sur les glaciers des PyrĂ©nĂ©es, retrouve notre article sur le sujet ici.

Faire face à une instabilité climatique en montagne et dans les pratiques

L’Ă©tĂ©, les fortes chaleurs et la fonte des glaciers accĂ©lĂ©rĂ©e engendrent une hausse du dĂ©bit des rivières. En Ă©tĂ© 2023, cela a Ă©tĂ© difficile pour certains refuges, notamment dans les Ecrins. Alors que certains ont fermĂ© par manque d’eau, la fonte des glaciers combinĂ©e Ă  des orages violents ont provoquĂ© des crues torrentielles comme au refuge Châtelleret dans l’Oisans oĂą certaines installations ont Ă©tĂ© endommagĂ©es par un torrent de boue emportant avec lui d’énormes blocs de pierre. Ces crues-lĂ  sont amenĂ©es Ă  se rĂ©pĂ©ter, provoquant un risque rĂ©current Ă  prendre en compte.

Les glaciers reprĂ©sentent un hĂ©ritage culturel prĂ©cieux dans nos vallĂ©es. L’effondrement de ce patrimoine naturel va avoir des effets nĂ©fastes sur nos pratiques en montagne qu’il est nĂ©cessaire de rĂ©inventer. En termes de sĂ©curitĂ©, certains itinĂ©raires deviennent dangereux dĂ» Ă  des Ă©boulements dĂ©vastateurs. On se rappelle de l’effondrement d’une partie du glacier de la Marmolada en Italie en 2022 qui a provoquĂ© la mort de plusieurs personnes. En France la mĂŞme annĂ©e, l’accès au couloir du GoĂ»ter pour l’ascension du Mont Blanc Ă©tait interdite Ă  cause de chutes de pierres dues Ă  l’assèchement du couloir. Dans certaines rĂ©gions, des pratiques sont amenĂ©es Ă  disparaĂ®tre : le club alpin français de Perpignan n’a pas pu organiser de sorties de cascade de glace en 2024 comme c’était le cas auparavant. 

Il est aussi important de relever que les activités en montagne sont directement liées au tourisme et à l’économie locale, qui risquent également de souffrir de la fonte des glaciers qui inquiète notamment les guides de haute montagne.

Luc Moreau

Arthur Vaillant

Les glaciers : de véritables régulateurs de climat

Les glaciers, en couvrant 10% des terres émergées de la planète, ont un véritable rôle de régulateurs du climat. Connu sous le nom d’effet albédo, leur surface blanche contribue à renvoyer une grande majorité du rayonnement solaire et à réguler le réchauffement planétaire et leur fonte. Pour en savoir plus, retrouve notre article sur le lien entre neige et glace ici.

« La tempĂ©rature de l’eau des rivières sur plus que 100 km, en s’éloignant des glaciers du  Massif du Mont-Blanc, est encore de 13° alors que les autres rivières sans glaciers autour ont une tempĂ©rature de l’eau d’environ 20°. » Ce que veut nous dire Jean-Baptiste Bosson, c’est que les glaciers permettent de crĂ©er des microclimats, auxquelles on s’est habituĂ©s et sur lesquels on s’est dĂ©veloppĂ©s, en ventilant et rafraĂ®chissant tout une vallĂ©e par exemple. 

Ils permettent aussi aux scientifiques de surveiller les évolutions du climat. En effet, la neige, en se compactant pour devenir de la glace, va piéger des bulles d’air. En les analysant, nous pouvons connaître l’histoire du climat avec la composition de l’atmosphère depuis 800 000 ans.

Les glaciers sont nos meilleurs alliés pour comprendre ce qui s’est passé jusqu’à maintenant depuis les 800 000 dernières années.

Et sans l’Homme, il n’y a pas de changement climatique profond en ce moment sur Terre. Aujourd’hui, aucun pays ne respecte ses engagements climatiques et ne comprend l’urgence de l’enjeu. Il y a un boulot Ă©norme Ă  faire et on Ă©coute pas assez cette voix des glaciers.

Jean-Baptiste Bosson, glaciologue

Leur perte signifie une rĂ©duction des donnĂ©es disponibles pour observer les futurs changements du climat Ă  l’échelle locale, alerter sur ces derniers et les anticiper. Et, rappelons-le, le travail des scientifiques est primordial pour nous permettre d’agir sur le changement climatique et anticiper au maximum. Ce dont ils tĂ©moignent n’est pas le fruit d’un changement naturel mais bien d’un changement dĂ» activitĂ©s humaines qu’il est essentiel de prendre en compte. Ce que l’on vit est inĂ©dit et doit nous alerter quant aux nouvelles conditions d’habitabilitĂ© de l’humain sur la planète Terre. Peut-ĂŞtre est-ce dans l’écoute de ce que les glaciers ont Ă  nous dire que nous devons user de nos efforts ?

Comment sommes-nous liés aux glaciers ?

Les glaciers, les forĂŞts, les animaux, n’importe quoi qui te connecte Ă  la nature, plus tu t’y connecte, plus ça s’horizontalise, et tu te rends compte que tu fais partie de cette bonne histoire des glaciers. Mais les glaciers, comme le phoque, comme la petite fleur qui pousse sur ton balcon, la biodiversitĂ©, le vivant, le non vivant sur Terre, tout ce qui nous entoure, tout cela nous rattache Ă  l’histoire de la vie, au cosmos, Ă  nos enfants qui arriveront après nous, ça nous connecte Ă  une grande ligne qui parle d’un passĂ© lointain et qui va très loin dans le futur et dans laquelle on est un tout petit maillon. 1

Jean Baptiste Bosson, glaciologue

Depuis l’existence de l’homo sapiens il y a 300 000 ans, les grands glaciers ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sents en influançant le climat dans lequel on vit et dans lequel on a dĂ©veloppĂ© notre habitabilitĂ©. Sans glaciers, la tempĂ©rature de la Terre serait beaucoup plus Ă©levĂ©e et le niveau marin beaucoup plus haut.Comme mentionnĂ© au dĂ©but de l’article, pour Jean-Baptiste, c’est très clair : “On ne sait pas vivre sans glacier, gĂ©nĂ©tiquement, on n’a pas ça dans notre ADN. Si on perd les glaciers, on va vers quelque chose oĂą l’on sort complètement des radars de l’histoire de l’homme, de l’histoire rĂ©cente du vivant sur la planète et on prend quand mĂŞme des gros risques.”

Parce que c’est aussi cela, ressentir les conséquences de la fonte des glaciers, c’est nous questionner sur leur place dans ce monde et son rôle important, plus encore que notre propre existence. Ils sont avant nous habitants et composantes de la Terre, mais souffrent d’autant plus de ce réchauffement climatique qui nous accable. Qu’attendons-nous pour écouter cette voix qui nous alerte ?

Il est urgent d’agir pour préserver les glaciers qui résistent encore aux effets du changement climatique, ce qui ne se fera pas sans une volonté collective et politique forte dans le sens de la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Par Nicolas Vaillant, bénévole La Voix des Glaciers.


  1. RĂ©flexion inspirĂ©e de la mention du livre de Bernadette Bensaude-Vincent intitulĂ© “Temps-paysage: Pour une Ă©cologie des Crises”. Elle nous invite Ă  penser l’humain et le non-humain -vivant et non vivant- sur une mĂŞme Ă©chelle. A savoir que nous sommes tous composĂ©s de lignes et que l’enchevĂŞtrement de ces lignes forme notre existentialitĂ© au sein mĂŞme du paysage. Il s’agit alors de sortir de notre situation surplombante pour nous plonger dans l’immanence et reconsidĂ©rer ce qui nous entoure, ici la nature..

Le jour du dépassement en recul?

Cette année, le jour du dépassement, c’est-à-dire le jour où l’humanité a consommé l’intégralité des ressources produites par la planète en un an, a reculé de 3 semaines pour tomber le 22 août, contre le 29 juillet en 2019.

De premier abord, cela semble bon signe. Mais cette date, calculée par le Global Footprint Network, révèle plusieurs choses.

Premièrement, il n’est pas trop tard. Nous sommes capables de faire reculer la date critique à partir de laquelle nous vivons à crédit sur les ressources de notre chère planète. Si nous parvenions seulement à faire reculer cette date de 5 jours par an chaque année, en 2050, nous serons à l’équilibre.

Cependant, ce changement, ce recul, n’est pas lié à nos actions individuelles ou au changement de notre système pour une société plus durable. Ces résultats sont étroitement liés à la Covid-19, paramètre de contrainte qui a forcé un arrêt partiel ou total de l’économie dans un grand nombre de pays. Si nous avions pu, nous aurions continué de produire, consommer, détruire. Et les plans de relance qui se préparent dans la plupart des pays impactés économiquement par le virus vont probablement faire repartir consommation et production de plus belle, au détriment de la planète.

Des plans de relance verte, axĂ©s autour d’un dĂ©veloppement Ă©conomique et social durable, pourraient permettre d’aller dans la bonne voie. Mais les politiques et gouvernements doivent prendre en compte sĂ©rieusement l’environnement et proposer des mesures adaptĂ©es, sans viser la croissance au dĂ©triment de la planète. Le WWF propose de tweeter le gouvernement pour que des milliards soient investis de la bonne façon. A nous de jouer pour influencer le gouvernement !

Aujourd’hui, nous avons besoin de 1.6 planète en termes de ressources. D’après le WWF, si nous pouvons diviser par deux notre consommation de protĂ©ines animales et notre gaspillage alimentaire dans les prochaines annĂ©es, cela nous permettrait de gagner 30 jours par an. De mĂŞme, en changeant nos modes de transport et en rĂ©duisant de moitiĂ© l’empreinte carbone liĂ©e, nous pouvons gagner 13 jours. Alors rien n’est perdu, des solutions simples, quotidiennes, Ă  la portĂ©e de tous pourrait tout changer.

Sources : Le Monde et WWF

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/08/22/un-renversement-historique-le-jour-du-depassement-de-la-terre-recule-sous-l-effet-du-coronavirus_6049619_3244.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#Echobox=1598076191

https://www.wwf.fr/jour-du-depassement

Meet Our Team: Marie Jammot

Meet Our Team: Marie Jammot

“Je m’prĂ©sente, je m’appelle Marie
J’voudrais bien profiter de la vie, entourée
Etre heureuse, tout particulièrement
Préserver notre environnement
Et pour tout ça, c’est POW que j’choisis à plein temps”

Le monde qui nous entoure, les projets, ce qu’on fait, comment on vit, pourquoi etc. C’est pleine de questions et de curiositĂ© que j’ai rejoint POW en ce dĂ©but d’annĂ©e 2020. Et comment vous expliquer… quelle sensation de plaisir !

Pour vous faire une courte présentation : je m’appelle Marie, j’ai 24 ans, je suis ingénieure dans le bâtiment, et j’aime énormément arpenter nos belles montagnes. J’ai toujours essayé de faire attention à l’impact que je pouvais avoir sur notre environnement, mais à force d’accumuler les “chocs environnementaux” et les incompréhensions face à la manière dont l’humain consomme la planète, j’ai décidé de m’investir contre le réchauffement climatique. De par les valeurs qu’ils partagent et leur forte implantation dans les Alpes, c’est naturellement vers les membres de POW que je me suis tournée.

Il est forcément plus facile de se rapprocher d’une communauté qui affiche les mêmes idéaux que soi, les mêmes passions, mais chez POW j’ai surtout été emportée par la tolérance et la bienveillance de chacun. Personnellement, j’adore le sport en montagne (que ce soit le ski, la randonnée, le bivouac, le trail etc), j’adore les aventures, mais j’adore surtout me faire plaisir. Quoi de mieux que de sauter dans une neige toute fraiche ?

Je me suis sentie pendant un long moment impuissante face à ce défi de protection de l’environnement, mais grâce à POW, j’ai réussi à mettre des mots sur mes questionnements, à prendre parti sur différents sujets, et à sensibiliser autour de moi. Je me sens aujourd’hui entourée, comprise, et plus que motivée pour avancer dans la bonne direction !

C’est ensemble que nous aurons les capacités de faire changer les choses, d’agir à plus grande échelle. Si toi aussi tu aimes le plein air, les choses simples, et que tu ne souhaites pas les voir se dégrader, rejoins-nous !!